J’ai toujours rêvé de passer à la casserole!

 

« Je ne discute pas avec les femmes de football ! Qu’elles s’occupent de leurs casseroles! »

Bernard Lacombe, élu miso de l’année 2013

 

Je me souviens du jour où l’un de mes ex a compris que j’étais plus capable de lui expliquer un hors-jeu au foot que de lui préparer une blanquette de veau. Habitué à ce que môman lui serve de bons petits plats depuis sa tendre enfance, pendant que papa sirotait sa bière bien à l’aise dans ses charentaises, sur le canapé, il m’a regardée avec de grands yeux exorbités et m’a spontanément demandé :

« Mais, comment tu faisais avec les autres ??? »

Comment je faisais ? Et bien comme toi mon grand, je sortais la moussaka du congélo et je la passais 20 minutes au four. Ou bien je ne faisais pas, et c’est eux qui faisaient.

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Je me souviens très bien de ce jour là car c’est celui où j’ai compris qu’à l’avenir, la qualité principale que je rechercherai chez un homme ne serait plus d’être beau, musclé ou encore bon amant, mais avant tout de ne pas être misogyne.

Puisqu’après tout il ne faut pas être fermée d’esprit, et comme tout le monde a le droit d’évoluer, j’ai laissé quelques temps à monsieur pour changer ses perspectives, mais voyant qu’il ne se résoudrait pas à arrêter de penser que les femmes naissent avec le livret d’utilisation du lave-vaisselle dans la tête et des batteurs électriques à la place des mains, j’ai bien vite préféré manger mon hachis surgelé seule devant les matchs de foot. Espérant que pour celle qui me remplacera, il changera. En tout cas, ceux qui l’ont remplacé lui ont accepté.

Car oui, je l’avoue, je ne sais pas cuisiner.

Je fais des efforts hein, j’essaie. Mais j’ai beau y mettre toute la meilleure volonté du monde, j’ai beau avoir essayé mille fois de faire plaisir à mes amis ou à mes chéris, chaque tentative de plat un peu élaboré s’est généralement conclue par des échecs, doublés des regards gênés de mes proches tentant de cacher tant bien que mal leur irrépressible envie de se rendre aux toilettes pour recracher l’immonde poulet basquaise que j’avais mis des heures à cuisiner pour eux dans la douleur…

Les repas chez Papotiche, en règle générale, ça ressemble à ça:

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La cuisine, ce n’est pas mon truc, et le pire, c’est que je déteste ça.  D’ailleurs, je ne m’en cache plus, depuis des années, comme ça la couleur est direct annoncée à tout prétendant essayant de m’approcher.

Je ne m’en cache tellement pas, qu’à force de le rabâcher sur facebook, un chef cuisto probablement maso a eut envie de relever le défi de m’y mettre, et de me faire apprécier les fourneaux.

Frédéric Coiffé, Maître Cuisinier de France et consultant culinaire, est le chef talentueux de l’Aquitania, le restaurant de l’hôtel Pullman à Bordeaux. Tous les mois, il propose des « Ateliers du goût » dans les locaux de « Destination café » à Bordeaux, des cours de cuisine pour une dizaine de personnes, et sur le web ses élèves ne tarissent pas d’éloges…

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Bon, en premier lieu, j’ai hésité : bien que flattée par la demande de ce grand chef, une féministe qui teste un cours de cuisine, j’avais peur de te décevoir, petit internaute taquin. Et puis à bien y réfléchir, je me suis dis qu’être féministe ce n’était pas forcément rejeter toutes les tâches que les clichés misogynes attribuent traditionnellement aux femmes, mais se les approprier librement pour qu’ils ne soient plus une contrainte mais un plaisir. Cuisiner, oui, mais pour soi et quand on en a envie, et non tous les soirs pour un mec qui se lèvera pas ses fesses du canapé. J’ai donc accepté de relever le défi de Frédéric.

Je me suis dit aussi que ce chef était un peu bizarre : inviter une blogueuse qui crie sur tous les toits qu’elle déteste cuisiner, est-ce vraiment dans son intérêt ? Un peu gênée, je lui ai confié mes doutes sur le retour que je ferai de ce cours (oui ma Potiche, car je ne me forcerai jamais à faire la pub de choses qui ne m’ont pas plu, d’ailleurs je refuse 90% des invitations aux « soirées Ferrero Rocher » pour rester honnête avec toi et ne pas passer non plus pour une ingrate vis-à-vis de mes hôtes), mais c’est avec humour qu’il a maintenu son invitation. Et moi, les gens bizarres et drôles, bah j’adore, donc j’ai fini par avoir étonnement très envie de jouer les élèves d’un jour autour de ses fourneaux !

