J’ai toujours rêvé de rêver de Venise…

« Elle voulait qu’on l’appelle Venise »

Julien Clerc

Non, sérieux ? Elle voulait vraiment ça sa meuf à Julien Clerc? Se faire appeler Venise ???

Remarque, on a bien vu naître ces dernières années des Brooklyn (Beckham), Paris (Hilton), Ireland (Basinger) ou encore Toscane (Huster) (oui, je sais, je lis beaucoup trop VOICI). Donc pourquoi pas…

Mais pourquoi Venise ? Cette ville humide où vont et viennent de longues gondoles…cette ville clichée que tout le monde rêve de visiter au moins une fois : personnellement, je serai un peu gênée si mes parents m’avaient appelée comme cela !

Roooo, mais noooooon Papotiche, Venise, c’est la ville des amoureux, c’est la renaissance, c’est l’art, c’est la sérénité. Venise, c’est la ville des lunes de miel. Venise, c’est beau.

Oui, bon ok. C’est vrai. Excusez-moi, mais ça fait longtemps que j’avais pas été un peu sale…
Bien que Venise se soit pas forcément la destination qui instinctivement me fasse triper pour un voyage de noce (je dois manquer de romantisme…mais je me vois plutôt convoler au bras de Papotiche’man au sommet d’un temple Maya, perdus dans les plaines de Mongolie ou dans les ruelles bruyantes d’un marché gourmand en Thaïlande), j’avoue que cette ville nourrit mon imaginaire comme celui de 99% des habitants de cette terre. Non pas dans ce que j’imagine y trouver en m’y rendant, car je suis persuadée que la masse de touristes marchant à la queue leuleue dans des rues bondées ou devant payer une fortune pour un tour de gondole de 5 minutes en a fait perdre le charme. Mais justement par ce que son passé et ses légendes en ont fait. Venise, c’est plus un rêve qu’une réalité. C’est une utopie collective.

« Aucun coin de la terre n’a donné lieu, plus que Venise, à cette conspiration de l’enthousiasme »

Maupassant

C’est un peu cette image là que j’en ai…et c’est pour la garder intacte que je n’irai probablement jamais à Venise de ma vie !

Si Venise est avant tout un rêve collectif et intemporel, Bernard Magrez l’a bien compris, puisque c’est la thématique de sa dernière exposition au Château Labottière.

Pour les internautes qui ne seraient pas bordelais, Bernard Magrez, c’est « l’homme aux mille châteaux » chez nous. Tu te souviens quand je te parlais d’oenotourisme ? Et bien on est en plein dedans : mélanger l’art et le vin, en faisant des châteaux des lieux d’exposition.

labottiere

Le Château Labottière, en plein Bordeaux, est un édifice datant du 18e siècle que le mécène a entièrement restauré et transformé en lieu d’expo voué à l’art contemporain. S’il n’a ouvert qu’en 2011, la personnalité du maître des lieux et la qualité des œuvres hébergées a vite taillé sa réputation. Mais moi, ce qui me plaît par dessus tout dans ce projet, c’est que le mec finance et encourage des artistes débutants (+1), tout en permettant au grand public et au bordelais lambda de voir de grandes œuvres d’art (Buffet, Klein, Anish Kapoor, pour ne citer qu’eux) sans se ruiner (7 euros l’entrée…) et sans avoir à se déplacer à Paris pour cela (+1 bis).

Les salons du château hébergent des oeuvres permanentes, achetées par le propriétaire, et des expos temporaires, dont celle que je vous invite à découvrir aujourd’hui (je vous avais prévenu, j’aime pas QUE le vernis à ongle, j’aime aussi l’art…donc tu risques d’en bouffer un peu sur ce blog).

Je pense qu’une exposition ne se raconte pas mais qu’elle se vit, aussi, je m’interdis de te décrire en détails ce qui tu y trouveras et ce que tu es censé en penser, même si je pourrais en parler des heures… Par contre, je t’ouvre mon album photos, inévitablement potiches, pour voir l’expo sous mon œil à moi, et j’attends impatiemment que tu en fasse de même et que nous partagions nos avis (où ça ? Bah sur cette page facebook que tu n’as toujours pas likée, coquinou!!!!!).

