J’ai toujours rêvé qu’on arrête la Vague…

“Le plus important, c’est le message de cette histoire, qui doit servir à la fois de souvenir à propos de ce qui s’est passé et d’un avertissement à propos de ce qui peut se reproduire.”

Todd Strasser, à propos du succès du film « La Vague », 2008

©AlloCiné - photo du film "La Vague" - Dennis Gansel

©AlloCiné – photo du film « La Vague » – Dennis Gansel

Avril 1967.

Ron Jones est professeur d’histoire au lycée Cubberley à Palo Alto, en Californie.
La Seconde Guerre Mondiale et l’Allemagne nazie sont au programme.
Tandis que le professeur raconte avec précision les faits historiques, la Shoah, les camps de concentration, l’extermination de million de citoyens en raison de leur religion, orientation sexuelle ou encore provenance, les questions fusent dans la salle. Les élèves n’arrivent pas à comprendre comment une population entière a pu laisser sans réagir le parti nazi procéder au génocide de million de gens. Et pourquoi cette même population a déclaré ne « rien avoir vu » après coup.

 » Comment le peuple allemand pouvait-il ignorer le génocide des juifs? Comment les citadins qui voyaient passer les rafles, les cheminots qui voyaient passer les trains, les enseignants qui ont vu le programme scolaire changer, le corps médical ou encore les fonctionnaires qui ont vu les lois se durcir et les prisonniers de plus en plus nombreux, comment tout ce monde là a-t-il pu revendiquer ne rien savoir des ghettos, puis des camps de concentration ? Comment des gens qui étaient les voisins, parfois même les amis des citoyens juifs, ont-il pu continuer à vivre comme si de rien n’était? ”

« Comment Hitler a-t-il pu entraîner toute une population ? »

« Pourquoi les gens des pays annexés ne se sont ils pas rebellés ? »

« Et les enfants ? Quand ils ont fait du mal aux enfants, pourquoi personne n’a bougé ? Comment est-ce possible de ne pas avoir pitié d’enfants que l’on massacre et qui supplient ?»

Comment un peuple tout entier a t’il pu suivre Hitler dans la haine. Les adolescents n’étaient pas en mesure de comprendre. « Nous on se serait rebellés ! »

Sur un coup de tête, souhaitant que ses élèves comprennent les mécanismes du totalitarisme , Ron Jones décida d’organiser une mise en situation à l’échelle de sa classe.
L’expérience dépassa très (trop) rapidement le cadre de l’atelier scolaire.

Le but : prouver à ses élèves que le fascisme, basé sur l’effet de foule, peut très vite s’installer. Que quand une masse d’individus ne forme plus qu’un seul corps, tout est alors possible.

L’expérience

©AlloCiné - photo du film "La Vague" - Dennis Gansel

©AlloCiné – photo du film « La Vague » – Dennis Gansel

Il créa un mouvement fictif : « la troisième vague ». Il y lia une série de contraintes et de règles strictes, et une discipline rigoureuse, imposée à ses élèves, qui étonnement se plièrent rapidement à l’obéissance forcée. L’expérience dura 5 jours.
Il commença par expliquer aux élèves en quoi « la troisième vague » était une idéologie bénéfique pour les sportifs, les artistes, les scientifiques ,bref, les « gagnants »,ceux qui avaient de l’ambition et souhaitaient réussir dans leurs projets. Il accumule progressivement une série de règles à suivre (se lever pour prendre la parole, se tenir droit et les pieds bien à plat, commencer chaque phrase par les mêmes mots, mais aussi des règles incohérentes et contradictoires). Les élèves, dans un premier temps stimulés et motivés, l’écoutent avec attention. Il pose ensuite les bases de la communauté, en convaincant les élèves que c’est dans les liens qui unissent la communauté que celle-ci puise sa force. Et pour asseoir et unir encore plus cette communauté, il créé un signe de salut, qui devint signe de ralliement et de reconnaissance : le bras dessinant une vague dans l’air. Les élèves, dès le 2e jour, se saluent tous comme cela, sans saisir la référence au salut nazi.

