J’ai toujours rêvé de ne jamais être « seule à plusieurs »…

« On se sent souvent bien plus seul à plusieurs que tout seul… »

R. Bohringer

 

Il y’a environ un an, dans le cadre de mon travail, j’ai eu l’honneur de rencontrer l’acteur Richard Bohringer, un mec profondément humain mais terriblement conscient du mal que peuvent générer les imperfections de l’homme dès lors qu’elles se confrontent, et ce inévitablement. S’il y’en a bien un qui avait raison, c’est Rousseau le jour où il a écrit que seul un peuple de dieux serait capable de vivre harmonieusement entre eux sans embrouilles.

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Source: rfi.fr

Je me souviens avoir été troublée par la tristesse de son regard (à Bohringer, pas à Rousseau hein, je suis vieille mais pas à ce point), que j’ai surpris à se perdre parfois de longues minutes dans le vide, et par la soudaine étincelle presque enfantine qui succédait d’un coup à cette peine dès lors qu’il se mettait à parler de l’Afrique, de ses potes, de ses rencontres, et surtout, j’ai été admirative de la foi inconditionnelle qu’il garde en ses congénères, nous conseillant de toujours garder cette philosophie en tête :

« mieux vaut consacrer toute son énergie aux 1% de gens qui nous rendent heureux plutôt que donner de l’importance aux 99% de connards qui cherchent à nous blesser. »

J’essaie de m’y employer, même si avouons -le nous avons cette fâcheuse tendance à injustement nous défouler sur ces 1% de gens qui nous aiment, comme pour leur faire payer le fait d’être impuissants face aux 99 autres pour-cents…

Il y’a aussi une phrase que Richard Bohringer a prononcé, et qui a fait écho en moi :

« on se sent parfois bien plus seul à plusieurs que tout seul ».

C’est tellement vrai… n’avez-vous jamais ressenti cette profonde solitude, ce vide qui vous envahit, cette impression de regarder les autres comme s’ils étaient derrière un écran, sans vous, tandis que vous étiez à une soirée, une réunion, ou un endroit où tout simplement vous ne sembliez pas avoir votre place ? Bien plus que devant un bon film le soir avec son chat pour seule compagnie, ou seule avec un bouquin,  jamais l’on ne se sent plus seuls que dans ces moments là. Ça fout généralement un sacré vertige… Comme si nous attendions quelque chose que les autres semblent déjà avoir trouvé…et comme si en plus, malgré tout l’amour qu’ils nous portent, ils ne rendaient pas compte qu’on était là, comme un con, à attendre…

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Bon, parfois, c’est le contraire : je me sens vachement « à plusieurs » alors que je suis seule, mais ça, c’est probablement parce que j’ai un peu les fils du cerveau qui se touchent, et pas forcément la lumière à tous les étages 😉 Y’a du monde dans cette petite tronche de Potiche…

Cette rencontre m’a beaucoup fait réfléchir : comment ne pas se sentir seule, quand ni mari ni enfants ne t’attendent le soir ? Comment compenser cette solitude imposée quand même parfois au milieu de sa bande de potes on se sent inéluctablement….seul ? Ecrire fut une première solution, mais bien que vous soyez un certain nombre à me lire (merci <3 <3 <3), c’est bel et bien…seule que je suis en ce moment derrière mon écran (enfin, avec mon chat siamois maléfique sur les genoux). M’investir à 100% dans mon couple ? C’est prendre le risque de s’isoler et de se retrouver finalement encore plus seuls à 2… Et puis est-ce bien le rôle de Monsieur Potiche ? Pas sûre…

Quant aux périodes de célibat, souvent nous compensons en sortant beaucoup entre copines, mais quand vient l’heure de rentrer chez soi après une night de folie, si le carrosse de Cendrillon se transforme en citrouille, nos appartements eux se transforment en temple de la solitude dont l’on maudit l’ordre qu’aucun jouet d’enfant ne vient troubler…

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Souvent, je me suis posée cette question : comment est-ce possible, Papotiche, de te sentir seule alors que tu es pourtant bien entourée ? Tu bosses dans les relations publiques, tu as tout un tas de potes, tu aimes, tu sors, tu vis. Et pourtant, à plusieurs, souvent je me sens seule.

Et c’est alors que le hasard de la vie et de ses rencontres improbables m’a mis sur le chemin d’une bande de gens passionnés qui ont pris le pas de se dire : c’est pourtant quand même à plusieurs que se créent les plus belles choses !

Tous passionnés d’écriture, ils avaient décidés de se réunir pour partager cette passion autrement que tous seuls. C’est donc avec des inconnus qui ne concevaient pas d’écrire seuls, réunis par un projet monté par la seule truculente Isabelle Camus que l’on ne présente plus, que j’ai compris que quand tu te sentais enfin à ta place à plusieurs, tu étais capable de grandes choses.

C’est l’histoire de My Global Bordeaux, un webzine dont je t’ai déjà parlé cher(e) internaute, dans lequel j’ai plaisir à écrire depuis un an.

