Le carton

le carton

C’était un carton magique, minuscule, mais qui à lui seul contenait des univers entiers.
Entre une cassette audio des East17 et des « tubes 100% dance de l’été »…1993, et un album photos jauni de chats morts depuis bientôt 20 ans, pris sous toutes les coutures, une petite fille souriait, et l’invitait à entrer.

-« Viens, c’est chez moi! »

C’était un carton magique qui faisait voyager dans le temps.
Sur un bout de papier à carreaux, au recto un cours d’histoire lui ouvre les portes du collège, au verso le mot glissé par un premier amour platonique la fit frissonner comme 15 ans plus tôt.
La petite fille sur la photo souriait toujours.

– « Viens, c’est chez toi! »

Le CD de NTM doit probablement être rayé. De toute façon elle n’a plus rien pour l’écouter. Les ordinateurs ont remplacé les chaines Hifi.
C’était un carton magique plein de lettres qui n’eurent pas toujours de réponses, et d’autres qu’elle avait attendu comme le messie, en guettant le facteur sur le pas de la porte. Avec des timbres en francs.
La petite fille souriait, mais sur la photo son regard semblait se troubler.

-« Je te fais entrer dans mon monde. Tu me parles du tien? »

Les promesses griffonnées sur les bouts de papier n’y avaient pas encore toutes été tenues. Dans l’autre monde, la petite fille avait juste grandit, mais les rêves, eux, étaient intacts.
Ce n’était pas encore le moment de l’y inviter, la petite fille, elle aurait été déçue.

…………..
J’ai refermé le carton. J’ai laissé la petite fille dans son univers gigantesque que l’adulte avait pu contenir sur une simple étagère.
Dans une simple boite.
Les parfums de l’enfance sont tenaces et capiteux, je suis encore trop jeune pour m’en mettre dans le cou.

-« Je te laisse. Je reviendrai. »