Ron Jones distribue ensuite des cartes à chacun des membres, en attribuant à certain le rôle de dénoncer ceux qui dérogeraient aux règles, sans préciser ce qu’il arrivera à ceux là. Une croix rouge figure sur certaines cartes. Dès le 3e jour, les élèves manifestent au prof leur joie de faire partie de ce mouvement. La participation en classe se fait plus intense, les plus timides osent s’exprimer, portés par la communauté, mais rapidement, les discours se font moins nuancés, moins argumentés. Les élèves affirment, ils n’expliquent plus. Pour la communauté, soudée, un fait est d’emblée avéré. Et très vite, tandis que Ron Jones les invite à recruter d’autres membres dans l’école et à dessiner la bannière de « la troisième vague », les dénonciations commencent. Il faut alors des boucs émissaires. Ron décide que les idées de telle élève sont fausses. Sans argument. Ses idées sont fausses, point. Et pour les autres membres de la troisième vague, il apparaît alors normal que les idées de cette fille soient fausses. L’élève est mise de côté.

vaguelogo

Le sentiment d’appartenance prend le dessus. Le groupe est supérieur à l’être humain.
Au bout de 5 jours, la classe de Ron est bondée. Des dizaines d’élèves sèchent leur cours et s’agglutinent dans la salle pour écouter le professeur. Ils veulent intégrer « la troisième vague ». Les plus mauvais élèves deviennent des modèles de rigueur et de discipline. Ceux qui tournent le mouvement en dérision sont montrés du doigts, et bientôt, ils sont tabassés.

À la grande surprise du professeur, l’expérience va avoir une emprise sur tout le lycée. Espionnage et stigmatisation dépassent Ron Jones, qui est contraint de mettre un terme à l’expérience au bout de 5 jours. Après tout un discours à la classe, désormais pleine à craquer, sur la fierté, il annonce que la « troisième vague » va devenir un projet d’ampleur nationale destiné à modifier en profondeur la vie sociale des États-Unis. Il prétend que d’autres enseignants ont, comme lui, fondé des « troisièmes vagues » partout dans les écoles du pays et que, demain à midi précise le leader national du mouvement s’adressera à eux. Le lendemain, la conférence a lieu. Voici ce qu’il se passa :

« Les élèves commencent à arriver dès 11 h 30. Deux cents étudiants assistent à la réunion. Certains ont apporté des bannières. Des amis de Ron Jones, déguisés en reporters et en journalistes, prennent des notes et photographient les participants. À midi, les portes sont closes et des gardes postés de faction. Ron Jones montre à ses amis l’obéissance aveugle des jeunes présents : il les fait saluer et leur fait réciter la devise du mouvement. À midi cinq, Ron Jones fait éteindre les lumières et allumer des écrans de télévision, annonçant le discours du leader national. Après quelques minutes de silence attentif devant les postes ne montrant que de la « neige », les élèves finissent par s’apercevoir de la supercherie. Coupant court à leur stupeur, Ron Jones procède à un débriefing : il explique comment il les a manipulés et dans quelle mesure ils se sont laissés manipuler. Il leur fait visionner un film montrant des images d’archives du Troisième Reich. Répondant aux questions des élèves, il leur montre à quel point il est facile de verser dans le totalitarisme. Il leur explique aussi combien être dupe de ficelles aussi grossières est honteux, et répond à la question originelle : les Allemands ont nié avoir eu connaissance de l’extermination des Juifs, des Tziganes, des homosexuels, etc., de la même manière que les élèves de Cubberley nieront avoir participé à la réunion. Il clôt l’expérience. » Source Wikipédia (lien : La troisième vague )

Résumons : « La troisième vague » est le nom d’une étude expérimentale du fascisme et de l’autoritarisme, menée par le professeur d’histoire Ron Jones avec des élèves de première en 1967, dans le cadre d’un cours sur l’Allemagne nazie. Cadrée. Comme l’expérience de Milgram, elle a énormément intéressé les chercheurs en psychologie. Elle inspira également le livre de Todd Strasser (1981) puis le film de Dennis Gansel sorti en 2008 : « La Vague ».

Si les faits paraissent incroyables (5 jours ont suffit pour transformer une classe d’élèves bien dans leur peau en quasi-armée docile et prête à intégrer des idéaux fascistes), ils sont avérés. J’ai eu du mal à y croire en lisant le livre de Todd Strasser, je vous mets à la fin de ce billet une série de références qui vous permettront d’aller plus loin.

https://www.youtube.com/watch?v=xYF232vStQ4

Pourquoi je vous raconte ce fait « divers » aujourd’hui ?

Car aujourd’hui, nous commémorons un triste anniversaire : la libération de millier de prisonniers du camp d’Auschwitz. « Il y a 70 ans, le monde découvrait l’horreur » titrent les journaux de ce jour. Il y a 70 ans, les alliés entraient dans Auschwitz. Nous découvrîmes l’enfer sur terre.

