J’ai toujours rêvé de vous raconter ma 1ère fois avec la Levrette! (Ep.2)

On 10 avril 2013 by PoticheOrNotPotiche

Résumé de l’épisode précédent :

©papotichePapotiche, sur ses talons perchés,

Tenait en sa main une invitation à goûtage de breuvage.
L’internaute taquin, par l’odeur de polémique alléché,

Lui tint à peu prêt ce langage :

« OOOh bonjour,  mademoiselle Talons Hauts !

Que vous êtes jolie mais que je vais vous prendre au mot !

Si l’adage se rapporte à cette soirée à haute teneur en maquillage,

Alors je pense que vous êtes sexiste ou je ne m’y connais pas ! »

De ces mots, Papotiche fit un grand feu de joie.

Ouvrant son large bec glossé-pailleté, elle ne fit qu’une bouchée de sa proie.

Accompagnant sa dégustation d’un bon morceau de fromage, non mais !

 

Bref, invitée à intégrer le jury 100% du concours des « Oscars des Bordeaux de l’Eté » par Planète Bordeaux à la Brasserie Bordelaise, Papotiche t’as expliqué en quoi ce type de manifestations – plutôt à la mode en ce moment- était loin d’être sexiste. Elle s’apprêtait également à te raconter sa première fois avec la Levrette, véritable révélation pour elle ce soir là…

 

Episode 2 : comment l’oenotourisme m’a introduit à la Levrette…

La dégustation de Clairet terminée, je me mêlai à la foule, qui au terme du concours fut composée à la fois d’hommes et de femmes. Une foule joyeusement éclectique, parmi laquelle un paquet de nanas qui s’avérèrent avoir –tout comme moi- une sacrée descente…

©papotiche

« Tu veux dire que la femme est un consommateur comme les autres ? »

Oui et non cher internaute. Oui, parce qu’aujourd’hui les nanas picolent autant que les mecs, et s’y connaissent autant. « Elle sortent de plus en plus entre elles d’ailleurs », m’indique le propriétaire d’un bar à vin accoudé au comptoir avec moi. Questions goûts, l’idée de « vins de femmes » a également fait long feu, et aurait même une forte tendance à agacer les amatrices du sang de la vigne.

« Enfin, il n’y a pas de fumée sans feu » me glisse à l’oreille un autre convive, que je soupçonne d’un petit brin de machisme. Longtemps a existé ce préjugé comme quoi les femmes étaient plus attirées par des vins blancs légers, les moelleux et les liquoreux, tandis que les hommes étaient plus amateurs de rouges bien corsés. Ne nous voilons pas la face non plus (et à défaut de brûler mon soutif en mode Femen en plein milieu de la Brasserie Bordelaise, je décidai de me montrer modérée face au monsieur…) : j’aurais tendance à penser que ce fut vrai à une certaine époque, tout simplement car en terme d’œnologie, le palais « s’éduque ». Ne t’enflamme pas, copine féministe, je m’explique: il me semble qu’un blanc léger ou un moelleux est plus accessible, plus facile à apprécier en premier lieu qu’un rouge 20 ans d’âge (on commence souvent par aimer le vin blanc, puis le rouge). Or, les femmes ayant longtemps étaient mises sur la touche (ou ne octroyant pas forcement le droit de boire aussi régulièrement qu’un homme), peut-être que le peu de fois où elles trempaient leurs lèvres glossées dans un verre à vin voyaient ainsi leur préférence aller vers ces nectars plus abordables d’un point de vue gustatif, comme le moelleux (le sucré est un goût plus accessible que l’amer, le torréfié, etc). Mais je ne pense plus qu’aujourd’hui ce soit encore le cas. Tout simplement parce que déjà, moi, Papotiche, Bourguignonne de naissance et Bordelaise d’adoption (c’est te dire si j’étais destinée à aimer le pinard…), je surkiffe graaaaave les rouges bien vieux, bien corsés, ceux qui te rougissent les dents et qui te donnent l’impression que ton palais rétrécie à chaque gorgée tant les tanins sont puissants.

