J’ai toujours rêvé de fêter la Saint-Valentin…

« Le sexe c’est sale. Oui, mais seulement quand c’est bien fait ! »

 

C’est pas moi qui le dis. C’est Woody Allen. Tout de suite, ça prend un peu plus de profondeur…

Une profondeur qui me permet de m’introduire à vous en ce jour béni des anges à flèches à tête chercheuse: la Saint-Valentin!

Aaaaaaah, la Saint-Valentin, journée internationale du bon goût ! Tout ce rose et ces petits cœurs dégoulinant des vitrines des chocolatiers, ça me donne envie de…DIRE DU MAL !

Déjà, parce qu’étonnement, chaque 14 février renaissent sur moultes affiches, newsletters, communiqués de presse, etc, de bons vieux clichés misogynes qu’on se tue à combattre toute l’année :

« mesdames, pour la Saint-Valentin, soyez la plus belle pour séduire votre valentin » (= « toi qui n’es qu’un corps, fais toi bien sexy pour honorer ton homme ce soir »)

« messieurs, l’amour n’a pas de prix, offrez à votre valentine une bague (= « tu le sais bien qu’elles sont vénales les nanas, sors donc ton porte-feuille et ne t’attends pas à avoir un cadeau en retour »)

« offrez lui des fleurs, elle saura vous remercier » (= « fends toi de 12 roses rouges, t’auras droit à une petite gâterie ce soir »)

 

Oui, bon, okay, j’exagère. Mais j’ai le droit. Je suis jalouse.

 

Car soyons honnête, la Saint-Valentin, ce sont avant tout les « Sans-Valentin » qui la subissent. Les couples, globalement, s’en moquent un peu. Mais cette façon qu’ils auront de nous rappeler, pendant toute la journée, que « non mais tu vois papotiche, la Saint-Valentin c’est ringard, moi je pense que l’amour c’est tous les jours que ça se vit, pas besoin d’une journée pour ça…. ; » et gnagnagna et gnagnagna.

Oui, on sait….Tais toi maintenant!

Pendant toute une journée, nous les célibataires HONTEUSES que nous sommes, subirons d’un côté le discours non moins mielleux de ces couples que nous jalousons qui estiment que leur amour se vit 365 jours par an, et de l’autre, la navrante valse des amoureux chez les chocolatiers et fleuristes. Rien que pour ça, le 14 février devrait être décrété jour férié pour nous, célibataires.

N’allez pas croire que je hais la Saint-Valentin, ou que je me moque de vous. Non, je suis juste jalouse. Parce qu’au final, je me dis que j’ai toujours rêvé d’avoir mon propre Valentin. Peut-être que de recevoir un bouquet de rose ce soir m’aurait fait plaisir.

 

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Voilà quelques années que je te cherche, ô toi Valentin de mes rêves. Je t’espère grand, brun, cultivé, honnête, aimant les enfants, drôle, spirituel…bref, je t’imagine tellement bien que j’ai cédé à la tentation d’aller te chercher sur les sites de rencontre dont les pubs nous rabattent les oreilles en ce moment à la télé, faute de t’avoir trouvé dans mon cercle d’amis (non, ceci n’est pas un jeu de mots).

 

Cher lecteur, au terme d’une longue errance sur la toile, je me rends compte à quel point celle-ci, à défaut d’avoir regorgé de Valentins potentiels pour Papotiche, regorge des mêmes clichés et hommes à fuir que dans la vie réélle (ah mais attends, laisse moi réfléchir : normal, ce sont les mèmes!!!!).

Mon profil créé (très basique, je te promets que je n’ai pas tendu le bâton pour me faire battre), voici qui mon enquète ethnologique m’a conduite à rencontrer. Le plus souvent par mail, je te rassure…

 

Attention, je vais dire du mal. N’essaie pas de te reconnaître, tu t’en ferais à toi-même…

 

Le narcissique:

Reconnaissable entre mille : il se prend en photo torse nu dans le miroir de sa salle-de-bain. Il te dit qu’il adore le sport, mais ne le pratique généralement qu’en salle de muscu (y’a pas de miroir sur les terrains de tennis, tu comprends). Entre deux-trois clichés de ses abdos avec la cuvette des WC pour fond, tu pourras éventuellement tomber sur une photo de sa grooooossssse voiture (t’as cru quoi coquin???), car le narcissique aime également se prendre en photo au volant de sa voiture, cigarette à la main, mimant la nonchalance d’un James Dean (sans savoir comment James Dean et sa voiture ont fini). Mais il est généralement attiré par les profils complétés de photos « duck face », son équivalent féminin. « Malheureusement » pour moi, je n’en fais pas partie, alors…

 

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Le psychopathe

Il t’envoie environ 70 messages qui vont de la déclaration d’amour à la menace de mort si tu ne réponds pas à son dernier mail en moins de…2h ! Heu, tout doucement, sur la pointe des pieds, tu passes..

