Fake news, trolling, lynchage, qualification numéraire : vers une dystopie des réseaux sociaux ?


Donner la parole à tout le monde, c’est forcément prendre le risque de voir des cons s’en saisir… Réseaux sociaux, de la lune de miel à la dystopie ?

 

Au risque de vous surprendre (car sans eux, je ne pourrais pas travailler), je suis de plus en plus lasse des réseaux sociaux.

Je n’ai jamais fait partie de la meute qui les accusait, bien à tort, de cloisonner les gens et de diluer le lien social dans des relations virtuelles sans substance. Au contraire, selon l’utilisation que l’on en fait, ils permettent d’amoindrir les distances, de maintenir du lien durable avec ceux qui sont loin et dont on avait perdu le contact auparavant, et d’ouvrir nos horizons amicaux et professionnels de façon exponentielle. Grâce à eux, j’ai rencontré « en vrai » bien plus de monde que je ne l’aurais pu sans eux. Grâce à eux, je me suis fais de vrais amis, j’ai développé mon réseau professionnel, et je peux m’adresser à vous au travers de ce blog qui m’a menée vers de superbes aventures.

Oui mais voilà, peu à peu, Facebook et consorts ont donné un poids à certains travers humains, qui leur sont bien antérieurs (l’essence mème de la nature humaine), mais dont ils ont accru la visibilité. Et je suis fatiguée.

Ils n’en sont pas la cause, mais un support qui leur donne une ampleur qui me dépasse.

Je suis épuisée de voir des cons (pardon du terme) y trouver une tribune relayée de toutes parts par d’autres cons, ou par des gens bien qui les dénoncent mais ne font qu’en renforcer la visibilité, quand avant leurs idées nauséabondes n’avaient pour limite que le comptoir des bars de PMU. Ou les pages de médias qui savent eux analyser et prendre du recul sur les faits.

Épuisée, de voir des polémiques chaque jour exploser sur Twitter.

De voir des gens lynchés pour un mot ou un tweet malheureux. Alors que si on réfléchit deux minutes, on voit bien que certains ne pensaient pas à mal.

De voir refusé un certain droit à l’oubli et à l’erreur, du revenge-porn aux bêtises de jeunesse.

D’assister à la course à l’échalote des likes et RT, rendant certains prompts à vendre père et mère pour un bon mot. Obligeant les médias traditionnels à se la jouer Topito pour « séduire » le chaland dans un fil d’actualité, et poussant à qualifier les blogueurs selon leurs chiffres et non selon leur plume.

De voir le métier de journaliste contesté par tous les Jean-Michel-Moi-J’ai-Un-Truc-à-dire, qui ne comprennent pas que « tout dire de suite » ce n’est pas ça l’information.

Déjà à la base, les gens qui ont un avis sur tout et qui assènent leur moral de vie non stop au quotidien, c’est comme les mangeurs de chips qui gueulent après l’entraineur devant un match de foot à la TV : ça m’énerve. Alors je les évite. Mais sur les réseaux sociaux, on ne peut pas les éviter. Ils sont PAAAAARTOUT.

Parfois, c’est agaçant mais mignon. Mais trop souvent désormais je trouve ça grotesque voir dangereux.

Défendre le droit de dire de la merde par maladresse, tout en me lassant de ceux qui s’improvisent tribuns, cela peut vous paraitre paradoxal. Je sais;

Entendons-nous bien : je ne ferai pas partie de ceux qui acquiescent Mme Michu quand elle scande qu' »on ne peut plus rien dire« . Les réseaux sociaux ont permis de soulever des vrais débats de société, qui feront évoluer les mœurs; En témoignent le mouvement #meToo, les fachos et homophobes rattrapés par la justice, les Twittos qui ont pu mettre à l’abri des gens chez eux grâce au hashtag #porteouverte durant les attentats du Bataclan, et tout le soutien qui peut être apporté à des victimes qui auraient été seules avant.

 

Mais il y a certains emballements et effets de masse qui me font peur.

Je trouve que la démesure et le moutonnage, très bien théorisés avant Facebook par les sociologue de la psychologie des foules, mènent à des travers qui me font prendre de plus en plus de recul.