Rendez-vous fut donc pris, et fort heureusement je n’avais pas pris le temps de me renseigner avant… Pourquoi ? Car le jour J, étonnée de voir que le cours commençait très tôt, j’ai découvert qu’un atelier du goût avec Monsieur Coiffé, et bien ça durait 5h !!!! Me voici donc un samedi matin dans le bus me menant vers Bordeaux Lac, la boule au ventre à l’idée de passer plusieurs heures en compagnie de casseroles, économes et blinders, et persuadée que j’allais probablement me faire royalement chier au milieu de futurs candidats à Top Chef. Et qu’encore une fois, j’allais très certainement passer pour une potiche incapable d’éplucher une carotte sans se couper un bout de doigt… Mais bon, j’avais dit oui, et par orgueil il était hors de question de me débiner. Avait-il au moins prévenu ses élèves qu’une dangereuse nana munie de deux mains gauches allait se joindre à eux ? Pourvue que je sois la seule à goûter ce que je préparerai…

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En arrivant, l’accueil très chaleureux réservé par Frédéric et sa « Ratatouille » comme il l’appelle affectueusement, Stéphanie sa seconde de cuisine, m’a d’emblée mise à l’aise. Autour d’un petit café, il nous a expliqué comme le cours allait se dérouler et quelles délicieuses recettes nous allions préparer tous ensemble. Ce qui m’a rassurée, c’est que les gens présents ne semblaient ni être des compétiteurs, ni des grands pro du mixer, et l’ambiance était décontractée et bon enfant. Un cours de cuisine, j’avais peur que ça me renvoie à de vieux souvenirs de cours de techno au collège, avec Monsieur Bourgeois qui guettait mes moindre faux-pas derrière le fer à souder et me gueulait dessus quand je foirais les branchements des circuits électriques qu’on devait réaliser en TP. Non, rien de tout ça, Frédéric est un grand chef mais avant tout un mec très sympa et pas avare de blagounettes.

 

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Nous nous sommes installés autour d’un plan de travail spacieux, lumineux, agréable, et il nous a répartis en binômes. C’est avec plaisir que j’ai fait la connaissance de Jessica, ma copine du jour, une charmante nana qui est elle aussi venue seule. Des toques personnalisées très seyantes (ou pas…) nous attendaient aux côtés des premiers légumes à éplucher. Un peu ridicules ainsi chapeautés, même si c’était avant tout une question d’hygiène, le ton était donné : pas de prise de tête, nous sommes tous là pour passer un bon moment !

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Autour de la table, les profils étaient très différents. C’est vrai, avant d’arriver j’étais persuadée que j’allais me retrouver au milieu d’aficionados des fourneaux, et que ça n’allait pas être l’éclate, mais en interrogeant chaque personne, je me suis rendue compte qu’encore une fois j’étais pleine de préjugés et que les motivations de chacun étaient variées. Jessica, mon binôme, est toute jeune (tout juste 20 ans), et la cuisine est sa passion. Ses amis lui ont offert le cours pour son anniversaire. En face de moi, Michel, la cinquantaine passée, avoue ne pas y connaitre grand-chose, mais vouloir faire une surprise à sa femme en apprenant des recettes de pro. Paul et Myriam sont venus en couple, pour vivre une expérience commune et passer un bon moment, et à la maison c’est plutôt monsieur qui cuisine. Jacqueline et Sonia, quant à elles, sont deux habituées : cela fait plusieurs fois qu’elles viennent au cours de Frédéric, elles se sont même rencontrées ici et sont devenues inséparables depuis ! Il y’a également Corinne, la petite quarantaine, qui veut tout simplement se perfectionner en cuisine, ou encore Solène, qui adore cuisiner et qui s’est payé le cours pour se faire plaisir, après avoir vu passer de très bons commentaires sur le net. Des femmes mais aussi des mecs (la cuisine ça intéresse aussi les hommes, et oui!), de tous âges, de tous horizons. Bref, oui je me retrouve au milieu de passionnés et de gens qui s’y connaissent déjà un peu, mais qui tout comme moi sont là pour apprendre, cependant il y’a aussi des néophytes ce qui rend au final le groupe très complémentaire, uni par la même envie d’échanger, partager, se marrer, bref, je ne me suis pas du tout sentie exclue !

