J’ai toujours rêvé d’aimer Valentine en public…

« Baiser salés, salis, tombés le long du lit…

C’est inédit: elle m’aime à la folie! »

 

Il est évident qu’en cette veille de Saint-Valentin, ma première envie eut été de bâcher et fiéler à souhait sur cette fête commerciale dont les origines ancestrales ont laissé place à une vaste foire stéréotypée où fleurs et chocolats évaluent le degré d’amour que l’on se porte.

Primo, car lorsque l’on est célibataire, ce jour (qui d’ailleurs ne s’en tient pas à un seul, dans la mesure où la valse des vitrines recouvertes de cœurs, des spams sirupeux dans nos boites mails et autres slogans publicitaires à la mort-moi-le-clito dure bien 15 jours avant le D-Day…) nous rappelle à quel point nous sommes seules, comme de pauvres connes, et l’orgueil nous pousse à nous foutre méchamment de ceux qui iront dîner aux chandelles ce soir là, à les pointer du doigts comme un Bachelier dans les Ch’tis à Mikonos. Ces ringards qui succombent aux sirènes du capitalisme et qui tombent dans le panneau des commerçants ! (rassurez-vous, nous ne sommes pas méchantes, dans la plupart des cas nous sommes juste jalouses).
Oui, foutez-nous la paix avec la Saint-Valentin, on a déjà bien assez de mal à ne pas culpabiliser d’être célibataire le reste de l’année (remember ces petites phrases qui me font péter les plombs…).

image

Secondo, car si l’on est en couple, on n’a pas besoin d’un jour imposé arbitrairement pour s’aimer. Enfin ça, c’est ce que disaient mes exs, pour ne pas avoir à m’offrir des fleurs hors de prix ou un resto au menu « compte double » ce jour là (toi aussi t’as remarqué que les tarifs de menus ordinaires ce soir là gonflaient aussi vite que les seins d’une bimbo tropézienne entre ses 20 et 25 ans ? Nous prennent vraiment pour des potiches…), avec ce prétexte « qu’il n’y a pas besoin d’une date pour ça », ne m’en offrant cependant pas le reste de l’année…

 

BREF : passons…

Oui. Lorsque l’on est en couple, on n’a pas besoin d’un jour imposé pour s’aimer. En bonne adepte du verre à moitié plein, je me suis souvent dis qu’au pire, ce jour pouvait être une occasion supplémentaire de se le rappeler, et je n’aurai pas bouder mon plaisir de la fêter cette foutue Saint-Valentin, dans le cadre le plus romantique et kitschou qu’il soit. Mais en secret hein, cachée, parce que Papotiche est tout sauf une ringarde qui se laisse avoir par les pubs.

Et parce que lorsque l’on est en couple, on n’a pas besoin d’un jour imposé pour s’aimer. On est libres de s’aimer comme on le souhaite et de se le prouver ouvertement toute l’année.

Et pourtant…

S’il nous est aisé de balayer d’un revers de main dédaigneux la Saint-Valentin sous prétexte de pouvoir fêter et donc afficher nos sentiments, aux yeux de tous, les 364 autres jours de l’année, je me suis mise à penser à ceux pour qui l’amour, tous les jours, sans question à se poser, sans entrave, n’était pas si évident que cela.

Je me suis mise à penser à mes potes qui « méritent » (WTF???) que des gens intolérants aillent passer leur dimanche à défiler dans la rue plutôt que de profiter des joies d’un week-end en famille. Pour justement les empêcher de s’aimer tous les jours.

Ceux à qui l’on a reconnu le droit de se marier comme tout le monde il y a si peu longtemps.

Ceux que l’on accuse encore, en France, en 2015, de ne pas être en mesure d’élever des enfants.

Je me suis mise à penser à toi, mon ami, qui n’ose pas embrasser ton mec en pleine rue, parce que tu crains pour votre sécurité. J’ai tellement été surprise quand tu m’as dit ça, toi qui as l’air si heureux, si épanouie, je n’aurais jamais imaginé que des gens qui ne te connaissent pas, à qui tu ne fais pas de mal, qui ne savent même pas à quel point tu es un mec génial, puissent à ce point contraindre ta vie en public.

Je me suis mise à penser à toi, ma pote, qui ne compte plus les « un bon coup de bite ça te ferait du bien » quand tu tiens la main de ta chérie. Comme tous les amoureux le font tous les jours. Parce que pour une minorité de connards, une femme qui aime une femme « changerait d’avis si elle se faisait sauter comme il faut par un homme ». Une minorité qui te pourrit la vie en public.

