J’ai toujours rêvé de perdre mon self control…

« Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.
Oui. Mais un seul connard est là, et on rêve d’une île déserte !!!! »
Papo, Tatie Danielle en puissance

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J’ai pour philosophie de vie de ne jamais me focaliser sur ce qu’il me manque, préférant rester optimiste et me concentrer sur ce que j’ai déjà. Et puis si on devait ne retenir de la vie que ce qu’elle ne nous a pas encore apporté, on passerait notre temps à chialer : j’ai pas de mec, pas d’argent, pas de gamin, mes chats ne savent pas faire des trucs mignons comme sur les vidéos youtube, j’ai pas de nichons, pas de très longues jambes, pas les dents blanches, pas de baie vitrée dans mon appart, pas de plancha dans mon jardin, pas de diplôme en médecine, enfin bref, la liste est longue.
Suivre cette philosophie de vie me permettrait de vivre au pays des bisounours et d’être parfaitement heureuse, si le mal ne venait pas de l’autre côté de la force : les autres… L’Enfer, qu’il disait, Sartres. Certes, j’essaie de ne pas faire attention à ce qui dépeuple mon univers, mais inexorablement, vient me sauter au visage non pas ce qu’il me manque mais ce qui est en trop dans ma vie. Voir en overdose…

Trop de misogynie ; Trop de cons sur la route le matin ; Trop de pouffes qui mettent le grappin sur mes mecs ; Trop de pluie cet été à Bordeaux bordel de meeeerde de chiotte de cul (pardon, je m’emporte).
Et parmi la masse des choses qui envahissent et polluent mon quotidien de potiche irritable, je dois dire qu’il en est une contre laquelle je n’arrive plus à lutter : la « petite phrase à la con ». Cette phrase que tu entends 15 fois par semaine. Que tu sens venir à 3km, qui te fous la nausée dès le premier mot.

Vois-tu ma petite potiche adorée, je deviens « petitePhraseAlaConPhobe ». Certaines me filent des boutons et réveillent mon herpès génital de jeune fille délurée. Oui, un seul être vous manque et tout est dépeuplé, c’est bien vrai. Mais face à certains de mes congénères et leur capacité à m’horripiler, il me prend parfois l’envie de partir loin, trèèèèès loin, seule, sur une île complètement déserte, où je n’entendrai plus ces petites phrases auxquelles j’ai répondu par un sourire poli pendant des années, mais qui désormais, vous serez prévenus, seront punies des pires sévices qu’une Potiche puisse vous faire endurer (enfermement dans une pièce avec Lara Fabian qui passe en boucle, brûlures de cigarettes fines Vogue mentholées, coups de talons aiguilles dans les parties, discussion pendant 3h sur « est-ce que tu trouves que j’ai grossi », j’en passe et des meilleures).

Le temps de la bienséance n’a que trop duré !

Top 15 des phrases que je n’en peux plus d’entendre et que je n’autoriserai plus à prononcer en ma présence.

Top 15 des petites phrases anodines qui ont le don de faire virer mon blush au cramoisi…

Bref…TOP 15 des phrases qui me gonflent, et malheureusement pas au niveau des nibards !

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1) « La prochaine c’est toi ? »

Pas un mariage dans ta famille sans entendre, au minimum 15 fois pendant le vin d’honneur et 89 fois passée la pièce montée, cette fameuse phrase, prononcée avec un sourire qui oscille entre « j’aimerais bien en savoir plus parce que je me fais chier là, t’as un mec ? », « t’es vraiment la vieille fille de la famille » et « t’as vu comme ch’uis drôle, personne te l’a faite encore ch’uis sure… ».
Bon, la première fois, au mariage de ma petite cousine, je ne me suis pas formalisée, répondant par un sourire poli à chaque oncle ou grand-tante qui me balançait ça. Au second, j’ai eu plus de mal à garder mon sang froid. Au troisième, je décidai de sauver ma dignité en expliquant à tous ces gens qu’on pouvait très bien réussir a vie sans se marier, que ce n’était pas une fin en soi. Perte de temps : au 4e, rebelotte. Désormais, je prends un malin plaisir à adapter chacune de mes réponses à mon interlocuteur, histoire qu’ils n’osent plus me reposer cette putain de question au prochain mariage :