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Guidés par les conseils d’un Frédéric très pédagogue et patient, nous avons réalisé deux recettes :

Coquilles Saint jacques

Juste poêlées  en velouté  de potiron, écume de betterave

Blinis au chorizo

« Presque une tarte aux pommes »

Sablé traoumad pommes rôties au beurre demi sel

Coulis de caramel, chantilly maison

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Jamais je n’aurais cru être capable de réaliser ça moi-même, et pourtant, aidée d’un bon prof et d’une super binôme, j’y suis arrivée ! Et dans une ambiance vraiment détendue, je n’ai pas vu les 3h30 de cours passer. Je vais même te dire ma p’tite potiche : j’ai aimé ça !!! Afin de rendre le cours rythmé et de ne pas risquer de voir ses élèves s’ennuyer, Frédéric varie les plaisirs : un coup chacun épluche les légumes de son côté, un coup il nous réunit autour des plaques de cuisson pour nous prodiguer des gestes de pro tels des secrets à l’oreille, ensuite il nous lance d’improbables défis comme le concours de la chantilly montée le plus vite (on a perdu avec Jessica, mais à peu de chose près !!!!), puis il nous demande de beurrer tous ensemble les pommes avant de les mettre au four, bref pas de temps morts et surtout, le cours est participatif et interactif, personne ne reste dans son coin à réaliser sa petite recette, j’ai vraiment trouvé le concept agréable. Le bon esprit et l’humour de Frédéric ont également fait passer les 3h30 à toute allure pour l’allergique aux fourneaux que je suis. Détendu, mais tout en restant très professionnel : le but est certes de passer un bon moment, mais aussi de sortir de l’atelier avec plein de bons conseils et techniques de chef à reproduire chez soi !

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Le pire moment pour moi a toutefois été celui de l’ouverture des Saint-Jacques toutes fraîches. Car oui, la Potiche que je suis parfois ne savait pas que ces petites bêtes étaient encore vivantes… Et forcément, en maniant les coquilles de mes deux mains certes très bien vernies mais particulièrement gourdes, je me suis un peu pincée…mais le chef est bien vite venu à ma rescousse, très attentif aux moindre gestes de ses élèves, pour me réexpliquer à peu près 10 fois la technique, toujours avec le sourire.

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Le meilleur moment ? Sans hésiter la réalisation du caramel au beurre salé pour le dessert. C’est tout con mais ça déboîte : tu mélanges à la main du sucre et de l’eau dans une casserole (pas sur le feu hein…sinon ça brûle copine), puis tu laisse cuire doucement surtout sans remuer, quand le caramel est coloré tu arrêtes le feu, et à l’aide d’un fouet tu ajoutes de la crème liquide pour arrêter la cuisson et enfin un morceau généreux de beurre salé. Si le paradis avait une odeur, je pense que c’est celle qui a remplit l’atelier à ce moment là : un parfum rond et gourmand de « Werther’s Original », et une fois le caramel tiédit, le chef nous a convié à y plonger nos doigts comme des gosses dans un pot de Nutella. Hmmm…j’aurais pu m’en remplir une baignoire !!!!

Une petite pause casse-croûte/verre de vin est proposée en milieu de cours, parce qu’on n’est pas là pour s’épuiser non plus, l’occasion de papoter et d’échanger nos impressions. Puis le cours redémarre, mais au final, on sent assez peu de différences entre les temps de pause et les moments de travaux appliqués, car bien qu’ayant été des élèves très attentifs (même moi, j’ai été particulièrement sage, trop d’après le chef, mais il faut dire que j’étais très impressionnée par le fait de cuisiner et que je me suis tenue à carreau pour ne pas faire de bêtises…) nous avons passé la plupart de notre temps à plaisanter. On se charrie, on s’invite d’office chez Michel qui promet de reproduire le soir même les recettes chez lui, on se moque gentiment de Jacqueline qui est une cuisinière aguerrie en la mettant au défi de réaliser des blinis parfaits et 100% réguliers, on se nargue quand on finit d’éplucher nos pommes avant les autres, on s’entraide quand quelqu’un est un peu à la bourre, et Frédéric n’est pas le dernier à détendre l’atmosphère : pour m’expliquer comment couper un oignon, il me fait carrément un remake de « Ghost » en se plaçant derrière moi pour guider mes mains!!! Bon, en tout bien tout honneur hein…

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Au bout de 3h30, nous dressons les assiettes en mode communiste : un travail collectif avec chacun sa tache ! Jessica place les Saint-Jacques, Michel verse le velouté, Solène apporte le blinis, Papotiche dépose la julienne de poireaux, tandis qu’à coté le reste de la bande s’affaire à monter le succulent dessert.

