J’ai toujours rêvé d’écrire une lettre à ma fille…

« On ne naît pas femme, on le devient… »

La grande Simone, que je ne vais pas vous présenter quand même…

 

En ce moment, je lis beaucoup de tweets, articles, et posts sur Facebook qui tendent à expliquer qu’aujourd’hui, certaines nanas sont choquées « pour des broutilles », et que « le féminisme ça ne sert plus à rien ».

En ce moment, je tombe sur des articles de presse féminine qui en reviennent à ces vieux clichés opposant féminisme et féminité, et qui au-delà du second degré affiché ne font que monter les gens les uns contre les autres.

Je ne suis pas une militante pure et dure de la cause féministe ; Ceux qui me lisent, notamment sur Facebook, savent que je suis la première à avoir du second degré sur ça. Je ne me reconnais pas dans certains courants féministes un poil (de jambe pas épilée, puisqu’à l’inverse elles peuvent elles aussi opposer féminisme et féminité) extrêmes. Mais je refuse que l’on prenne toujours en exemple ces quelques dérapages pour dénaturer profondément un combat important à mener, ce qu’il a apporté, et tous les combats qu’il reste à mener ailleurs que dans de stériles gueguerres sur Twitter. Et je me fous profondément de savoir s’il y a une « bonne » ou une « mauvaise » façon d’être ou non féministe. Le débat ne doit pas être là. Moi-même je ne sais même pas si je suis ou non féministe: je suis humaniste, comme le sont toutes ces nanas et ces mecs qui se battent contre les inégalités.

Je refuse qu’on l’on considère que, sous prétexte d’avoir obtenu gain de cause dans de nombreux domaines dans notre pays, nous devions faire faire profil bas pour les autres secteurs où les discriminations sont encore présentes.

Et je refuserai toujours fermement de lire que « le féminisme ça ne sert plus à rien » tant qu’ailleurs dans le monde, des sœurs seront bafouées, humiliées, et risqueront leur vie à chaque instant du simple fait d’être des femmes. Il s’agirait de voir au-delà de notre petite porte où les choses se passent relativement bien…

Non, le féminisme ça ne sert pas à rien.

Je sais que j’ai la chance d’être née au bon moment et au bon endroit, alors voyez vous, j’aurai toujours dix fois plus de respect pour des nanas qui gueulent peut être un peu trop fort, que pour des gens qui les considèrent comme inutiles car ils se limitent à leur microcosme.

A force de lire un tas de conneries sur les réseaux sociaux, j’ai en premier lieu écris un article pour argumenter autour de tout cela. J’ai eu envie de détester ces gens qui préfèrent pointer en permanence du doigt les militantes excessives sous prétexte « qu’en France on n’a quand même pas à se plaindre » mais dont le silence face à toutes les horreurs qui se passent dans le monde est assourdissant. J’ai aussi eu envie de leur expliquer que non, en France tout ne se passe pas bien. Même si je me sens libre, même si aujourd’hui la loi de mon pays est de mon côté si un jour je suis victime de discrimination liée à mon sexe, il ne faut pas oublier que l’Histoire est pavée de retours en arrière, et qu’un droit n’est jamais acquis pour l’éternité dès lors que certaines voix se font entendre pour le remettre en question (ne voit-on pas monter en ce moment en France un mouvement politique qui veut remettre en cause le droit à l’avortement ?).

Mais en me relisant, je me suis dis que je n’étais finalement personne pour juger les autres. Qu’il existe plein de sites sourcés et largement documentés qui expliquent déjà clairement les choses et bien mieux que moi je ne pourrais le faire. Et que répondre à la haine par la haine, ce n’étais pas moi.

Et puis je m’en fiche que certaines nanas soient plus excessives que moi, je n’ai pas envie qu’on se prenne la tête entre nous et qu’on s’attarde sur des terminologies à se demander ce qu’est ou non le féminisme, qui le porte bien ou non. Je n’ai pas envie qu’on nous monte les uns contre les autres.

C’est par une grosse bouffé d’amour que je souhaite m’adresser non pas à ceux qui pensent que le « féminisme ça ne sert à rien », mais à ceux qui au contraire me permettent justement de penser que le féminisme a servi à quelque chose, et permettra de faire avancer pas mal de choses encore. Libre aux critiqueurs compulsifs de se moquer des féministes qu’ils jugent excessives ou bien de ne pas voir plus loin que le bout de leur nez. Il y aura toujours des avis divergents, et je préfère au final passer du temps à pointer du doigt les actes profondément discriminatoires et à l’inverse mettre en lumière les initiatives remarquables.

J’ai eu envie de repartager avec vous ce texte que j’ai écrit il y a quelques temps, dans lequel je confiais à une femme à venir pourquoi elle sera là, et tout ce qu’elle devra à celles qui l’ont précédée.

Oui, j’ai eu envie de m’adresser à nouveau à cette femme que sera ma fille. Je sais que rien ne vaut un petit ruisseau d’amour face à un gros torrent de haine, puisque j’ai bon espoir qu’un jour ses petits ruisseaux se rejoignent à l’infini pour en changer le cours.

LETTRE À MA FILLE

Tout d’abord, excuse-moi si pour le moment tu n’es pas encore à mes côtés, il faudra attendre un petit peu pour cela.

Aujourd’hui je m’adresse à toi, car j’entends pas mal de choses qui font tomber nos grands-mères féministes dans l’oubli, et comme le jour où tu viendras au monde elles ne seront plus très nombreuses à être là, je voulais te dire que je compte sur toi pour les avoir quelque part, dans un endroit de ton cœur.

