« PotiCello »

papotiche

 

« LA FOLIA »

 

Il caresse de la main les arrêtes adoucies

 En cambrures généreuses, et polies par le nacre,

 Jalousant tant cet homme qui lui a donné vie

 Dans un sombre atelier où viennent mourir les arbres.

 

 Cet amas de courbures et rondeurs: c’est sa femme,

 Immobile et glaciale: elle frémit sous ses doigts.

 Quand ils parcourent l’ébène ils réveillent ses entrailles

 Puis pénètrent le vide qui fait gonfler son bois.

 

 Il a perdu les mots pour traduire ses angoisses,

 Alors quand son coeur saigne c’est elle qu’il fait pleurer

 Sous ses coups de baguette qui sans faiblir harassent

 Une corde qui gémit d’être tant torturée.

 

 Et parfois il veut rire et il chante avec elle

 Ses pincements légers lui taquinent le corps;

 Chatouilleuse, mais captive, à ses jambes elle s’emmèle

 Et ils achèvent leur danse par un accord sonore.

 

 Mais elle craint les instants où la douleur le pèse,

Il soutire violemment la plus rauque de ses voix,

Cordes raides et longs râles les enchainent à une chaise

 On ne sait qui de l’un ou de l’autre en mourra…

 

 Femmes de chaire et de sang, il a souffert d’aimer,

Il réserve ses carresses à celles qui sont de bois.

 La sienne est le tombeau des messages qu’il nous tait.

 Une amante-Violoncelle. Une diseuse de Folia.

 

« La mort du Cygne » (Camille Saint-Saëns)

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La Folia (Marin Marais)

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