 Quand Papotiche « Rêve de Venise »

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Enfin un collier à ma mesure!!! (JM Othoniel)

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Glossage de bélier en règle! (Nicolas Milhé)

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C’est pas moi qui suis petite, c’est la gondole de Laurent Valera qui est immense… ©I.Camus

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Potiche goes to Hollywood…

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Quand un enfant découvre un drôle de tapis de bonbons…

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Le noeud de Jean-Michel Othoniel

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Alors que te dire, pour te convaincre d’enfiler tes baskets/tongs escarpins et te rendre au Château Labottière découvrir ce « Rêve de Venise »
Déjà, que tu trouveras parmi les oeuvres hébergées : Sophie Calle, Canaletto, Maurizio Cattelan, Braco Dimitrijevic, Cerith Wyn Evans, Katharina Fritsch, Alberto Giacometti, Nan Goldin, Felix Gonzalez-Torres, Camille Henrot, JR, Anish Kapoor, Yves Klein, James Lee Byars, Claude Lévêque, Nicolas Milhé, Takashi Murakami, Zoran Music, Jean-Michel Othoniel, Martin Parr, Jean Sabrier, Rudolf Stingel, Cy Twombly, Agnès Varda et Massimo Vitali.

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« L’espoir » dans l’ombre de la « révolte »… Ce pourrait être un slogan féministe! ©Laurent VALERA

Ensuite, que les œuvres permanentes sont également remarquables. Petit coup de coeur (féminisme oblige…) pour la « salle des égéries » à l’étage, où tu retrouveras une célèbre photo de Françoise Hardy, ou encore le portrait de Jackie Kennedy (par Alex Guofeng Cao) réalisée avec des milliers de vignettes de…son mari (très surprenant). Egalement, non loin des égéries, cette œuvre étonnante de Laurent VALERA, où selon l’orientation de la lumière une même sculpture forme l’ombre de deux mots différents et radicalement opposés (j’ai tourné longtemps autour du « tableau » pour chercher le truc, mais non, rien!).

Enfin, que c’est vraiment une « belle expo ».

Belle, c’est sur ce point précis que j’ai entendu certains visiteurs tiquer. Les œuvres présentes donnent à voir la face merveilleuse de Venise, celle que nous nous représentons mais qui, ne nous voilons pas la face, est bien loin de la réalité et de son état actuel. Sa face cachée mais aussi et tout simplement son vrai visage (ses habitants, le quotidien, l’humidité, etc) semblaient manquer aux tableaux pour ceux-ci.

Il est vrai que Venise ce n’est (malheureusement) pas qu’une superbe image de carte postale. Elle n’a pas que le visage de l’amour, et les gondoles y voguent parfois en des eaux plus sombres que celles mises en valeur ici. Mais pour ma part, je ne m’attendais pas à ce que cette dualité soit affichée ici. L’exposition s’appelle « Rêve de Venise », et c’est bel et bien cette fantasmagorie si particulière, cette aura presque impalpable et surestimée que je m’attendais à découvrir. Ce qu’est Venise dans notre imaginaire. Aussi être accueillie par une gondole, et que ma visite se fasse au grès d’une musique style Renaissance (les clavecins, toussa), celà ne m’a pas choquée. Ce qui ne m’a pas empêchée d’être surprise, car Bernard Magrez reste un amateur d’art contemporain. Et certaines oeuvres m’ont troublée (je te laisse par exemple découvrir quelle bouleversante histoire se cache derrière le « tapis de bonbons » aux allures si triviales).

Les mots par lesquels débute le cheminement du visiteur à travers les différentes salles du Château Labottière annoncent de toute façon la couleur :

« Bien que la légende de Venise ait beaucoup été raillées par les rationalistes, les sceptiques et les démystificateurs résolus, l’attrait qu’exerce la Sérénissime est extraordinairement impérieux » (James Morris, écrivain).

Ainsi, le voyage est avant tout artistique, à travers les rêves et visions de grands peintres et sculpteurs de siècles et cultures divers. L’utopie collective, comme je vous le disais…

Je n’ai donc pas été déçue. Certes, pas aussi surprise et décontenancée que pour l’exposition précédente qui se jouait de « regards croisés sur la beauté » (celle là, si vous l’avez loupée, je vous plains…), mais j’en suis ressortie extrêmement sereine, tout comme les amis qui m’accompagnaient. Nous nous sommes attardés dans le jardin du château. Pris d’une envie de souffler et de, autour de nous, continuer l’espace d’un court instant à ne retenir que ce que l’imaginaire rend beau. Le vent. le soleil. Le silence. La Sérénissime avait fini par me pénétrer, à force de pérégrinations picturales.

Normal après tout: entre femmes, on se comprend…

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Expo « Rêve de Venise » à découvrir au Château Labottière jusqu’au 21 juillet 2013.

Institut Culturel Bernard Magrez

16 rue de Tivoli

33000 Bordeaux

Entrée plein tarif: 7e ; Tarif réduit 5e

infos pratiques: http://institut-bernard-magrez.com