– À Tonton Michel l’homophobe : « oui, enfin je vais pouvoir, ça fait 10 ans qu’on attend que le mariage gay soit autorisé en France avec Sophie! Tu viendras hein tonton ? »
– À Mémé Jeannine la catho pure et dure: « boh, non, tu sais moi ça me va tellement mieux de baiser à tout va, ça m’emmerderait de ne me faire déglinguer que par un seul mec. Bon, en parlant de ça, il est où le témoin du marié d’ailleurs ? Que dis-je, LES témoins, le démontage dans les chiottes ça a plus de charmes à 3. ça va ta vie sexuelle sinon ? »
– À Tonton Georges le lourd: « très drôle mon tonton, mais tu devrais plutôt la sortir à mémé Jeannine au prochain enterrement, ça serait encore plus percutant je pense! »

2) « Non mais tu sais les gros seins c’est chiant… »

Ooooh oui, j’imagine. Tiens, prends ce mouchoir, et cache donc ce…naaaaan, mouche toi, ta vie est trop triste, tu me fais peine.
Bon, oui, je sais (enfin non je sais pas, j’imagine), les très gros seins ça fait mal au dos, ça focalise le regard des mecs ailleurs que sur vos yeux, ça peut être gênant pour s’habiller (quoi que…demande à la vendeuse de la phrase numéro 10…), mais bordel de potiche, comme je ne supporte plus d’entendre cette phrase quand j’ai le malheur de toiser mes œufs brouillés (oui, à 30 ans les œufs au plat deviennent des œufs brouillés) à la plage et de m’en plaindre, et qu’à côté de moi, une pote à la poitrine superbe et opulente croit me consoler en me sortant ça.
Oh oui, ça doit être chiant…Viens que je te les arrrrrrrrrache tes boobs tiens !!!!!
Allez, ça part d’un bon sentiment, mais gardez votre salive, ça ne nous rassure absolument pas, bien au contraire.

3) « Ça t’arriveras quand tu t’y attendras le moins. »

LA phrase de merde qu’on sort au moins 10 fois par mois aux célibataires dans mon genre…
Génial, ça fait 15 ans que je m’y attends pas !!!! C’est long dit donc ta tactique…
Attention, toute la bêtise de ce genre de phrases convenues (toujours sorties par une nana heureuse en amour depuis 20 ans qui ne sait pas ce que c’est qu’être célibataire et attendre ce foutu prince charmant…) est d’être associée, dans la même conversation, à leur antithèse :

« tu sais, parfois, il faut forcer le destin hein ! ».

Attends, ch’uis perdue : faut que je cherche ou faut que j’attende que ça me tombe dans la main ?
Bon, épargnez-nous vos grands discours les gens : quand on est célibataire depuis des années, qu’on n’a pas eu d’orgasme depuis des mois (quoique, c’est aussi le lot de pas mal de femmes mariées ça…) et qu’on se retrouve à passer ses vacances chez môman à 35 ans sous prétexte de ne pas avoir de chéri(e) pour partir 15 jours à Barcelone, on s’y attend FORCEMENT hein. On le guette comme de l’huile autobronzante sur une peau de rousse un 15 août à Biscarosse (oui, faut être méga au taquet pour pas que ça cloque hein). Bref, peu de chance que le jour où il arrive, on sursaute de frayeur, « oh putain de merde, tu m’as fait peur, je m’y attendais trop pas !!!! »

Si par malheur tu commences à entrer dans le débat, tu auras droit à la suite, non moins « réjouissante »…

