J’ai toujours rêvé d’être une maman…

A l’occasion de la Fête des Mères, j’ai ouvert une partie de mon cœur (on ne dirait pas comme ça, mais vous confier ma propre intimité, je le fais assez peu…), à la suite de quoi j’ai reçu de bien jolis témoignages.

Alors je repartage avec vous ces quelques mots, s’ils peuvent permettre à d’autres nanas qui, comme moi, se contentent pour le moment de rêver d’être une maman, de se sentir un peu moins seule…

« J’ai aujourd’hui une pensée pour toutes les mamans.
Celles qui nous permettent de prendre notre envol.
Celles qui se sont battues pour que leurs filles et petites filles puissent mener la vie qu’elles souhaitent, sans le joug d’un homme, de traditions ou des lois de la nature.
Celles qui ont encore tant de combats à mener dans le monde.
Celles qui sont parties, mais veillent sur nous de tout là haut.
Celles à venir.

J’ai aussi une pensée pour celles qui ne le sont pas, et qui malgré une vie épanouie ressentent un vide profond dans leur quotidien.

Cette pensée est en soi assez égoïste, car voyez vous, j’en fais partie.

J’ai -objectivement et sincèrement- la vie que je souhaitais.

Je suis une trentenaire, célibataire et sans enfant, totalement épanouie par sa vie personnelle et professionnelle. Je kiffe mon quotidien, mes passions, mes rencontres et mes projets.

J’ai choisi d’être qui je suis à l’instant T. Je suis fière de mon parcours, de mes études, de ma carrière (même si je suis convaincue que j’aurais très bien pu mener cela de front aussi avec des enfants).

Et je suis fière d’avoir eu le courage de certains choix amoureux, de certaines ruptures, de refuser le poids de bien malsaines habitudes qui auraient pu me conduire à certes être mère aujourd’hui, mais profondément malheureuse.

Je suis fière de tous les « non » que j’ai pu crier bien en face à la vie, de ma liberté que j’ai saisie à tout moment, voir arrachée parfois, quitte à me retrouver seule. Car vous savez quoi, on est parfois bien plus seuls à deux que tout seul, comme ai-je entendu dire un jour Richard Borhinger…

Mais de temps en temps, derrière mon large sourire de femme affirmée et sans contrainte, je dois vous avouer que, dans le silence de mon appartement où aucun jouet d’enfant ne traîne au beau milieu du salon, ou dans l’euphorie de ces soirées bruyantes que je peux quitter à l’heure qu’il me plait, j’envie celles qui font des nuits blanches en maugréant. Qui doivent poser leurs congés pendant les vacances scolaires. Qui s’obligent à porter ce collier de nouilles affreux. Qui ne peuvent plus sortir tous les soirs avec les potes. Qui vont à reculons aux réunions parent/prof. Qui passent leur mercredi après-midi à faire le chauffeur entre la salle de théâtre et le stade de foot. Qui ont fait passer leur budget fringues/mojitos en budget couches/peluches/grenouillères. Qui ne donnent pas de nouvelles pendant 6 mois car elles sont dans leur cocon. Qui ont pris quelques kilos mais qui n’en ont rien à foutre. Qui mouchent des nez et essuient du vomis à 3h du mat avant d’enchaîner sur une journée de boulot.

Même en m’imaginant votre « vie de maman » comme cela, je vous envie. Parce que je constate chaque jour autour de moi à quel point le fait d’être maman est source de mille et un petits bonheurs.

J’ai une pensée pour toi, ma potiche trentenaire qui entends tout comme moi à longueur de semaines « il ne va pas falloir tarder, à partir de 35 ans ça devient plus difficile pour faire des enfants! », comme si on n’y pensait déjà pas nous-mêmes…
Comme si on n’était pas normales. Comme si il fallait en faire des caisses pour prouver qu’on est pas malheureuses alors que dans le fond, on a honte de se l’avouer, mais on l’est un peu.

Je sais que comme moi, tu affiches un large sourire et tu fais la fière, en affirmant que c’est ton choix (d’ailleurs, ça serait pas mal de lâcher la grappe à celles dont c’est vraiment le choix, hein…), mais qu’au plus profond de ton cœur, de ton ventre, de ta chaire, tu as cette fêlure.
Ce vide.
Cette absence.
Il est des absences terriblement lourdes à porter.

Tu es comme cette fille, assise sur un quai de gare, qui regarde les passagers courir, vers des endroits à rejoindre, des gens à retrouver, sans n’avoir pour ta part un ailleurs qui t’attende quelque part.

Je suis une trentenaire célibataire épanouie, j’ai la vie dont je rêvais, et je sais qu’il me reste encore des années pour ajouter à mes bonheurs quotidiens ceux que peuvent m’apporter une famille.

Mais je ne sais pas pourquoi, en ce jour où Joséphine et Adam ne m’ont pas réveillée à 6h du mat pour m’apporter dans le lit leur « boite-à-bijoux-camembert » (oui, je clame à qui veut l’entendre que je ne veux pas d’enfant, mais j’ai déjà choisi leurs prénoms…), j’ai d’abord pensé à ma maman, bien sur. Puis à toi ma potiche vieillissante, qui comme moi, en souffrira un peu. Furtivement, pas longtemps, le temps de recoller sur ton visage ce large sourire affirmé.
Je te serre fort dans mes bras. T’es pas toute seule, et sache que la vie est pleine de belles surprises.
Bonne fête à toutes les mamans, et à celles qui en feraient de merveilleuses, attendant patiemment leur tour dans une case un peu moins classique que les autres <3″

Suite à ce post, j’ai reçu le témoignage de filles épanouies, qui comme moi, avaient au cœur ce petit vide qui se faisait de plus en plus grand au fil des années, tout en étant pas malheureuses de leur vie pour autant.
Et aussi celui de mamans qui ont connu cette situation, et ont fini par combiner leurs choix et une maternité tardive.
J’ai toujours rêvé d’être une maman, mais au lieu de me mettre la pression, de la mettre aux hommes que je rencontre ou bien d’écouter le chant des sirènes d’une société qui voudrait me faire passer pour une fille pas dans les clous, j’apprends à me dire que le jour viendra, et surtout, SURTOUT, que s’il ne vient pas, alors ce ne sera pas grave.

Je saisis l’amour partout autour de moi, et je le donne inconditionnellement. J’apprends à me dire que je n’ai pas besoin d’enfant pour cela. Et si ma chaire ne voit jamais ce vide comblé, il y a tellement d’enfants malheureux qui, eux aussi, m’attendent peut être quelque part.

Un dernier message à faire passer : vous, qui êtes « dans les clous », je vous propose de nous aider à rendre le temps moins long, et à ne pas trop penser à cette absence.
Comment ? Et bien en arrêtant de nous regarder comme des spécimens, comme des nanas bizarres. En cessant de nous demander « pourquoi », de nous rappeler que l’on va avoir du mal à en avoir dans quelques années. Arrêtez de nous demander si « ça ne nous manque pas trop ». On se pose déjà bien assez de questions nous-mêmes…

Sur ce, je vous laisse en embrassant fort la mienne de maman. Si j’avance avec autant de sérénité dans la vie, en assumant mes choix et en ayant pas trop peur du lendemain, c’est 50% grâce à moi et 50% grâce à elle ? ça doit être ça, la « chair de la chair »…