 

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Le marié qui te prend pour un lapin de trois semaines

Au demeurant fort sympathique, il ne répond à tes mails qu’en journée, et te demande de l’appeler à des horaires bien précises. Son profil est rarement complété d’une photo, sous l’infaillible prétexte de vouloir d’abord faire connaissance de l’intérieur (heu…tu parles de quel intérieur là monsieur???).
Bref, il ne te faut pas longtemps pour comprendre, et comme tu es une gentille potiche adhérente à l’IPSC (lInternationale des Potiches Sérial-Cocufiées), tu lui hurles :

 

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Le bisounours

« Moi, je me suis inscris sur meetic avant tout pour me faire plein d’amis, élargir le cercle de mes connaissances (NDLR : attention, ça peut faire mal ça monsieur…) et faire des sorties sympas sans prise de tête ».
Oui, très bien jeune homme, voilà qui est fort louable. Mais bon, c’est ballot, moi je me suis inscrite sur meetic pour trouver un mec,donc tu ne m’en veux pas si je te dis:

 

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Le « kikoo-lol-sava » ?

Tout est dans le titre… A 35 ans, il maîtrise à la perfection le langage SMS.

« kikoo tu fé koi ds la vi ! Té joli ta kel age, il é drol ton psedo mdr xpdr lol »

Le verre à moitié plein m’incite à penser « wow, il est fort jeune dans sa tête celui là ! »

Le verre à moitié vide me rappelle que je ne suis pas à la recherche d’un ado de 15 ans…

 

O SUIVAN TU M’FOU L’SEUM !

 

Le queutard (pardon du mot)

Tu n’as pas eu le temps de répondre à son « salut ! Ça va ? Tu fais quoi ce soir ? Ça te dit de venir chez moi, je sais faire de bons massages 😉 » que déjà, c’est lui qui est passé à la suivante, beaucoup plus réactive que toi.

 

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Le romantique intégriste

Il vit le dictionnaire des citations à la main. Mais attention, des citations à la con, dégoulinant de guimauve et de bons sentiments. Dès le premier échange de mail, tu es écoeurée par tant de miel et même si tu es ravie d’avoir appris que le mot « charmante » pouvait avoir autant de synonymes, même si d’être comparée à « un soleil se couchant délicatement sur les eaux douces du pacifique un soir d’été » est agréable (quoi que…au final ça veut dire que t’es un peu rougeaude et humide hein) tu finis par avoir envie de lui répondre par une phrase de Desproges ou du Professeur Choron, histoire de rétablir un peu l’équilibre là ! Oui, je sais, nous les femmes on sait pas c’qu’on veut… Allez :

 

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Le complexé

Il exagère toutes tes qualités et se flagelle à grands coups de verges tranchantes pour s’excuser de n’être qu’une sombre merde à côté de toi. « Waaaaaaah t’es trop beeeeeelle, comment tu dois me trouver moche 🙁 Naaaaaan t’es attachée de presse ? Waaaaah ça doit être trop passionnant tu dois être trop intelligente, je suis sure que tu vas t’emmerder avec moi et que tu vas trouver que je suis con ». Tellement « trop » que tu as envie de lui répondre par une photo de tes jambes pas épilées depuis 15 jours ou de lui hurler « j’ai de la cellulite et je pète, bordel ! ». Mais bon, ce ne serait que perte de temps, car ça aussi il trouverait ça « trooooooop mignoooon ».

Au secours…et:

 

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Le vengeur-masqué

Son ex lui a fait du mal…beaucoup de mal….et ça, il a envie de te le faire payer à toi !

Son plan machiavélique est bien rodé (dans sa tête) : il va te sortir le grand jeu pour tu tombes fooolle amoureuse de lui, et il te larguera au pire moment (juste après t’avoir « honoré », c’est ça le pire moment pour lui), en arrachant sa chemise et dévoilant son t-shirt signé d’un S comme « SuperCocu » en te hurlant au visage « tu voooois, tu voooois c’que ça fait hein ! Mouhahahahaha ».