3) BIS : « Si t’étais moins chiante aussi… »

Bah oui, c’est bien connu, seules les nanas douces, gentilles, sans aucun défaut sont casées.
Excusez moi, mais quand j’observe mes congénères, j’ai plutôt tendance à croire que vous êtes souvent attirés par les chieuses les mecs. Les manipulatrices, les fourbes, les boudeuses, les simulatrices, les minaudeuses, et j’en passe. Le temps m’a appris que pour vous plaire, il fallait que je dise moins souvent ce que je pense, que je joue la nana fragile, bref que je fasse ma chiante quoi, justement.
Quoi je suis méchante ? Bah et vous, vous l’êtes pas peut-être ???
Non, blague à part, je ne tolère plus que l’on me qualifie de chiante depuis le jour où j’ai découvert le haut du panier de la culture télévisuelle : l’émission « Confessions Intimes ». A chaque fois que je regarde ce truc, il n’y a qu’une chose qui me vient à l’esprit : comment se fait-il que des nanas maladivement jalouses, obsédées par Frédéric François, accro à la chirurgie esthétique pour ressembler à Barbie, maniaques ou encore autoritaires à hurler en permanence, soient casées et pas moi ???? Sérieux ??? Y a d’un coté des mecs qui sont capables de supporter ça (tant mieux pour elles hein), et de l’autre des chochottes qui se barrent à la moindre anicroche quand ils se frottent à Papotiche ?
Il faudrait créer un réseau social où les gens se définiraient en fonction de leur taux de tolérance à la chiantitude, ça m’éviterait de perdre mon temps tiens (je file déposer le brevet…).

4) « T’es jalouse ou quoi ? »

Voilà quelque chose que je n’ai jamais compris. Un grand mystère. Les frères Bogdanoff devraient se pencher dessus tellement il reste totalement inexpliqué (qu’ils fassent toutefois gaffe à leur menton en se penchant) : pour 99% des mecs, ne pas être d’accord avec une nana qui, par chance pour elle, est une méga bombasse, est FORCEMENT un signe de jalousie.
Comme si notre capacité d’analyse et notre objectivité était nécessairement brouillées dès lors qu’une fille est plus jolie que nous. Heu…les mecs, ce serait pas un peu Miley Cyrus qui dirait à Aguilera « t’es vulgaire » là ? (toi aussi remix de vieilles expressions).
Sachez que cette phrase nous énerve profondément, car primo elle ne fait que nous rappeler que VOUS, vous avez tendance à tout pardonner aux bimbos super bonnasses et secondo insiste très lourdement sur le fait qu’à côté, on est limite des tonneaux…(rassurez vous, on est capables de s’en rendre compte toutes seules, et vous savez quoi ? Les ¾ du temps on en a absolument rien à foutre!).

5) « Faut pas avoir fait sciences-po pour… »

Je sais, ça n’est qu’une expression… Mais bon, là où ça m’agace, c’est que justement, je fais partie des gens qui ont fait Sciences Po. C’est ballot hein…
Dans le fond je suis d’accord : faut pas avoir fait Sciences Po pour comprendre certaines choses, ou changer une ampoule, mais le message de fond qu’insinue ce genre de phrases anodines me dérange fortement.