Grâce à nos grand-mères féministes, notre rencontre sera belle car elle sera voulue. Attendue. Ne m’en veux pas si celle-ci tarde donc un peu : elle se fera au moment où je serai prête à t’accueillir, dans ma tête, dans mon ventre, comme dans mon quotidien. Au moment où je l’aurais décidé. Tu viendras dans ce monde à grands coups de rires, de gens qui trinquent, de « félicitations aux deux parents», et non pas parce que ta mère y aura été contrainte, que ce soit par un homme, ou par les lois de la nature. Tu seras d’autant plus le centre du petit monde de ta maman que celle-ci aura pris le temps de le tester pour toi, longuement, avant que tu ne viennes l’y rejoindre. Tu naîtras d’un orgasme mais pas du premier, tu seras le fruit de mes ovaires dans une société où les femmes en sont enfin redevenues propriétaires. Tu seras un bout de moi mais jamais dépendante de personne. J’en ferai un point d’honneur, ma fille!

Grâce à nos grand-mères féministes, tu auras la chance de venir dans un bout de monde où ton sexe ne sera pas un fardeau ma fille, où tu pourras choisir ton propre chemin sans te « cacher le vagin » pour le parcourir, ni avoir honte de ton genre et encore moins le renier pour réussir. Où tu auras tout autant le droit d’être mère au foyer sans te justifier, que médecin ou mécano. Tous les métiers te seront accessibles, et qu’importe ce que sera le tien : c’est celui que tu auras choisi qui sera le plus beau. Ce chemin ma fille, il te mènera peut être sur les bancs de l’ENA, ou loin de ceux de la Fac si les études ne sont pas faites pour toi : tu emprunteras celui que tu désires ma fille, tant que c’est toi qui en traces les bordures, sans qu’un homme ne te ralentisse en te tirant par la main mais plutôt te donne de l’élan ou te la tende par amour. Une femme même. Et non un pis aller voyant toutes les routes qui te faisaient rêver barrées par des bras masculins ou par tes propres appréhensions. Et tu sais quoi ma fille ? Tu auras aussi le droit de te tromper, de faire marche arrière, de multiplier les détours et les erreurs, de recommencer, sans craindre que l’on te juge en tant que femme. Grâce à nos grand-mères féministes, tu seras libre ma fille.

Grâce à nos grand-mères féministes, tu auras le droit de te révolter contre tout homme qui portera atteinte à ton intégrité physique ou morale, que ce soit ton mari, ton père, ton patron : c’est désormais gravé dans la loi. Tes colères seront saines et reconnues, mais tu devras toujours garder à l’esprit que ceci est certes un droit en France mais avant tout un bien extrêmement précieux qu’il faudra toujours défendre si des voix s’élèvent pour le remettre en question, et qu’ailleurs dans le monde, d’autres filles n’ont pas cette chance : comme tes grand-mères féministes, je te demande ma fille –si tu ne trouves pas tous les jours le courage de te battre contre cela- de ne jamais te résigner à l’accepter. Jamais.

S’il existe un monde où ceux partis trop tôt côtoient furtivement ceux qui s’apprêtent à les remplacer sur cette terre encore si imparfaite, alors soit polie ma fille, dis merci à nos grand-mères féministes et prends le temps de parler avec elles avant de venir remplir ma vie à moi de tes doux babillages. Elles en ont avalé des couleuvres pour moi, et donc pour toi…

Promis, ma fille, je ne vais pas trop tarder à t’accueillir dans mes bras. Laisse-moi me tromper encore un tout petit peu aussi dans les derniers sentiers que je souhaiterais arpenter seule avant de sentir ton petit cœur battre en moi, et avant de voir tes paupières s’ouvrir sur un monde que tes grands-mères ont rendu plus beau pour toi. Je prends mon temps, ne m’en veux pas : je voudrais aussi que ton père soit le premier à t’apprendre que l’on peut être du côté des femmes sans pour autant être contre celui des hommes. Il faut que je choisisse celui qui te méritera le plus…

Ma fille, sache enfin que grâce à TA grand-mère à toi, tu auras une maman sans regret, épanouie, qui n’aura jamais peur de la difficulté car elle a été éduquée avec ce principe de vie qui a valu tous les cadeaux et l’or de la terre : « quand on veut, on peut Papotiche, ma fille! ». Je te promets d’être à la hauteur de ta mamie et de toujours t’aider à t’envoler là où tu souhaites aller.

Car dans le sillon de nos grands-mères à toutes les deux, je voudrais te dire que:

« Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite

Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,

Si tu peux conserver ton courage et ta tête

Quand tous les autres les perdront,

Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire

Seront à tout jamais tes esclaves soumis

Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,

Tu seras une Femme, ma Fille. *»

Le féminisme, ça ne sert pas à rien. C’est grâce à lui que notre rencontre sera la plus belle des rencontres au monde, ma fille.

Et si le temps ne provoque jamais cette rencontre mon ange, si la vie m’en empêche ou fait que mon ventre n’est pas en mesure de t’accueillir, sache que ma peine sera grande mais mon amour bien plus fort pour que d’autres petites filles puissent entendre tout ce que je viens de te confier. Tandis que je prendrai soin d’elles  comme j’aurais pris soin de toi, je compterai alors sur nos grand-mères féministes pour veiller sur toi tout là haut.

* d’après le poème « if » de Rudyard Kipling (1910) traduit de l’anglais en « Tu seras un homme mon fils » en 1918 par André Maurois.