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Le moment de la dégustation est enfin arrivé, Frédéric a dressé une très jolie table dans l’atelier. Et quand je me pose face à mon assiette, je suis vraiment fière de moi…  Arrivée à l’atelier persuadée que je n’étais pas foutue de faire cuire un œuf, me voici devant un superbe plat que certes nous avons réalisé en collectif et grâce au chef, mais surtout que je me sens capable de reproduire chez moi! Mon « papa-potiche »  Babali Couleur Kémia, ainsi que mon autre chef cuisto préféré Chef Jésus auraient été eux aussi fiers de moi je suis sûre 😉

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Car Frédéric nous explique que pour lui, l’objectif du cours n’est pas de nous en mettre plein la vue avec des recettes gastronomiques que seul un cuisinier professionnel est capable de réaliser, mais de nous prouver que nous sommes tous capables de sortir de grands plats de nos fourneaux, de sublimer des produits qui ne coûtent pas un bras, bref de nous apprendre que tout est une question de créativité et de techniques simples à acquérir. Et d’envie surtout.

D’envie… Oui, avec le chef Frédéric et mes copains d’un jour, j’ai compris quelque chose : la cuisine, c’est avant tout une question de plaisir. J’ai réalisé que je n’étais pas nulle, mais tout simplement que je n’avais peut-être pas assez confiance en moi, et me coupais moi-même l’envie. Que je ne prenais pas le temps de bien faire les choses. Que je partais du principe que je n’aimais pas ça et que je n’y mettais donc pas de la bonne volonté. J’ai alors compris que Frédéric n’était pas maso, mais que pour lui, faire aimer la cuisine à des allergiques aux casseroles étaient justement l’un des buts de son cours. Et j’avoue que le défi a été brillamment relevé avec moi.

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Je ne vais pas te dire non plus qu’à partir de ce jour là je me suis mise à réaliser tous les soirs chez moi des plats de ouf, mais ce cours m’a vraiment donné envie de m’y mettre, et m’a convaincue que la cuisine ce n’était pas si compliqué. L’atelier est vraiment ouvert à tout le monde : les passionnés de cuisine ne s’y ennuient pas, car le chef est un professionnel et ses recettes sont surprenantes. Mais les Susan Mayer y ont aussi leur place, car c’est finalement en s’amusant qu’on apprend le mieux, ici personne ne m’a jugée, et le professeur est très bon pédagogue. Le tarif des cours, 65e, est très raisonnable, en comparaison à certains prix pratiqués dans d’autres ateliers, et au vue des compétences et du poste occupé par le chef.

 

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Après 1h30 passées à table, à déguster un plat et un dessert à tomber par terre, accompagnés de vins sélectionnés avec amour par le chef, et à discuter de tout et de rien comme un bande de potes, nous nous sommes quittés avec regret, mais déjà pressés d’épater nos amis avec nos devoirs à la maison !

Je remercie mille fois Stéphanie pour son accueil et sa gentillesse, les élèves présents ce jour là qui ont accepté que je les mitraille de photos (j’ai changé vos prénoms mais vous vous reconnaîtrez ^^) et surtout Frédéric pour ce moment agréable qu’il m’a fait passer ainsi que son invitation généreuse, mais aussi la jolie surprise qu’il m’a réservée par la suite en mettant à la carte de son restaurant mon plat préféré à mon nom :

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La blanquette de Papotiche, ça m’a mis la petite larmichette à l’œil…

 

Papotiche a donc cuisiné et a aimé ça… Il faut dire que quand un homme me fait passer à la casserole, forcément ça a de quoi me plaire ! Et puis finalement, mon petit côté féministe s’y retrouve : qu’un homme apprenne à cuisiner à une femme, ça change non ?

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S’il y’a bien un mec qui ne croit pas que la place derrière les fourneaux est réservée aux femmes, c’est bien ce chef là ! On ne bat pas les œufs avec nos vagins après tout…

Je suis rentrée chez moi fière de mon exploit du jour.

Boh et puis finalement, s’il faut cuisiner un peu pour séduire mon futur prince charmant, je veux bien faire ce petit effort…

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Cours de 5h : 3h30 d’atelier avec pause casse-croûte/verre de vin, 1h30 de dégustation des plats, accompagnés de 2 vins « découverte » et d’un café.

Réservation : 06 03 16 37 43  ou  fcoiffe@gmail.com

 Pour avoir les recettes et dates des prochains cours :

http://frederic-coiffe.com

www.quel-cours-de-cuisine.com

Tarif : 65e par personnes/ 70e pour les bons cadeau.