Déjà, je n’aime pas ce fantasme populaire complètement démago qui oppose systématiquement les manuels aux intellectuels. Qui laisse penser que les têtes bien pleines sont des asociaux sans aucun sens pratique. Je trouve cela dangereux.
Ensuite, le mépris qu’ont certaines personnes pour les études et les gens qui en font me fout en colère, au plus haut point. Vous croyez quoi, que les grandes écoles ne sont remplies que de fils à papa, de bourgeois, de l’élite, à qui tout a été donné ? Je suis bourdieusienne, je ne vais pas vous donner totalement tort, mais il y a une chose contre laquelle je me battrai toujours avec véhémence : l’idée selon laquelle le destin trace nos routes. L’école est le moyen le plus démocratique qui soit pour permettre à tous les enfants de suivre leur propre voie. L’égalité des chances est réelle en France, et je me réjouis de vivre dans un pays qui m’a permis d’avoir les moyens de mes ambitions. Oh, c’est vrai, il n’y avait pas beaucoup de boursiers ou de fils d’ouvriers quand j’étais à Sciences-Po, j’étais un peu le cul entre deux chaises comme disait Bourdieu. Mais j’ai eu une immense opportunité : des parents qui ne m’ont jamais sorti ce genre de phrases, « il ne faut pas avoir fait Siences Po pour…blablabla » mais au contraire : « si tu veux t’épanouir dans la vie, il faudra que tu te battes ou que tu fasses des études pour ça ! ».
Cette petite phrase m’énerve oui, non pas parce que je me sens personnellement attaquée, mais parce que je la trouve méprisante, et négative. Je ne dis pas que réussir sa vie doit forcément passer par les études hein, ne surinterprétez pas mes propos. Quand on ne naît pas avec une cuillère dans la bouche, se donner les moyens de ses ambitions, quelles qu’elles soient, est certes plus difficile que pour les autres, c’est pourquoi il est important de valoriser le goût de l’effort, la valeur des études (gratuites pour les plus démunis…tout de même) ou encore la persévérance si la voie que l’on suit n’est pas des plus traditionnelles.
Et puis quitte à moi aussi être méchante, je suis désolée mais je rirai à cette phrase à gorge déployée le jour où les gens qui la prononcent auront la même capacité que moi à passer des semaines dans des bouquins pour obtenir un 18/20 à leur mémoire sur « la misandrie ordinaire dans la publicité des années 2000 », ou encore à disserter sur le conflit israelo-palestinien avec des faits historiques et non des clichés racistes à l’appui.

Bon, et puis dans l’absolu, je me suis bien cassé le cul pour y accéder, moi la petite potiche provinciale et boursière, à Sciences-Po. Donc si on pouvait me laisser croire que justement, je n’ai pas fait ça pour rien, et que pour certaines choses, ça m’est tout de même utile, ça m’arrangerait…

6) « C’est pas toi c’est moi… »

Moui, sur ce point, on est d’accord : le gros connard, c’est toi ! Je n’ai jamais compris cette phrase, prononcé par 99% des mecs lors des ruptures. A priori, ça part d’un bon sentiment, celui de faire croire que l’autre est parfait, n’a rien à se reprocher, blablabla. « T’es une fille top mais je suis pas prêt à me mettre en couple », « c’est pas le bon moment », « c’est le bordel dans ma tête ». Bref, « c’est pas toi c’est moi ».
J’y ai cru, dans les premiers temps, c’est vrai que c’est moins rude qu’un « je t’aime plus, j’ai trouvé mieux, dégaaaage ». Mais quand tu apprends qu’une semaine après, ton ex est déjà recasé avec une autre pouffiasse (oui, toutes les nouvelles meufs de mes exs sont des pouffiasses, c’est non négociable) à qui il présente déjà ses parents, ses potes, et avec qui il s’étale sur facebook, bizaremment, l’effet est exactement le même : l’impression qu’on s’est bien foutu de ta gueule !
Note pour le prochain : c’est pas toi, c’est moi…qui t’en décollera une si tu me sors ça en claquant la porte.

7) « L’essentiel c’est avant tout d’être bien avec toi-même !»

J’appelle ce genre de phrases les « phrases Yves Rocher ».
Aoooors, analysons :pour trouver un mec, il faut d’abord se « réconcilier avec soi même », c’est ça. Oui, mais le problème, c’est que comme tu l’évoquais dans la phrase numéro 3bis copine, je suis méga chiante ! Du coup je m’engueule souvent avec moi même. Bon, ok, on se réconcilie sur l’oreiller, mais c’est compliqué d’être bien avec moi même car après je ronfle, c’est vachement pénible. En plus, moi-même fait très mal le café le matin, et a souvent la flemme d’aller chercher les chocolatines, donc je pense très sincèrement que je serai bien plus heureuse avec quelqu’un d’autre, hein !

