J’ai toujours rêvé de me souvenir du jour où j’ai eu le Bac…

 « Ma plus belle histoire d’amour, c’est vous… »

Barbara

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Il y a une dizaine d’année, j’obtenais mon bac S avec mention, et je me revois encore hurler à ma mère, qui habitait l’immeuble en face du lycée :

« je l’aiiii maman, je l’aiiiiii ! Et avec mention Bien !!!! ».

Il y a une dizaine d’année, à cette heure ci, j’étais remplie d’un bonheur sans nom, et cette douce sensation de plénitude, celle qui vous donne l’impression que le monde est à vous et qu’il est une pomme bien juteuse que vous vous apprêtez à mordre à pleines dents, elle me revient aux tripes ce matin en voyant défiler sur facebook les statuts d’heureux parents de nouveaux bacheliers.

Toutefois, quand je repense à ce moment, ce ne sont pas mes notes, mes amis ou encore la fiesta que l’on a fait le soir pour fêter cela entre potes qui me reviennent.

A ma mémoire, revient ceci :

Melon & Jambon de Bayonne

Magret de canard aux pêches

Fraise melba

C’est le menu exact de ce que j’ai mangé, il y a une dizaine d’années, après avoir appris la bonne nouvelle.

Rein d’extraordinaire dans ce menu me direz-vous (si ce n’est que j’aime le sucré-salé), et pourtant, s’il m’a autant marqué, c’est que ce repas je m’en souviens comme s’il avait eu lieu hier, pour l’unique raison que je l’ai partagé avec mes deux parents.

Il y’ a une dizaine d’année, alors que j’obtenais mon Bac S avec Mention, mes parents étaient tout juste divorcés, et n’habitaient plus le même village.

Il y’a une dizaine d’année, je me souviens que mon père et ma mère ne doutaient pas que j’aurais mon Bac, et avaient réservé ensemble une table au petit restaurant du coin. Je me souviens que mon père a fait 35 bornes pour nous rejoindre, et je revis la scène dans les moindre détails.
Nous étions tous autour de la table, juste devant la baie vitrée, je pourrais la reconnaître encore 10 ans après. Nous avons ri, pleuré de joie, parlé du passé comme de l’avenir. Sur le moment, j’étais heureuse et la situation me paraissait normale. J’ai mangé du melon, du magret, ma fraise melba, puis j’ai fait la bise à mon père qui est reparti souriant tandis que dans ma tête je préparais déjà ma tenue à porter le soir, pour la fiesta des néo-bacheliers.

Toutefois, si j’en garde un souvenir aussi précis 10 ans plus tard, c’est justement parce que pour moi, cette situation là, elle était normale.

J’entends souvent dire que le divorce des parents pouvait être dévastateur pour les enfants. Que statistiquement, les enfants de divorcés finissent toujours par divorcer. On ne parle que des mauvaises expériences, des séparations douloureuses, du mal que les adultes imposent sans le vouloir aux enfants en les mêlant à leurs griefs. On parle rarement des enfants de divorcés qui n’ont pas souffert, voir même, qui en ont tiré une véritable force.

Il y a une dizaine d’années, j’obtenais mon Bac S avec Mention, je l’ai fêté avec mon père et ma mère, j’étais une fille de divorcés mais j’ai tellement envie de vous dire à quel point j’étais équilibrée et heureuse ce jour là. Si le divorce peut être une situation très pénible à vivre dans certaines familles, je ne remercierais jamais assez mes parents d’en avoir fait pour moi une situation NORMALE.

Ils m’ont appris, de par leur comportement exemplaire, leur maturité, l’amour et le respect qu’ils ont conservé l’un pour l’autre, que les 2e chances étaient possible. Qu’on pouvait s’aimer un jour, et autrement le lendemain, et que cela n’était pas grave. Que cela ne changeait rien.

Je n’ai pas souvenir d’avoir versé de larmes lors de leur séparation, je savais qu’il n’était nullement question de « fin » mais plutôt de nouveaux départs. Et que chacun m’y laisserait une place certes différente mais inchangée dans leur coeur.

Divorcer, c’est aussi repartir et avancer vers des horizons qui peuvent être tout aussi beaux. Chacun d’eux a refait sa vie. Et la famille s’est même agrandie. Au final, ça n’a été que de l’amour en plus.

Il y a une dizaine d’année, j’obtenais mon Bac alors que mes parents étaient fraîchement divorcés, et cela n’a affecté ni ma scolarité, ni ma joie de vivre, ni ma confiance en l’avenir, ni ma foi en les mecs. Jamais je n’ai entendu l’un dire du mal de l’autre, et la distance n’a pas réduit nos liens. De cela, je ne tire pas de conclusions négatives : oui je suis une enfant de divorcés mais oui, je crois au mariage et en l’amour. J’y crois d’autant plus que cette situation m’a permis de savoir que l’on pouvait vivre plusieurs vies et être heureux dans chacune. Que si un jour mon mari doit me quitter, ma vie ne s’arrêtera pas pour autant.

Je sais d’ailleurs que si demain je me marrie, mes parents dîneront côte à côte à ma table, et loin d’être gênés, ils en seront ravis. Ce divorce, ce fut finalement une chance pour moi d’expérimenter aussi tôt à quel point la nature humaine pouvait être belle. Cette envie de croquer le monde à pleines dents, le jour où j’ai obtenu mon Bac, je leur dois pleinement.

Je ne me fais le porte parole de personne, je ne fais pas non plus l’apologie du divorce (j’espère bien que mon mariage à moi durera toute la vie), mais si cela peut rassurer certains parents divorcés parmi vous, alors il est important d’entendre aussi parfois la voix de ceux qui ont retiré du positif de tout cela. Ou du moins, qui n’en ont pas souffert. Et nous sommes nombreux.

D’avoir eu l’intelligence de ne pas diluer les liens familiaux dans de sombres griefs, de m’avoir permis de comprendre que l’amour de quelque nature qu’il soit peut triompher de toutes situations , et d’avoir ainsi fait du jour où j’ai obtenu mon Bac un souvenir gravé à jamais dans mon petit cœur de Potiche, à mes parents, je voudrais simplement dire :

MERCI !

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