Je me suis mise à penser à toi, mon pote, dont le père aime les hommes, et qui n’en déplaise aux rageux, est probablement le mec le plus équilibré de mon entourage, le plus serein, le plus positif, et à la réussite la plus incroyable parmi les gens que je connaisse. Ça ne me viendrait pas à l’esprit moi, d’imaginer que deux parents du même sexe sont incapables d’éduquer et de rendre heureux un gamin, parce que ça ne me viendrait pas à l’idée qu’un gamin ait besoin d’autre chose que d’amour et de bienveillance, deux qualités qui ne sont ni gendrées ni liées à une orientation sexuelle. Pourtant ces gens te pourrissent la vie en public. Tu te sens obligé de leur dire que « non homosexualité n’est pas héréditaire, et quand bien même si tu étais homo tu n’en aurais pas honte », et ça te fait mal.

Du coup, j’ai pensé à toi, mon ami, que des gens remplis de haine veulent empêcher d’élever un enfant sous prétexte que tu aimes les garçons. Alors que ça ne les regarde même pas. Alors que eux, ils préjugent de l’éducation des autres, tout en emmenant leurs gosses comme bouclier dans des manifestations qui puent le racisme et l’intolérance. Qui leur apprend tout sauf l’amour.
Ça me met en colère… Défiler pour nos droits, oui ! mais contre ceux des autres, ça me dépasse tellement. Mais tellement, bordel…
C’est comme ça que l’on éduque un enfant ???

Oui, je bâche la Saint-Valentin, car je suis une hétéro (je ne l’ai pas choisi) pour qui fêter l’amour tous les jours est évident, et pour qui deux personnes de même sexe s’embrassant dans la rue me parait tout aussi évident. Mais tous les jours, mes amis homos me rappellent qu’aujourd’hui, en France, les rues sont pavées de cons qui ne pensent malheureusement pas comme moi, et qui rendent leur vie en public infernale.

Alors vous savez quoi ? Non je ne bâcherai finalement pas la Saint-Valentin, parce que fêter l’amour tous les jours, se le prouver aux yeux de tous, n’est pas si évident que cela pour tout le monde. Je voudrais que demain, les resto soient remplis de couples arborant fièrement leur amour, quels que soient leur sexe. Je voudrais que demain mes potes homo n’aient pas peur de s’embrasser en pleine rue et que ça emmerde bien tous ces rageux qui osent les juger, alors que nous, on ne vient pas leur reprocher d’être cons en public à ces gens là! Je voudrais que le défilé des amoureux de tout bord rende ridicule à l’avenir ces défilés des anti-mariage pour tous, qui doivent avoir une vie bien triste pour reprocher aux autres de s’aimer.
Oh, je n’ai pas de haine et je ne juge pas ces gens, même si je leur en veux de blesser profondément mes amis homo par leurs mots parfois très durs. Dans le fond, je les plains. Comme je les plains… Et je leur souhaite de comprendre un jour que l’amour n’a pas de sexe, ça rendrait leur vie plus belle à eux aussi.

Les ami(e)s, je vous souhaite donc une belle, une merveilleuse, une excellente Saint-Valentin.
Et sachez que tant qu’il y aura des gens contre vous, qui défilent pour vous interdire le droit à une vie ordinaire, il y aura toujours une Papotiche prête à bondir non pas pour vous défendre, car je sais que vous le faites très bien tout seul, mais pour vous soutenir et vous aimer très fort, pour gueuler bien haut jusqu’à ce que vous ayez vous aussi le droit à l’amour sans jugement et à la parentalité sans suspicion.

Qui sait, je ne m’interdis pas de tomber un jour amoureuse d’une Valentine, on tombe amoureux de personnalités et non d’un genre. En cette veille de Saint-Valentin, c’est en chanson que je te déclare ma future flamme chère Valentine. Avec ma petite voix d’ado qui mue, pour te prouver que le regard des autres, le jugement, tu sais quoi ? Je m’en contre-fous ! <3 <3 <3

 

 

 *©D’après la chanson originale « Etienne », auteur Gesch Patti, Compositeur: Vincent Bruley

*Cette chanson est une reprise, je m’engage à retirer ce cover si les ayants droits en font la demande.
 
Un énorme merci à Monsieur X, qui ne veut pas que je le cite mais que je remercie doublement: primo d’avoir gratter à la guitare pour couvrir ma voix et d’avoir enregistré ce petit son surprise, et secondo pour être ce qu’il est au quotidien, à savoir un mec génial, généreux, drôle, sympa, toussa, bref d’être mon copaing-que-je-suis-fière-d’avoir-des-copaings-comme-ça <3