8) « Non mais c’est pas compliqué, faut juste suivre la recette ! »

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Une légende urbaine voudrait que pour bien cuisiner, il faut « juste suivre la recette » et que les gens qui ne savent pas cuisiner font preuve de mauvaise volonté.
Ok, j’avoue, au bout de 15 ans de veaux orloff brûlés, de bœufs bourguignons imbouffables ou de coulants au chocolat secs comme le vent du nord, ma volonté s’est quelque peu étiolée, mais soyez surs d’une chose : il existe des gens qui ne sont tout simplement pas doués aux fourneaux, tout comme tout le monde convient que d’autres n’ont pas la « main verte ».
« T’as pas suivi la recette ou quoi ? ». Bah non mon cœur, je suis une grosse quiche face à une gazinière, et pour cumuler les handicaps je me suis dis que j’allais improviser et complètement changer les ingrédients, le mode de cuisson, toussa toussa.
Je sais pas, est-ce qu’on sort ça nous au mauvais coups ? Pourtant c’est pas compliqué le sexe, faut « juste suivre la recette » et viser juste hein…or pour certains la mayonnaise ne monte pas. Alors qu’on a toutes le même clitoris, c’est bizarre…

9) « Ah bon ? t’as un bac + 7 ? Bah pourquoi tu portes des jupes si courtes ? »

No comment…c’est ce genre de clichés à la con qui m’a donné envie d’ouvrir ce blog. Pour beaucoup de gens, talons hauts est forcément synonyme d’idées courtes, et une nana qui porte une micro jupe est forcément une bimbo sans cervelle.
Je ne dis pas que je suis jolie, toutefois je suis une nana très féminine (ne pas confondre les deux, j’aurais pas la prétention). Oui je passe 2h dans la salle de bain le matin, et si j’étais rationnelle je pourrais me dire que perdre une heure de sommeil pour se peinturlurer le visage alors que je serai enfermée dans un bureau,c’est con. Oui, je prends plaisir à mettre en valeur mon corps, et j’aime que l’on me remarque, mais cela veut il pour autant dire que le physique est tout ce qui compte pour moi ? Non. Les gens sont souvent étonnés quand je leur dit que j’ai un Bac+7, que je suis diplômée en sciences politiques, quand je me mets à parler de ma passion pour la littérature du XIXe ou encore l’histoire contemporaine. Vous savez ce qu’on me dit souvent ? « Dis donc, j’aurais jamais deviné ! Ça se voit pas ! ». Bah oui, ça n’empêche pas d’être futile, d’avoir un humour de merde, d’afficher des tenues exubérantes, d’onduler du fion perchée sur mes hauts talons. Bref, y a pas un physique à l’intelligence hein…faut arrêter les clichés bordel. Pourquoi je porte des jupes si courtes ? Bah je sais pas, j’ai du m’oxyder le cerveau à force de me décolorer les cheveux tu sais…c’est vrai, lire Nietzsche en faisant sécher mon vernis corail irisé, ça paraît tellement surréaliste !

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10) « Ça baille un peu au niveau du haut non ? »

Voilà pourquoi je ne demande JA-MAIS l’avis des vendeuses dans les magasins. Une fois sur deux, quand elles s’approchent de moi sortant tout juste un orteil de la cabine, elles se mettent à me toiser, me font me tourner 10 fois sur moi-même pour évaluer les dégâts, resserrent le haut de la robe avec les pinces virtuelles que sont leur pouce et leur majeur, et me sortent la sentence : « ça baille un peu au niveau du haut non ? ». Comprenez, au niveau des seins… S’en suis l’humiliation finale : « je vais vous cherchez la taille du dessous ! ».