Pourquoi je vous raconte cette histoire aujourd’hui, au lieu de parler d’Auschwitz ?
Mais je vous parle d’Auschwitz. De comment cela a pu arriver.
Car devant les articles de ce jour, les mêmes questions raisonnent dans ma tête : « pourquoi a t’on laissé faire ça ? Comment les alliés ont ils pu ignorer cela ? » Et je me dis qu’il fallait être inhumain pour faire subir cela à ces gens. Je me dis « heureusement, cela n’arrivera plus : nous, nous savons que c’est mal ».

Nous ? Nous ne savons rien. Nous sommes ces élèves de Palo Alto.
Il est important, essentiel, vital, d’aller écouter les témoignages des survivants de l’horreur, et je vous invite à les entendre, les lire, sans filtre, sans interprétation. Ecoutez ces gens qui ont vu, qui ont vécu. Acheter le hors série du magazine l’Histoire consacré à Auschwitz, qui sera mille fois plus complet que ce que j’aurais pu vous dire, et lisez ou regardez « Shoah ». Ecoutez sans intermédiaire ces gens qui bientôt, ne seront plus. Ces « triangles roses », ces roms, ces mères qui ne savaient pas qu’en plaçant leur enfant déficient mental dans un « centre de soin », elles ne les reverraient plus.

Pourquoi  je vous raconte cette anecdote, puisque je vous renvoie aux écrits et témoignages laissés par les victimes ?
Je vous raconte cela, car se souvenir, c’est avant tout garder en permanence à l’esprit que l’atrocité extrême de ce qu’il se passa à Auschwitz et les camps de concentration nazis, elle ne fut pas perpétrée par des « barbares sans âme ». Face aux images insoutenables, ma plus grand erreur fut de penser « ces gens n’étaient pas humains, ça n’arrivera plus ». Et j’ai repensé à la Troisième Vague.

Ces atrocités, elles ont été conduites par des hommes. Par des gens de chair et d’os, par des être doués de réflexion. Lisez le bouquin de Michel Cymes, qui vient de sortir, et qui vous racontera que non, les médecins tortionnaires des camps n’étaient pas les « ratés » et « mauvais élèves de la fac» pour lesquels il fut plus aisé de les faire passer par la suite, mais pour la majoriété des êtres à priori aussi capables que vous et moi de discerner le bien du mal. Ils ont basculé. ça fait froid dans le dos.

Relisez les chronologies. Souvenez vous que tout cela, ce n’est pas arrivé d’un coup mais progressivement. Il y a eu un contexte qui a porté les gens vers l’obscurité.
Le monstre est potentiellement à l’intérieur de chacun d’entre nous, la « vague » avance inexorablement à travers les siècles. C’est l’Homme.

Un jour, il sera de notre devoir de prendre le relaie de ceux qui ont « vu » et « vécu » pour l’arrêter, et éviter qu’elle ne sème encore l’horreur sur son passage.

 

[youtube width= »600″ height= »365″ video_id= »bTI_lKIK7DU »]

Le talk de Nancy Traoré durant le TEDxBordeaux 2014, bouleversant: http://www.tedxbordeaux.com/tedxbordeaux-2014/nancy-traore/

« Shoah »…

Je me souviens du jour où notre professeur d’histoire nous a diffusé des extraits de ce documentaire. J’étais en 4ème. Je m’en souviens bien, trop, car ce fut le jour où j’appris la véritable signification de cette phrase: « l’homme est un loup pour l’homme ». Ça m’a tellement marquée…
Je me souviens avoir été emprunté le livre de Claude Lanzmann a la bibliothèque. Je me souviens avoir pleuré. Trop. C’est terriblement difficile d’admettre quand on est pas encore tout à fait adulte que « le monstre » est tapi en tout homme, prêt à surgir. C’est difficile à comprendre, et je me souviens m’être posé beaucoup de questions. Exactement comme les élèves de Ron Jones en 1967. J’ai pensé à la société dans laquelle je vivais, et je me suis dis « mais ce n’est plus possible de nos jours! ».
Oh, il y a des exceptions. Il y a des gens extrêmement courageux, des résistants, des Nelson Mendela, des dames de Lisieux, des De Gaulle, des Simone Veil, des médecins engagés, des femmes et des hommes éclairés. Des « Charlie ». Les siècles en comptent malheureusement peu. Le courage est une qualité trop rare face à la vague…

Et aujourd’hui j’ai 31 ans, j’ai grandi et tous les jours le monde me rappelle que « l’homme est un loup pour l’homme », mais pourtant quand j’écoute, difficilement, le témoignage de cet enfant dans le film, rescapé de l’horreur nazi, ce sont encore et toujours les mêmes questions qui tournent en boucle dans ma tête: pourquoi? Je suis cet élève de Palo Alto en 1967 qui ne peut accepter ni comprendre l’impensable. Vous êtes cet élève de Palo Alto.

