J’ai toujours rêvé d’avoir trente ans…

 

« Les dix plus belles années d’une femme se situent entre vingt-huit et trente ans. »

Sophie Arnould

 

Oyez Oyez internautes de France, de Navarre, et de l’internaaaaationnal si j’en crois les stats de lecture de mon blog !!!! Il est venu le temps (des cathééééédraaaaaales ? ah non pardon je m’égare) où je vais commencer à mentir sur mon âge. Le temps où désormais toute personne qui se foutra de ma gueule pour la Sainte-Catherine se retrouvera clouée sur ma porte. Le temps où cette fameuse phrase prononcée par tata Denise aux mariages de mes cousines ne me fera plus rire : « bah alors, t’es pas mariée toi ? t’as pas encore d’enfants ??? ».

Il est venu le temps où je passe le cap tant redouté des femmes qui, éternelles adolescentes, ne se sont pas résolues à grandir et continuent à manger des Chocapics le dimanche matin en regardant Bob l’Eponge.

Oyez Oyez chères amies Potiche : aujourd’hui, j’ai 30 ans.

J’avoue que j’ai hésité à vous l’avouer. Bah oui, par coquetterie, ça me plaisait bien de continuer à laisser planer le doute sur mon âge. Ma petite taille, mon immaturité chronique et ma vie de célibataire endurcie laissent encore croire à pas mal de monde que j’ai 25 ans tout au plus. Mais bon, tu sais à quel point j’aime ça te raconter ma vie, alors en ce jour de deuil de mes années de « vingtenaire », j’ai décidé de souffler mes bougies avec toi et de t’offrir une part de gâteau (c’est pas moi qui l’ai fait, manges-en sans crainte ma bichette). Aujourd’hui, j’ai 30 ans, et ça me fait plaisir de partager ce petit moment de vie avec toi, car tu sais quoi ? Bah j’ai beau m’en foutre des soi-disant conventions, des propos de tata Denise et tout,  bah j’ai quand même la sensation de passer un cap dans ma petite vie de potiche.

Comment se fait il que le temps soit passé si vite, sans que je ne le voie défiler ?

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RETOUR EN ARRIÈRE…

Je suis née un jour d’automne pluvieux, au fin fond de la Bourgogne, en 1983. Cette année là, les Red Hot Chili Peppers se formaient, David Bowie excitait ma mère et ses amies sur « Let’s Dance »,  Toto clamait son amour pour l’ « Aaaaaafrica » et mon père devait surement susurrait dans l’oreille de ma mère « A totaaaaal eclipse of the heaaaart ».Bon, y’a aussi Jackie Quartz qui faisait sa « Mise au point » et Claude Barzotti qui avouait être « Rital ». Tout de suite, ça claque moins…

Anne moins 20 ans

Bébé Potiche !

J’ai grandi (enfin, pas trop, je me suis vite arrêtée malheureusement) dans une famille aimante, qui m’a gâtée à grands coups de Barbies, de Polly Pockets, de « Kiki le plus beau de tous les Kikis », qui a répondu à mon caprice ce noël où j’ai fait une crise de larmes pour avoir un « Murphy », qui a très vite cerné mon côté superficiel le jour où elle m’a offert un « Dessinons la mode » et mon dark passenger masochiste avec le « Docteur Maboul ».

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docteur-maboul

J’ai fêté mes premiers anniversaires d’enfant en espérant voir mon prénom apparaître dans le générique de fin du « Club Dorothée » (on ne m’avait pas expliqué à l’époque qu’il fallait adhérer au club…).  Mon oncle m’a alors offert un  jour un somptueux cadeau : aller assister à une des émissions de mon idole, et ça, je peux te dire que je m’en souviens comme si c’était hier…

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Cette sainte époque des sitcoms à la con, toi copine trentenaire tu dois t’en souvenir ? On fantasmait devant Hélène Rolles et Nicolas, le couple parfait. Ma meilleure amie s’appelait (et s’appelle toujours <3 ) Justine, comme dans « Premier Baiser », et dans la cours de l’école primaire, on rejouait les scènes débiles de cette série, moi bien sur j’étais Annette, la binoclarde pas futée…(parce que mon prénom, c’est Anne…). Ma grande idole, c’était « Laly », d’ »Hélène et les garçons », celle qui avait un sale caractère. Ma mère en riait et me disait qu’elle me ressemblait… Il faut dire qu’en ces temps là, je tapais des crises de nerfs sur Mario Bros, à tel point que mes parents regrettaient fortement de m’avoir offert la toute première console Nintendo…les murs de notre appartement s’en souviennent encore…

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Puis, est venu l’âge bête, celui où j’ai mis de faux percings à mon nez et des anneaux immondes à mes oreilles. J’ai laissé mon tamagotchi au placard, et j’ai commencé à remplacer les posters de chatons sur les murs de ma chambre par mes icônes de l’époque. Et là, autant te dire que c’était un joyeux bordel… Kurt Cobain côtoyait les G Squads et autres horribles boys bands…