« Silence gêné »

« Ah mais c’était déjà du 34 en fait…bon bah…bah…non mais si en la reprenant ça peut le faire ! ».
Bref, faire les magasins quand on est petite et qu’on a pas une poitrine opulente peut se révéler tout aussi pénible que quand on est complexée par des kilos en trop. Sauf que les magasins adaptés aux mensurations généreuses existent. Pas ceux pour les minipouss au torse plat. Croyez moi, on ne se sent pas très femme quand tout prend l’allure d’un sac à patates sur soi, et c’est vraiment frustrant de choisir ses fringues non pas en fonction de ses goûts mais en fonction des robes taille enfant en haut et taille 40 en bas…

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11) « T’es féministe et t’es au régime ? »

Bah oui, une nana qui fait un régime, c’est forcément sous la contrainte. C’est indiscutablement imposé par un mec ou bien par la société de consommation hein. Pas de libre arbitre possible.
Et bien je ne suis pas d’accord. Je le répète souvent : on peut très bien être féministe et refuser de faire brûler son soutif, parce que merde c’est tout de même un Chantal Thomas !!!
Pour moi, être féministe, c’est me considérer aussi libre qu’un homme, me battre fermement contre tous ceux qui tenteraient de me rabaisser en prenant pour motif discriminant mon statut de femme, et cette liberté passe par une maîtrise et un contrôle total et exclusif de mon corps. Si demain j’ai envie de me faire gonfler les nibards, je le ferai, et ce ne sera pas parce que je me focalise uniquement sur le physique ou parce que la société m’y aura contrainte, mais parce que j’ai avant tout envie de me plaire à moi même. Avoir le contrôle de mon corps passe pour moi par l’envie de le modeler à l’image que j’estime la plus proche de mes envies. Si je suis plus à l’aise avec quelques kilos en moins, je fais un régime et j’emmerde ceux qui se gaussent de trouver cela anti-féministe. Ça ne veut pas dire que je fais l’apologie de la minceur (je ne baverai pas sur les big boobs sinon), juste que c’est comme ça que je m’aime. Les idées reçues voudraient (c’est peut être parce qu’il a fallu, j’en conviens, casser certaines codes à une époque pour être libre, et cela passait par le refus de certains artifices qui renvoyaient trop la femme à son statut de potiche) qu’une féministe ressemble à un mec, ne se maquille pas, ne se coiffe pas, ne s’habille pas sexy, ne soit pas futile. Clichés… Je ne veux pas être l’égale de l’homme au point de le copier: je veux m’épanouir comme je l’entend en tant que femme, que ce soit en pull camionneur ou en micro robe fourreau. Prendre soin de son corps, bah je trouve limite que c’est justement un acte féministe. C’est revendiquer que je suis la seule à qui il appartient.
La lecture de Porno Manifesto d’Ovidie m’a confortée en ce sens :

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12) « Mais t’arrives à marcher avec ça ? »

Phrase à la con, accompagnée d’un regard méprisant sur mes maaaagnifiques escarpins vernis.
Bah non, j’arrive pas à marcher, ça me fait un mal de chien, heureusement j’ai de super-pouvoirs qui me permettent de voler, sinon je suis incapable de mettre un pied devant l’autre. Après, tu sais, j’adooooore avoir mal, les orteils en sang ça me fait sacrément jouir.
Pffffff, laissez nous porter des talons tranquilles les gens : oui, il est possible de marcher avec. C’est pas aussi confortable que des baskets, on est d’accord, mais on n’est pas potiches au point de s’auto-infliger des sévices inhumains. Si j’étais mauvaise, je serais tentée de penser qu’il y a généralement une pointe de jalousie dans ces quelques mots (si c’est la cas, vous savez quoi ? Y a pas de recette miracle, tout est une question d’habitude. Jouez la Josianne Balasko avec ses après-ski et forcez vous à porter en permanence des talons hauts pendant 1 semaine, vous verrez ça vient tout seul, comme l’orgasme clitoridien!)