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Photo: Manu Pallman

Jamais je n’ai rencontré des gens aussi différents de moi, que ce soit en âge ou en style de vie, et ça, mon dieu comme ça fait du bien!!! Et pourtant, jamais je ne me suis sentie plus à ma place qu’au milieu de cette union de gens seuls et aux antipodes de ma vie de potiche.

Hier, nous fêtions les un an du webzine, qui se professionnalise et va prendre une ampleur considérable : MGB va évoluer en un pureplayer participatif où le lecteur sera au cœur de l’actu. La version 2.0 sera un site web 3.0, à la pointe, tant du point de vue de la technologie web, que de l’intégration du lecteur au processus de rédaction. Tout cela intégré à une plus large plateforme, My City Média, au sein du quel je vous réserve prochainement une surprise!!!  De « vrais » journalistes (genre avec une carte de presse, toussa), des blogueurs, mais aussi des institutionnels, nous ont rejoins. Tout ça grâce à la ténacité de 2 autres passionnés, des petits jeunes sacrément pro et épatants, qui ont choisi de fusionner leurs projets aux nôtres.
Si tout cela t’intéresse, alors va lire la belle histoire de My Global Bordeaux !

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Durant la soirée, j’ai regardé autour de moi, plus de 300 personnes étaient venues au rdv, des jeunes, des un peu moins, des nanas en jean’s dégueulasse, d’autres en mini jupe ras-la-motte, des élus, des artistes, des cultureux, des qui avaient un peu trop bu, des potes de potes qui sont passés à l’improviste, des musiciens, mais aussi pleins de bénévoles et partenaires qui ont eu envie de prendre part au projet et de nous soutenir, et je ne me suis pas sentie seule. J’ai aussi regardé la rédac chef, Isabelle Camus, dont je ne dirai pas l’âge car ça ne se fait pas, mais qui pourrait être la mère de ce petit jeune de 22 ans avec qui elle a choisi de s’associer aujourd’hui pour lancer un nouveau média bordelais plutôt culotté, et j’ai trouvé ça dingue : qui de nos jours est capable de se remettre en question après tant d’années et de faire confiance à la jeune génération sans aucun préjugé ?

 

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Photo: Manu Pallman

J’ai repensé à l’énergie que j’ai parfois déployée dans certains anciens tafs et qui n’avait abouti qu’à de minables petits feus de pailles, tandis que là avec 10 fois moins de moyens et d’expérience, une bande de passionnés convaincus avait réussi à soulever des montagnes. A plusieurs.

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Photo: Manu Pallman

Le jour où j’ai compris que les amis et mon mec ne suffiraient pas à m’épanouir, j’ai poussé la porte de mondes que je ne pensais jamais côtoyer, et je suis tellement fière de faire partie de toutes ces bandes de « plusieurs ». Aujourd’hui, je multiplie avec plaisir les projets, et s’ils ne me rapportent pas forcément la fortune, ils comblent ce petit vide que je n’avais su identifier : le besoin et le plaisir de créer collectivement.
Où je veux en venir, et la leçon que je tire de tout cela ? Boh, un besoin de me confier, probablement, on est entre nous hein? 😉 Et sans aucune prétention, te dire que le jour où toi, mon amie potiche, tu te sentiras profondément seule au milieu de la foule, pas à ta place, pas accomplie, pas là où il faut, pas avec les bonnes personnes, ou je ne sais quoi, bouge et ne te laisse pas aller à la fatalité. Ne demande jamais à ton homme/à ta nénette de combler ce manque, tu prendrais le risque de le/la perdre. N’attends pas qu’il t’arrive quelque chose : ça ne tombe que rarement tout cru dans la main… Multiplie les nouvelles expériences (pas sexuelles hein, boh quoi que, si tu penses bien à te protéger où est le mal…!!!!) pour multiplier les opportunités de rencontrer ces gens qui t’aideront à ne jamais être seul à plusieurs.

Oui, je sais,  je ne suis pas naïve : le monde est semé d’embûches et il est rempli à 99% de gens qui au mieux n’en ont rien à foutre de toi, au pire chercheront à te nuire. Mais si quelque chose te manque viscéralement, alors pars vite à la conquête de ces 1% de personnes qui eux te feront avancer, qui partageront avec toi leurs passions. Car quand l’alchimie est là, à plusieurs, c’est dingue les choses qu’on est capables de faire, ces montagnes que l’on soulève.

Et quand tu rentreras chez toi,  ma Potiche, que tu vives avec un mec, un chat, un sex toy ou des potes, le fait d’être seule ne te dérangera plus. Tu n’attendras plus qu’il t’arrive quelque chose : tu t’en seras donné les moyens, à plusieurs. Et si t’as peur de te lancer, dis toi pour te donner de l’élan qu’on est un paquet de gens seuls qui ne demandent qu’à ne plus l’être à plusieurs…

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