La femme, une consommatrice comme les autres ? Oui, selon ses propres goûts, révélateurs de son caractère. Ou pas… Je compte bien parmi mes amis masculins des petits gars bien virils qui ne boudent pas leur plaisir face à un verre de Sauternes…

 

J’ai appris qu’en termes d’achats de bouteilles, les femmes étaient majoritaires. J’ai tout d’abord eu envie de crier «viiiictoooooire !!!», mais la suite me fit déchanter : si nous sommes plus nombreuses à acheter des bouteilles de vin mesdames, c’est avant tout parce que nous continuons aujourd’hui à faire plus souvent les courses que nos conjoints. Tu vois la logique ? Il y a donc encore un p’tit peu de chemin à parcourir niveau taches ménagères (mais ça, ce sera pour un autre article…).

 

Toutefois, selon un viticulteur, les consommatrices ont un petit truc en plus… Pour lui, la différence homme/femme est perceptible en ce qui concerne la dégustation. Les femmes lui paraissent beaucoup plus exigeantes, et expriment plus spontanément leur ressenti. Elles s’en fichent de ne pas connaitre les termes appropriés, mais sont très demandeuses de les apprendre. « Elles osent plus ». Lorsque les touristes viennent en couple dans sa propriété, Monsieur est souvent un peu gêné et silencieux au moment de goûter  car pour lui ne pas connaitre les « mots du vin » peut être l’occasion de passer pour un con. Plus souvent, Madame s’en fiche. Et tout étant une question de partage, l’échange vient donc en premier lieu de cette dernière.

A mes côtés, le propriétaire de bar à vin acquiesce : « moi, c’est à cause des nanas que je renouvelle aussi souvent ma carte des vins ! C’est des chiiiiieuses bordel ! ». Boutade à part, il m’explique qu’elles sont souvent plus curieuses, qu’elles n’hésitent pas à se tourner vers des vins étrangers, alors que les hommes restent plutôt dans le traditionnel. Elles sont aussi plus exigeantes.

 

« Bon, niveau consommation, tout est au final une question de goûts personnels. Merci d’avoir enfoncé une porte ouverte Papotiche. Mais côté production, elles ont quoi en plus les nanas ??? »

 

©papoticheEncore une fois, j’ai envie de te répondre : tout et rien à la fois !

Je te dis pour la dernière fois : le vin n’est pas une question de genre mais de compétence. Et aussi de caractère.

 

Le monde du vin s’est féminisé, c’est un fait, pas plus notoire que dans les autres secteurs : la révolution féministe a touché tous les corps de métiers, donc pourquoi pas celui là !

Le terme de « vins de femme » n’est pas plus approprié côté consommatrices que coté productrices. Je mets quiconque au défi de reconnaître au goût d’une gorgée de vin si ce dernier a été produit par une viticultrice ou un viticulteur.

Toutefois, l’ensemble des femmes productrices que j’ai croisées durant cette soirée, aussi opposées furent-elles, m’ont permis de saisir une chose : les femmes et les hommes restent différents, ne nous voilons pas non plus la face, et l’essentiel est de faire de ces différences de véritables atouts plutôt que des rivalités et désaccords. Par exemple, un couple de producteurs m’explique être très complémentaires quant il s’agit de déguster : Monsieur est endurant, tandis que le palais de Madame est plus fin (il parait que c’est scientifiquement prouvé, les femmes auraient les capteurs olfactifs plus affûtés; à vérifier…moi ça me convient bien). Ce n’est pas au niveau du gout du vin que se jouent celles-ci, car le producteur est avant tout au service du raisin (tailler la vigne avec du vernis à ongle n’en altérera pas le goût !), mais plutôt au détour d’une étiquette, ou d’une prestation oenotouristique originale. C’est dans la façon de présenter, vendre, mettre en scène le vin, que la touche féminine se dessine avec subtilité.

Loin de n’avoir qu’une robe ou un parfum en commun avec le nectar des dieux, les femmes se sont progressivement taillées une place reconnue dans un univers qui a longtemps été réservé aux hommes. La particularité du secteur viticole réside en le fait que c’est d’abord par l’héritage, la famille, que les femmes s’y sont mises. Et comme elles furent pendant longtemps écartées de la production, c’est vers deux métiers périphériques qu’elles se sont tournées en premier lieu : ceux de l’accueil et de la communication. Aussi, l’avènement de « l’oenotourisme » serait en grande partie dû aux nanas !