13) « Ça va, il t’a JUSTE dit que t’avais un beau cul, il t’a pas agressée hein !!! »

Voilà ce à quoi on a souvent droit quand on ose se plaindre de l’attitude grossière de certains de nos congénères. Je ne vais pas m’étendre : dans ce long billet, je me confiais à toi, et t’expliquais pourquoi se faire apostropher en permanence dans la rue pouvait être vécu comme une agression, et ce qu’était ce qu’on appelle le « harcèlement de rue ». Ou, je suis d’accord, un homme, ponctuellement, pris à part, qui me balance juste que « j’ai un beau cul » dans la rue, il ne m’a pas violée, il ne m’a pas tapée, à la rigueur je peux le prendre comme un compliment hein… Limite, tu passes pour une nana prétentieuse : « tout ça pour nous dire que tu te fais souvent draguer, pffff ». Oui mais non, pour moi draguer c’est pas ça. Ce n’est pas traiter une nana comme un morceau de bidoche. Il y a une notion essentielle dans la drague qui disparaît dans l’invective en pleine rue : celle du respect. Cette phrase, « il t’a pas agressée hein », c’est presque un deuxième préjudice. C’est la répétition qui donne le sentiment d’être agressée. Quand on se focalise sur un détail (un mec qui te dit que tu as un beau cul), il n y a pas mort d’homme, au pire on va te dire que tu plais aux mecs et que ce n’est pas désagréable, qu’on en fait un peu des caisses pour pas grand chose. Mais il ne faut pas oublier que la stigmatisation se nourrit de détails, et qu’à rendre certaines attitudes « ordinaires », la répétition peut devenir agression pour qui la subit.

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14) « Tu savais qu’à partir de 30 ans ton taux de fécondité déclinait ? »

C’est marrant, j’arrive pas à comprendre pourquoi, régulièrement, il y a des gens qui me sortent ça. Ça me vient pas à l’idée de planter des poignards dans le cœur des autres moi…ou de crever les yeux de mes voisins de bus.
Généralement, cette phrase est balancée dans deux cas :

– ta famille, qui s’inquiète de te voir sans gamins à 30 ans passés
– les obsessionnelles de la maternité, qui ne conçoivent pas le bonheur sans avoir d’enfants ;

C’est une phrase que j’ai du mal à supporter, pour la simple et bonne raison que je le sais, que mes ovaires s’attrophient. Mais dans les deux cas, il est compliqué d’envoyer bouler son interlocuteur, et si pendant un temps je répondais avec agressivité à ce type de propos qui peut se révéler terriblement angoissant, c’est désormais avec pédagogie et sérénité que j’y fais face, et il se trouve que ça marche bien mieux.

Premier cas : j’explique tout simplement aux membres de ma famille, qui s’inquiètent peut être de voir que je tarde un peu à devenir maman, que cette situation n’est pas un choix, et que si je n’ai pas encore d’enfants, c’est tout simplement parce que je n’ai pas encore trouver leur père. Que, en conséquent, je suis tout aussi angoissée qu’eux, voir plus puisque cela me concerne, et que je n’ai pas besoin qu’ils en rajoutent. Mais qu’ils ne s’inquiètent pas pour autant : la ménopause n’est pas pour tout de suite, et je m’épanouis très bien dans tous les autres bonheurs que la vie peut m’apporter ; (un joli « vos gueules » en somme)

Deuxième cas : par politesse, je me réjouis du bonheur de mon interlocutrice, mais lui explique gentiment qu’être mère n’est pas une finalité en soi, qu’il existe beaucoup de femmes qui font le choix de ne pas avoir d’enfant, et qu’il est possible de s’épanouir tout autant sans forcément suivre les schémas traditionnels. Bon, perso ce n’est pas mon cas, j’aurais beaucoup de peine si la vie ne me donne pas d’enfant, mais j’ai certaines amies qui ont fait ce choix et qui sont très heureuses, j’estime que personne n’a à les juger, les angoisser, les convaincre de changer d’avis. Et puis entre nous, si la condition du bonheur était la famille, 90% des gens sur terre seraient heureux, ce qui n’est pas le cas.