« Pourquoi… »

Et c’est l’impossibilité de trouver des réponses à cette question qui rend nécessaire l’éternel devoir de mémoire, car quand les derniers témoins de ces horreurs auront disparu, ne restera plus que « le monstre », celui qu’on déshumanise au point de croire qu’il est impensable que cela puisse un jour se reproduire. Ne restera plus que l’image de barbares trop éloignés de nous pour que dans le futur on puisse imaginer que l’idée de vouloir anéantir une partie de la population ne resurgisse. Parce qu’elle n’est pas de la bonne couleur, de la bonne religion, parce qu’elle ne pense pas comme la majorité, parce que…parce que…parce que… Il y aura des prémices, et sans ceux qui ont vécu, on ne les relèvera pas.

Aujourd’hui j’ai 31 ans et j’ai été frappée d’effroi, un jeudi 7 janvier, à 11h, quand j’ai appris que des caricaturistes avaient été criblés de balles.
Pour leurs idées. Dans le pays de la liberté d’expression.

J’ai pleuré quand quelques jours plus tard je découvrais qu’au Niger des milliers de personnes avaient été massacrées en quelques heures .
Pour leur religion.

Je tremble en découvrant l’histoire ces gamines en Inde, à qui l’on brûle le visage à l’acide, sur le chemin de l’école.
Pour être née femme. Et pour avoir « osé » prétendre à l’éducation.

J’ai eu peur, car quand le dimanche qui a suivi la tuerie des caricaturistes, policiers, civils, j’ai manifesté aux cotés de milliers de « Charlie », dans les rues de Bordeaux, j’ai constaté que nous n’étions pas tous bercés de belles intentions. Une phrase, au premier degré, glaçante (je m’excuse d’avance pour les lecteurs que cela pourrait blesser) qui a été lancée par un jeune qui devait à peine avoir 20 ans, et qui a beaucoup fait rire ses amis, comme pour en approuver le sens : « les roux, c’est comme les arabes, ça devrait pas exister ». Oui, je suis rousse. Et je me suis souvenue qu’il y a 200 ans, peut être moins, on brûlait les femmes rousses, accusées d’être des sorcières.
Pour leur couleur de cheveux.

Et puis qu’entend-je ? Tu es là, avec ton panneau « Je suis Charlie », et tu oses montrer du doigt mon frère et ma sœur ? « Arabe » ? ça veut dire quoi ? Car je suis arabe ! Je suis juive. Je suis musulmane. Je suis caricaturiste. Je suis…je suis…je suis libre, et je veux que tous ceux qui m’entourent le soient aussi !!!

Roux, arabes, juifs, et qui sait, gros, maigres, bouddhistes : toute différence peut un jour être stigmatisée par une vague.

J’ai été choquée, car hier, je me retrouvée dans un tram rempli de gaillards, qui n’ont pas réagi quand un petit vieux a commencé à se faire agresser par un mec. J’ai imaginé que parmi ces gens, le nez dans leur portable, la plupart devaient être présents ce dimanche là pour se prétendre « Charlie » . Et je n’ai pas compris : la solidarité, ce n’est pas du paraître. Le courage, ce n’est pas limité à une photo de profil sur Facebook. Du haut de mes 1m60, j’ai été la seule à essayer de les calmer, et j’ai du hurler 3 fois aux hommes capables de les séparer « mais pourquoi n’intervenez-vous pas ??? » pour qu’enfin, UN SEUL d’entre eux ne se lève et agisse.
Si personne ne réagit quand deux hommes se battent, qui réagira si un jour des dizaines, des centaines d’hommes se battent pour imposer aux autres leurs idées ?

La vague, inexorablement, avance. L’histoire se répète. Et l’horreur est partout à nos portes. C’est ce que nous disent les derniers survivants d’Auschwitz : c’est l’Homme qui a fait ça. Nous devons les écouter avec attention.
Alors s’il vous plaît, racontez à vos enfants. Qu’ils le racontent eux même à leurs enfants.
Regardez les témoignages de ceux qui ont survécu. N’oubliez jamais ce qu’il s’est passé. Ni comment ça s’est passé.
N’oubliez jamais qu’il n y a pas et n’y aura jamais de réponse à ce « pourquoi ». Justifier l’horreur, c’est croire l’espace d’un instant qu’elle n’est plus possible.
Regardez les images, lisez les écrits. De la Shoah. De l’esclavage. Du génocide arménien. Des rescapés du Rwanda. De tout ceux qui ont été témoin de « la vague ». De tous ceux qui savent que c’est l’homme qui est capable du pire. Se souvenir, c’est aussi penser au futur.