Étiquettes punchy, chais artistiques, expositions ou événements musicaux à la propriété, volonté d’accueillir des touristes dans les châteaux : voilà des domaines où nous, les filles, nous semblons particulièrement exceller. Découvrir le vin autrement, en dehors des sentiers battus: c’est ça l’oenotourisme.

Aujourd’hui, la nouvelle génération s’est relativement émancipée des traditions familiales, et c’est pas le biais des études que se situe la porte d’entrée : les promos d’œnologie sont composées désormais à 50% de femmes (comme ma copine duadiste, que j’ai perdu dans la foule). Tous les corps de métiers ont été investis : j’apprends par exemple que le maître de Chai du Château d’Yquem, l’un des crus les plus prestigieux du bordelais, est une femme.

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Sandrine GARBAY, maître de Chai au Château d’Yquem ©papotiche

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Miss Vicky Wine

Côté touche girly, je tombe soudain sur ma copine Miss Vicky Wine, qui me demande de la prendre en photo avec sa bouteille de vin. Jeune, jolie, ultra féminine en petite robe noire et talons hauts, mais surtout fine connaisseuse, elle est pour moi le meilleur exemple que je pouvais te trouver. Anne-Victoire, alias Miss Vicky Wine, tu l’as croiseras toujours avec un verre de vin dans une main et son iPhone dans l’autre. C’est une oeno-blogueuse connue et reconnue, qui a crée une véritable communauté autour de ses vins. Elle fait régulièrement choisir à ses « followers » ses futures étiquettes, sur lesquelles figurent toujours sa silhouette, sur fond rose, mauve ou lila. Ses bouteilles de Beaujolais sont clairement estampillées « fille », mais avant tout, elle veut montrer par ce biais que le vin ce n’est pas si compliqué : décomplexer et démystifier cet univers où tout est d’abord question de plaisir, de convivialité et de partage. Et d’échanges donc ! Le web 2.0 est un excellent moyen de partager ses ressentis et ses émotions autour d’un nectar s’est émancipé des clubs d’œnologie un peu poussiéreux. Pour elle, le vin se raconte : il fait voyager, il créé des amitiés, il n’aura jamais le même gout selon l’endroit et les personnes avec qui on le savoure. Et ça marche ! Son slogan, « I’m cool, I’m drink wine », fait mouche, et elle en a fait sa marque de fabrique : t-shirt, badges, sacs, à la fois girly et modernes. J’adoooore.

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Bref, avec le vin, c’est comme dans la vie : de rivaux, les hommes et les femmes sont devenus complémentaires !

 

Il me semble tellement logique que la mixité ne rende finalement que plus riche ce monde où tout n’est que question de sens, de perceptions, de subjectivité, où le premier code et le premier juge est notre ressenti personnel. La question n’est plus de savoir si hommes et femmes sont différents, mais plutôt de se réjouir de ce que ces différences potentielles peuvent apporter à un domaine qui pendant trop longtemps a été une chasse gardée : non seulement des hommes, mais aussi des experts, des catégories sociales les plus aisées, des connaisseurs, etc.

J’irai donc plus loin : le monde du vin ne s’est pas seulement ouvert aux femmes, il s’est complètement démocratisé en l’espace de quelques années. Non pas qu’il fut à un quelconque moment interdit à certaines personnes d’ouvrir et déguster une bouteille de ce divin nectar. Mais parce que cela n’était pas forcément accessible à tous. Pour des raisons de prix, déjà. De nos jours, il n’est plus nécessaire de dépenser un demi salaire dans une bouteille entière pour se délecter de sa substantifique moelle : création de petits contenants (par exemple les WIT dans le bordelais), soirées dégustations spéciales grands crus (vas voir du côté de la Wine Galery), ou encore multiplication des Bars à Vins avec parfois des machines où l’on peut choisir la quantité à déguster (c’est comme cela que moi, Papotiche, loin d’être millionnaire, j’ai pu goûter pour la premier fois du Château d’Yquem : une larmichette de Sainte Vierge à 15 euros, certes, mais une expérience gustative et sensorielle qui reste tapie au creux de ma mémoire, avec des parfums de mirabelle et de miel que je n’oublierai jamais…).