15) « Le féminisme ça sert plus à rien en France aujourd’hui ! »

Se revendiquer féministe en France en 2014 semble ridicule pour certaines personnes : « tout a été fait, ça va, faut passer à autre chose ».
C’est vrai, les plus grands combats ont été menés par nos grands mères, il ne faut jamais l’oublier, nous leur sommes tellement reconnaissantes pour cela. Mais vois tu copain, l’histoire est un éternel recommencement. Ce qui est valable à une époque peut ne plus l’être 200 ans plus tard. Tous les jours, le monde nous prouve que certaines avancées sociales peuvent être vivement remises en cause : rester vigilant est essentiel. Le statut de la femme a beaucoup évolué en France en 2000 ans tu sais, et la pente n’a pas été droite et ascendante. Elle était plus libre et mieux traitée à certaines époques qu’à d’autres postérieures.
Et au delà de ça, on aurait tort de croire qu’aujourd’hui la femme a les mêmes droits que les hommes en France. Sommes nous aussi bien payées, à niveau d’études et à poste égaux ? En quel année le viol conjugal a t’il été reconnu, dis moi ? N’y a t’il pas des partis politiques qui, s’ils accèdent au pouvoir, ont d’ors et déjà annoncé qu’ils remettraient en cause l’IVG ? Et puis, un fait tout bête : 90% des étudiants des écoles de communication sont des nanas, et pourtant la majorité des postes à responsabilité dans la comm sont confiés à des hommes…qui ont toutefois des assistantEs bien sur. Tu trouves ça normal, toi ? Moi non…
Bref, le combat est loin d’être terminé, et même s’il l’était, il faut toujours garder en mémoire que l’histoire est malheureusement pleine de sombres « recommencements ». Et que si en France on est plutôt bien loties, certaines de nos petites sœurs ailleurs dans le monde n’ont pas cette chance.

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Mais, tu vas me dire que je suis contradictoire, et que si je suis vraiment ma « philosophie de vie » mode bisounours, je ferais alors mieux de me concentrer sur les phrases que j’adore entendre plutôt que sur celles qui m’agacent et me pourrissent l’existence? Et tu aurais raison…

Je te rassure ma Potiche. Un « je t’aime » glissé au creux de mon oreille le matin annule tous les « c’est pas toi c’est moi » qui l’ont précédé.
Un « je suis fière de toi » de ma maman rempli ma jauge de tolérance à son maximum.
Un « si tu es heureuse, alors c’est l’essentiel » me gonfle bien plus le cœur que tous les « c’est pas normal de pas avoir d’enfants à 30 ans » ne me gonfleront tout court.
« Je n’aime ni les gros seins, ni les petits seins : j’aime TES seins » est la phrase qui m’a fait arrêter de me plaindre de mes boobs pendant des mois tellement sa mignontitude m’a touchée.

Et tu sais, parmi ces petites phrases que j’aime entendre, il y a les tiennes ma Potiche. Ces petits mots que tu m’envoies, le soutien que tu m’apportes, tes encouragements, toussa. Ça me porte, ça m’élève, ce sont des petits bonbons tous doux que je suçote dans les moments de doute ou de baisse de forme. Ce sont mes dragées de mariage à moi…
Viens, on s’en fout au final de tous les autres. Si l’Enfer c’est les autres, on n’a pas d’autre choix que de le subir. Toutefois le Paradis ce serait donc nous : libre à nous de le construire ! Et si un jour ces « autres » me gonflent au point que je prenne mon billet pour une île déserte, promis je t’emmène avec moi.