Bon, ça c’est dans sa tête. Le problème c’est qu’il est tellement aigri qu’il manque de patience et fini toujours par dévoiler son jeu trop tôt (au 2e mail généralement). Bon, bah sans rancune hein monsieur, voici le numéro d’un psy et puis

 

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Le nostalgique dépressif

Celui là, il a tout vu et tout vécu…avec son ex. Il te compare sans cesse (et encore, quand il te compare au moins il parle de toi, estime toi heureuse), mais a toujours fait mieux avec elle. A tel point que tu finis par jouer les gentilles potiches compatissantes en lui conseillant de rappeler son ex pour tenter de recoller les morceaux. Ce à quoi il te répond « bah j’ose pas, tu sais depuis elle s’est mariée, et a deux enfants… ». Oui, parce que son ex, en fait, ça fait 8 ans qu’elle l’a quitté !!!!! Les yeux écarquillés, tu t’échappe à reculons, lui glisse le numéro du psy de SuperCocu dans la poche du blouson qu’il n’a pas lavé depuis le départ de son ex et tu te dépêches de passer au suivant.

 

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L’hyperactif

« Hey salut ! Si je te dis fais ton sac on part demain pour un treck en Amazonie puis on enchaîne sur 15 jours à dos de chameau au Sahara, tu me réponds quoi ? ». Et bien je te réponds : « Bonjour, moi c’est papotiche ! Et toi, tu t appelles comment ? ».
Lui, il ne conçoit pas de rester 2 mois dans la même ville, ses vacances c’est toujours en mode « roots-allez hophophop on bouge son cul-pas de farniente-la plage c’est pour les beaufs », si tu fais pas du parapente et du saut à l’élastique le week-end c’est que t’es vraiment une grosse larve, et surtout n’envisage même pas d’emmener une paire d’escarpins pour votre escapade en Yourte en Mongolie. Alors oui, ça attire. Ca peut être marrant 5 minutes. Mais j’ai déjà peur quand je monte à une échelle, donc suis pas sure de suivre le rythme là…

 

Allez, hop-hop-hop AU SUIVANT!

 

Le bobo anticapitaliste dont même greenpeace n’a pas voulu tellement il est excessif

Surtout, SURTOUT, ne viens pas au premier rendez-vous maquillée : ce petit animal furtif s’enfuit à la moindre trace de fard à paupière ! Tes escarpins, il passera des heures à te culpabiliser de les porter, t’expliquant que ce sont des engins de torture sexistes inventés par l’homme pour assouvir son désir de domination sur la femme. Toi, tu oses l’humour : « bah oui, c’est pour qu’elles courent moins vite quand les mecs leur courent après ! ». Il ne rit pas, offusqué de constater que tu n’es pas une féministe pure et dure. Toi, qui ose cautionner le phallocentrisme de la société de consommation occidentale en te grimant telle une catin soumise (heu…du calme monsieur, ce n’est que du gloss hein).

Bon, tu sais quoi mon gars ? Ton pull de bobo là, et ton sarouel informe, bah je te pari un élevage de chèvres dans le Larzac qu’ils ont été fabriqués par des gosses de même pas dix ans en Chine. Par contre regarde, mon gloss, il est bio, y’a pas de morceaux de baleine dedans, et même qu’il a été fabriqué en France par des gens syndiqués et correctement payés. Quant à mon féminisme à moi, bonhomme, c’est de pouvoir te parler de Sartre ou Albert Camus pendant des heures tout en changeant 6 fois la couleur de mon vernis à ongles. Depuis quand on est obligées de rejeter toute forme de futilité pour afficher son intelligence ?

Bref, t’es pas une potiche mais à force de l’écouter vomir la société de consommation, tu n’as qu’une envie : lui laisser payer l’addition (tiens, prends ça, c’est bien myso ça, hein!!!!!) et filer claquer la moitié de ta paie chez Zara, Sephora et H&M. Non mais !

 

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Le Kevin

Celui-la, il n’a rien fait. Juste, il porte un prénom avec lequel, je le sais, ça ne collera. Ne me demande pas pourquoi, c’est comme ça : je n’aime pas les salsifis, les films d’action, le jaune et les Kevin. Désolée…

 

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Le perfectionniste névrosé

Sa relation parfaite est écrite à l’avance et rien ne doit en déroger. Il te pose dès le premier mail les questions existentielles que tu n’as même pas eu le temps de te poser avec ton ex : « tu veux combien d’enfants exactement ? Pour toi, le mariage, c’est mieux en juillet ou en septembre ? La vie de couple, en trois mots, c’est quoi pour toi ? ».