Ensuite, car comme nous le rappelait Bourdieu (oui, tu l’auras compris cher lecteur, je suis fréquemment bourdieusienne…), notre habitus (éducation, sexe, milieu social, culture, etc) nous pousse à nous mettre nous mêmes nos propres freins. Il y’a 20 ans, le monde du vin paraissait fermé et réservé à une poignée de connaisseurs. Ceux qui estimaient ne rien y connaitre n’avaient pas forcément l’idée, ni même l’envie, de pousser la porte des grands châteaux, ou encore de participer à des dégustations, par peur de passer pour des incultes. Ou par crainte de ne pas y comprendre grand-chose (et donc de s’ennuyer…). La révolution oenotouristique étant passée par là les amis, le monde du vin semble s’être en partie (je dis en partie car rien n’est jamais acquis) décomplexé et ouvert à cette population novice en la matière. Les viticulteurs apprennent à déguster avec des mots très simples, des cours de dégustation tous niveaux sont dispensés dans les Maisons du Vin (très prisés des touristes étrangers).

L’émergence de prestations oenotouristiques dans les châteaux viticoles a aussi permis d’intéresser de nouveaux publics au vin, en l’abordant par un autre biais que celui de la dégustation stricte ou de la vente pure. Le vin, ce n’est pas uniquement un breuvage : c’est une histoire, c’est une science, un art, c’est aussi un patrimoine à visiter, etc. Bref, tout le monde est aujourd’hui en mesure de se frotter de près ou de loin à son univers. Même les familles, qui autrefois n’auraient pas pensé visiter des propriétés avec leurs enfants, y sont les bienvenues, grâce à la floraison d’activités proposées aux petits pendant que papa et maman se la collent dans le chai !

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Balade bucolique dans le vignoble de Saint-Emilion: on est pas bien là, à la fraîche? ©papotiche

« Mais en quoi tous ces gens ont-ils enrichi, apporté au monde du vin ? J’y vois plutôt une dépréciation…tous ces gueux qui prennent d’assaut nos beaux châteaux… »

 

Et bien il suffit de voir ce que l’oenotourisme rapporte chaque année aux régions viticoles, la multiplication des prestations toutes plus originales les une que les autres, les jeunes qui se lancent dans des études d’œnologue ou qui montent des concepts super novateurs (je t’en cite un : B- winemaker), ou encore l’arrivée dans ce secteur de prestataires qui ont pu intégrer le monde du vin autrement que par héritage ou tradition familiale, comme je l’évoquais plus haut. J’y vois un bel enrichissement moi…

 

Mais ne poussons pas le bouchon de liège trop loin non plus : loin de moi l’idée de te convaincre que tout le monde est, en revanche, capable de produire ou juger de la qualité d’un vin. L’œnologie reste une science et la viticulture un art, un savoir faire complexe. Disons tout simplement que c’est son appréciation et le plaisir que ce divin nectar procure qui est à la portée de tous. Ne nous en privons pas: qu’importe les mots pour parler du flacon, tant que nous en savourons l’ivresse!

 

« Mais, Papotiche, il est où le rapport avec la Levrette là ? Tu te serais pas un peu foutu de notre gueule ??? T’auras pas fait du teasing racoleur pour qu’on lise ton article jusqu’au bout ???? »

 

imageRoooo mais tu es pénible, petit internaute taquin ! J’allais y venir ! C‘est con, tu viens de me bloquer là… Oui, j’ai bel et bien fini ma soirée en découvrant qu’avec la Levrette la boucle était bouclée. Que sur un terrain bien spécifique, une nana a osé aller loin et que ça a marché. Mais je pense que ce serait dommage de parler cul maintenant, alors que j’ai réussi à pondre un billet entier sans blague #modeJeanAmadou, sans allusions salaces, sans dire du mal de personne. On va pas tout gâcher hein ?
Tu sais quoi, on va faire une petite pause et on reparle de ça plus tard !

 

Dans le prochain épisode : après t’avoir saoulé avec son oenotourisme, au point que maintenant tu es tenté de l’inviter mercredi prochain à un dîner de con, Papotiche te dira tout tout tout te dira tout sur la Levrette. Même qu’elle t’en parlera avec une autre femme. Y’aura du sexe, y’aura de la cuisse, y’aura de la belle robe, y’aura des accessoires…brrr, caliente, y’aura tout ce que tu aimes !!!!

 

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