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A l’époque j’étais folle amoureuse de Gérald, le beau gosse de la bande qui n’avait le droit qu’à une phrase par chanson. J’apprendrais bien plus tard que celui qui avait provoqué mes premiers émois de jeune fille en fleur aimait les garçons, tout comme ma mère qui au même âge était folle amoureuse de Dave. Dans les années 90, encore, l’homosexualité était tabou. J’avais des copains au collège qui nous paraissaient « pas comme nous » comme on disait bêtement, mais on n’en parlait pas. Je n’appris également que plus tard qu’en fait, ils se cherchaient, et que nous, bêtes ados que nous étions, nous les avions un peu empêché de se trouver dans ces années là; je me réjouis de voir qu’aujourd’hui les mœurs ont évolué et qu’être gay n’est plus aussi « honteux » que par le passé, même si les confidences de mes amis homos me font souvent comprendre qu’il y’a encore bien du chemin à parcourir… Et j’attends avec impatience que l’adoption pour les couples gays soit rendue légale, autant par conviction profonde que parce que j’ai promis à pas mal de monde d’être mère porteuse pour eux…. (ça va finir par faire beaucoup pour moi les copains !!!).

A l’école, on commençait à nous parler de sexe et de MST de façon plus concrète qu’au temps de nos parents. Nous, on gloussait au fond de la classe avec mes copines quand la prof de biologie, enfin de SVT, prononçait le mot « sexe ».  J’ai moins rigolé quand j’ai eu mes premières règles et que ma mère m’a expliqué qu’il allait falloir porter ces horribles « Vania » tous les mois… : « KEUWAAAAAA !!!!! Je vais me vider de mon sang comme ça tous les mois ???? Non mais tu rigoles ???? J’ai jamais demandé à naître moi d’abord !!!! Allez hop je claque la porte de ma chambre ornée de son beau « Sens Interdit » et j’écoute les 3T à fond… »

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On organisait non plus des boums, c’était démodé, mais des « soirées », durant lesquels on hurlait sur Noir Désir, Tryo et Matmatah. Ça compensait les 3T…

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Vint alors le temps du lycée.Ma mère, elle n’avait que cette chanson là dans la tête (souviens toi…mon prénom…):

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Le temps des premiers vrais amours, des premières peines au demeurant inconsolables, des premières fêtes un peu arrosées, des premiers rêves. En ce temps là on se croyait invincibles, et on se promettait de ne jamais se marier et de vivre tous en communauté. Bon, j’ai gardé ma bande d’amis de l’époque, mais je suis un peu déçue de voir que EUX ont fait des enfants, ont acheté des maisons, toussa. Et ooooh, les filles, elle est où ma chambre sous les combles ???? Je me souviens qu’en ces années là, j’étais une anti-potiche. Je me cachais sous de grands pulls grunge, et mes cheveux étaient coupés à la garçonne….dieu que je me rattrape aujourd’hui !!! Et j’écoutais plutôt ça…

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J’ai passé ensuite à 17 ans les plus belles vacances de ma vie je pense, les premières entre copines, à Arcachon. SI j’avais su, à ce moment là, que mes études puis mon premier CDI m’y ramèneraient… Je me souviens du camping, nous étions installées juste à côté d’une « star », le mec qui avait prononcé cette fameuse réplique cultissime dans la pub Apéricub : « au saumooon, mon préféré !!! » (et ouais, t’es impressionné hein ??? Avoue…).Aux soirées du camping, nous nous trémoussions tous ensemble sur « Moi Lolita », et dans nos premiers lecteurs MP3 on se passait en boucle les Têtes Raides.

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Puis j’eus mon Bac, la première année où la calculatrice était interdite aux épreuves de SVT et physique Chimie, parce qu’ils avaient fini par comprendre que nos calculettes sophistiquées renfermaient des tas de formules.

Je suis alors partie à la Fac, j’ai quitté ma Bourgogne chérie pleine de larmes mais aussi remplie d’espoirs en intégrant Sciences-Po dans cette ville qui deviendra mon port d’attache, Bordeaux, et la vie a suivi son petit bonhomme de chemin… Petite Potiche est devenue grande, elle a troqué ses Doc Martens contre des escarpins, et elle s’offusque désormais dans le tram quand des bandes de gamines écoutent leur musique en hurlant…

Parce que moi, j’ai arrêté d’écouter des chansons de merde. Mais pourtant, parfois, quand je repense à tout ce temps là, ça me fait du bien et en secret, chez moi, je me repasse en boucle ces slows qui me faisaient vibrer…

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Et oui ma Potiche, aujourd’hui, j’ai 30 ans. L’âge auquel on devient raisonnable. L’âge auquel la plupart de mes amies sont mariées, ont des enfants, et sont devenues ces adultes que nous nous refusions d’être un jour. Orgueilleuse comme pas deux, je me vante souvent d’être célibataire par choix, que les gamins ça me saoule et que j’ai autre chose à faire de ma vie que de me lever en pleine nuit pour pendre un bébé à mes nibards. Mais pourtant, quand je m’endormirai ce soir, je serai bien triste de ne pas avoir eut le matin une petite Emma ou un petit Paul pour m’offrir un collier de nouille ou une boite à bijou camembert pourfendu d’un petit « je t’aime maman » pour mon anniversaire.
Boh, je me consolerai en me disant que les trentenaires célibataires sont à la mode. Après tout, j’ai grandi avec Friends et Sex and the City…

Je ferai la fête avec mes Carrie Bradshaw à moi, puis je regagnerai mon petit appartement probablement trop saoul pour penser à tout ce que je n’ai encore réalisé à 30 ans.