Bon, de toute façon il y a forcement une de tes réponses qui ne collera pas avec SA conception du couple parfait (comment ça tu veux un garçon et deux filles ??? Mais zut alors,t ‘avais l’air d’être une fille géniale mais moi je veux deux garçons et une fille, ça va pas coller….), donc sans grand regret, là aussi tu passes au suivant…

 

©Papotiche

Voici un peu un échantillon du panel que j’ai vu émerger de ma courte expérience sur les sites de rencontre. Je t’ai épargné le comique, le cynique, l’Oedipe mal réglé, le queutard qui ne s’assume pas, le maladroit et j’en passe.

Bon, oui je dis du mal hein, mais je le fais avec tendresse, et en ayant bien conscience que moi aussi j’entre probablement dans une case pas forcement très reluisante. Et puis heureusement, j’ai aussi été amenée à rencontrer des hommes très bien. J’oserais dire des hommes « normaux », mais dans la mesure où ils ne le sont que vis à vis de mes propres critères, je suis pas sure du terme du coup…

La rencontre fut à chaque fois agréable, et a généralement débouché sur une histoire d’amitié. Car oui, vous aurez beau trouver quelqu’un qui réuni virtuellement tous les critères de l’homme idéal à vos yeux, il reste encore ce paramètre impalpable, cette éternelle histoire d’alchimie qui ne s’explique pas, et c’est tant mieux car c’est elle qui rend l’amour insolemment puissant. Quand je repense à mes exs, j’aurais bien du mal à en trouver un qui réunissait tous les critères de l’homme parfait à mes yeux. Mais pourtant, dieu que j’ai pu les aimer…

 

Mais, en rencontrant ces mecs « normaux-sur-mon-échelle-de-fille-qui-rêve-d’être-une-potiche », que ce soit sur un site internet ou ailleurs, je me suis rendue compte que je n’étais pas si seule que ça : on est un sacré paquets de quasi-trentenaires paumés qui révéraient de fêter la Saint-Valentin ce soir.

 

Alors, comme l’année passée, pour ma part ça se finira peut-être par un verre entre copines. On passera la soirée à rire très (trop) fort, on rira de vous qui fêtez la Saint-Valentin, bande de ringards. On se dira qu’on a bien de la chance d’avoir la liberté de faire ce qu’on veut à l’heure qu’on veut, sans qu’un mec nous attendent à la maison l’oeil rivé sur la montre, et puis qu’on serait bien emmerdées si à chaque fois qu’on veut sortir on devait trouver une nounou au pied levé pour garder Rose ou Louis (bah oui, on dit que de ne pas avoir d’enfants est un choix, mais pourtant intimement on a déjà choisi leurs prénoms), on va se moquer comme des pies de tous les couples qui se mamourrent aux tables d’à côté, et on se dira que de toute façon le mariage c’est dépassé, et puis c’est chiant, c’est un an d’organisation prise de tête tout ça pour être les seules à ne pas se bourrer la gueule le jour de la noce. On sera fières de nos jambes pas épilées, et le temps d’une soirée, même la plus potiche d’entre nous prêtera honneur et allégeance au féminisme.

 

Puis, la gorge nouée, on arrêtera de rire une fois seules dans le bus et on rentrera chez nous, dans notre appartement ultra-moderne tout beau, tout propre, tout bien rangé.

Tout vide.

On ne se prendra pas les pieds dans un jouet d’enfant qui traîne dans le couloir. On se fera chauffer une bouillotte à défaut de coller nos pieds glacés contre les jambes d’un partenaire qui aura réchauffé le lit. Mais bon, on aura pas eu à baisser la cuvette des toilettes ou à reboucher le tube de dentifrice avant de se démaquiller, en se demandant pourquoi ces deux fonctionnalités ne rentrent dans aucun cerveau masculin. On lira un chapitre du roman policier posé sur la table de chevet, puis un deuxième car après tout personne ne nous dira « éteins la lumière bordeeeeeeel ».

Et on s’endormira, seule. Sans Valentin. Comme des filles pas ringardes.

Mouais…finalement, être ringard, ça doit être bien parfois…

Mais au moins, entre gens-qui-s’endormiront-seuls-ce-soir, on aura pas passé la soirée seuls. Ne te plains pas Papotiche, c’est déjà pas si mal. L’amour, tu peux le trouver partout. Pas besoin d’un Valentin pour ça.