C’est dur. C’est difficile. Les images sont violentes, les mots sont crus. Mais c’est notre histoire.

Car voyez-vous, ce n’est pas du monstre que j’ai peur, mais de l’Homme. Car « la vague », c’est lui. Et il faudra une vague bien plus haute, bien plus puissante que celle ci, pour qu’elle ne décime plus autant de monde sur son passage : celle de la fraternité. Si en quelques jours il est possible d’unir les gens dans la haine, imaginez de quoi nous serons capable le jour où nous serons bien plus nombreux à nous unir dans l’amour.

L’espoir…

Pour finir sur une touche d’espoir, je voulais relever deux initiatives qui ont suivi les attentats de « Charlie Hebdo » , qui montrent que le sursaut peut venir de tout un chacun.

« Je suis… » : expo photos de Marie Vaubourgeix au Node, en mars 2015.

©brice Blanloeil - www.briceblanloeil.com

©brice Blanloeil – www.briceblanloeil.com

« Suite aux événements de ces derniers jours, j’ai envie de m’exprimer à travers la photo.
J’ai pas de mot pour décrire ce qui se passe en ce moment, j’ai juste des images en tête. »

Ne sachant comment manifester son émotion face aux événements insoutenables survenus en France les 7 et 8 janvier, Marie, jeune photographe, a décidé de laisser son art parler à sa place. Elle a invité des gens de tous âges et tous horizons à poser devant son objectif, avec une ardoise où figurent les mots « Je suis… » à compléter de la suite qu’ils souhaitent.

« Le projet consiste à créer un ensemble d’images de personnes de tous horizons. Il n’y a pas de règle précise à respecter lors de la prise de clichés. Le sujet montrera ce qu’il veut de sa personnalité. La seule contrainte sera de tenir une ardoise sur laquelle on lira: “ JE SUIS + ce que le sujet désirera ajouter (une phrase, un dessin …) »

Être Charlie, c’est parler. S’exprimer. C’est être libre. Je trouve cette initiative, bien que personnelle et locale (tu vas me dire que ça ne changera pas le monde, mais il se trouve que si on faisait tous pareil, à notre manière, il se pourrait bien que la vague s’inverse…), en phase avec ce que les attentats ont voulu briser : notre unicité, et notre capacité à l’exprimer sans entrave. Je vous invite à aller admirer le résultat de ce shooting photo durant tout le mois de mars au Node, rue des Faussets, à Bordeaux (je vous en dirai plus en février).
Son site : http://marievbgx.tumblr.com/

« Le Festival de la BD d’Angoulême » rend hommage aux caricaturistes.

©Frédérique Bruneau

©Frédérique Bruneau

 

Car il est également essentiel de montrer que l’on n’a pas peur. Que même si on peut ne pas être d’accord avec les caricatures, elles ont droit de cité en France.
Durant la 42ème édition du Festival, deux expos seront consacrées à « Charlie Hebdo ». Une expo extérieure, disséminée dans toute la ville, avec les « unes » marquantes du journal, avec un apport rédactionnel. Et une expo intérieure (jusqu’au 8 mars au Musée de la BD), visuelle et sonore, qui évoquera le parcours des dessinateurs disparus. Des tables rondes seront également consacrées à la liberté d’expression.
Le site : http://www.bdangouleme.com/
Le détail de « nous sommes Charlie » : http://www.bdangouleme.com/665,communique-des-grands-prix-du-festival-de-la-bande-dessinee-d-angouleme

Sources et références:

Article de Ron Jones paru en 1972 : http://libcom.org/history/the-third-wave-1967-account-ron-jones

L’Express, « Les docteurs de l’horreur » : http://www.lexpress.fr/actualite/societe/dans-les-camps-de-concentration-les-docteurs-de-l-horreur_1645151.html

Miche Cymes, « Hippocrate aux Enfers », 2015

Todd Strasser, « La Vague », 1981

Wikipédia : la troisième vague 

« L’expérience de la troisième vague » (documentaire), 2010

Film : « La Vague », Dennis Gansel, 2008, voir sur Allo Ciné : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=134390.html?nopub=1

La photo de couv de ce billet est une photo du site Allocine.fr, crédit Dennis Gansel, extrait du film « La Vague ».