Parce que oui, aujourd’hui j’ai 30 ans et ça me rend nostalgique. Triste. Ça m’angoisse, ça me fait peur ; Je me sens en retard quand je vois tout le chemin qu’il me reste à accomplir à côté de certains. J’ai peur d’avoir « loupé le coche ». Les conventions me font horreur, et pourtant, oui j’ai peur de me réveiller un jour à 50 ans, sans personne à mes côtés. Je sais ce que tu vas me dire : Papotiche, tu n’as que 30 ans, tu as le temps. Oui, mais regarde comme ce temps passe vite…

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Alors, probablement que demain, je vais pleurer un peu. Beaucoup. Probablement que sur un coup de tête je m’inscrirai sur Meetic, pour rencontrer le prince charmant. Probablement que je mettrai à jour ma liste secrète, celle des prénoms que je veux donner à mes futurs enfants, ceux que je fais style de ne pas vouloir avoir. Probablement que je saoulerai mon entourage avec mes jérémiades, et probablement que je serai aussi saoulée par les gens plus vieux que moi qui se fouteront de ma gueule, oubliant que eux aussi ça les a emmerdé d’avoir eu un jour 30 ans.

Mais très vite, une petite voix viendra me raisonner. Pour me dire que j’ai de la chance.

Je ne suis peut être pas totalement accomplie, mais aujourd’hui j’ai 30 ans dans un pays qui me permet d’être libre et d’être la femme qu’il me plait d’être. J’ai 30 ans, et  des souvenirs d’école plein la tête, quand ailleurs je n’aurais probablement pas eu le droit d’y mettre les pieds. J’ai 30 ans, et j’ai le droit de te raconter chaque jour des conneries sur ce modeste petit blog sans prendre le risque de voir ma vie mise en danger par le simple fait de m’exprimer librement en tant que femme. J’ai 30 ans et j’ai appris des tas de trucs durant mes études qui ne me servent peut-être pas aujourd’hui, mais qui m’ont nourrie et épanouie grâce à un système social permettant aux plus démunis de faire une grande école au même titre que les bien lotis. J’ai 30 ans, et certes je ne suis pas mariée, mais mon passé est plein d’hommes qui le jour où ils m’ont quittée m’ont laisser penser que mon monde s’arrêterait de tourner sans eux, mais qui pourtant m’ont permis de rencontrer plus tard d’autres hommes que j’ai encore plus aimé. Et qui me permettront de te rencontrer toi, l’homme de ma vie. J’ai 30 ans, et je n’ai pas d’enfants, mais le jour où j’en aurai je l’aurai choisi, je n’y aurai pas été contrainte par les lois de la nature comme mes grands-mères, par la société ou la religion, ils viendront me rejoindre quand je l’aurai décidé, dans un monde que j’aurai parcouru librement, croqué à pleines dents, et pas quand un homme me l’aura imposé. Bon, je sais, il y’a encore du chemin à parcourir, je suis toujours moins payée qu’un homme et certains de mes congénères masculins ne comprennent toujours pas que de me traiter de « salope » en pleine rue quand je porte une jupe est une agression très difficile à supporter. Mais j’ai la chance d’avoir 30 ans et l’espoir de voir cela changer.

L’espoir, on y vient. Comme à 20 ans finalement…

J’ai 30 ans, et si je regrette parfois le temps de ma jeunesse et de mes folles années étudiantes, je sais que celles à venir ne seront pas moins belles et remplies. Dans un premier temps, par les jolies rencontres que ce blog me permet de faire tous les jours. C’est pour cela que j’avais envie de les fêter avec toi ces trente ans, amie potiche. Mes seins sont peut être moins fermes, mon visage commence à se ternir et j’ai de plus en plus de mal à perdre la petite bouée autour de mes hanches, mais c’est bien peu à côté des moments de dingue que je vivrai demain.

C’est bizarre, rien que d’y penser, je ne suis plus triste, je n’angoisse plus. J’ai hâte même !

Putain les filles, j’ai 30 ans !!!! J’AI TRENTE ANS !!!! Comment c’est cooooool !!!

Que les 3T, les G-Squad, Hélène Rolles, et le docteur Maboul me pardonnent : pour rien au monde aujourd’hui je ne reviendrais en arrière finalement !

Alors je n’ai qu’une chose à dire :

A nous deux, horloge du temps… Tu ne tourneras jamais aussi vite que ce monde que je me construis chaque jour librement !

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