J’en prends pour exemple récent cette pétition signée par des milliers d’internautes au sujet d’un livre pour ados accusé d’être sexiste (vous pouvez tout lire dans cet article complet de Madmoizelle si vous n’avez pas suivi). Une illustration a d’abord fait le tour de la toile, et clairement en dehors de son contexte elle m’a moi-mème fait hurler. Toutefois, jamais, JAMAIS il ne me viendrait à l’idée de crier à la censure, déjà de base, mais en plus sans avoir pris connaissance du contexte exact de ce que je signe. A savoir, me renseigner sur le bouquin dans son ensemble, et non pas lyncher une illustratrice dont un dessin est présenté en dehors de son cadre général.

Pourtant, c’est ce que tous ces gens ont fait. Au point que la nana a perdu une partie de son taf.

A la base, elle partait bien cette histoire, je dis pas : il faut dénoncer les potentielles sources de sexisme qui maintiendraient nos enfants dans une société phallocratique. Je suis pour. Mais bordel, il faut raison garder, et surtout réfléchir par nous-mème : le livre était un peu con-con à certains endroits, c’est vrai, et mon souci n’est pas de savoir s’il fallait ou non l’interdire, mais plutôt d’assister au lynchage sans vérification d’une artiste. Je trouve ça super flippant.

Bref, vaste débat, et ma position vous surprendra surement dans la mesure où je suis ouvertement féministe.

 

Fake news et trolling

J’en ai également marre des trolls qui conduisent les marques et professionnels à peser chaque mot pour éviter toute accusation de malveillance dans leurs propos.

J’en ai marre des no-life qui, sous couvert d’anonymat, crachent leur haine sur les autres sans se rendre compte de la violence qu’ils imposent à la personne en face.

J’en ai marre de voir le temps de l’info sans cesse raccourcie, et tout le monde (mais surtout n’importe qui) s’improviser journaliste, quand ce métier requiert compétence et noblesse d’esprit. Oh, il y a eu du bon dans le traitement de l’info en simultanée et la démocratisation des savoirs avec les réseaux, je ne le nie certainement pas. C’est signe de démocratie.

Mais à l’heure des fake news et du porte-voix offert à quiconque estime avoir un truc intelligent à dire, la dérive est bien là, et j’ai l’impression que la presse a de plus en plus de mal à faire son travail en paix, avec le temps d’enquête journalistique dont ils ont besoin pour nous offrir une information de qualité. Et avec de nouveaux objectifs de visibilité sur ces réseaux qui rendent certes les médias plus accessibles, mais aussi concurrencés de partout. Avec l’idée reçue désormais que la presse, c’est « gratuit ».

Payer 1 euro pour lire un article de qualité, ça outre certains. Les mêmes qui foutront 7 euros pour débloquer des vies dans Candy Crush.

Évidement, je suis partie pris : je suis attachée de presse, et en fréquentant beaucoup de journalistes, j’ai pour eux un respect et une admiration sans bornes. Je les sais indépendants, objectifs, j’assiste à la rigueur de leur travail, et croyez-moi cela n’est en rien comparable aux Twittos à la petite semaine qui les accusent de tout et n’importe quoi, alors qu’ils seraient bien incapables de faire 1/10e de leur taf. Et n’auraient pas les c******* d’aller dans certains pays pour témoigner de ce qu’il s’y passe. Bref, passons.

 

L’information et les jeunes

Ce qui m’inquiète, c’est que le métier de journaliste, malgré certaines accusations que j’estime finalement minoritaires (car bien souvent politiques), reste considéré comme noble, mais est de plus en plus méconnu de la jeune génération, dont les frontières se sont vues brouillées par le vacarme des réseaux sociaux.

A plusieurs reprises, j’ai abordé cette thématique des fake news avec mes élèves durant des cours de culture littéraire, et s’ils manifestent un très grand intérêt pour l’actualité (peut-être plus que nous à leur âge ^^), pour eux les frontières entre « media officiel » et « source douteuse » sont super floues.

Les réseaux sociaux permettent à un plus grand nombre de personnes d’être informés, mais aussi à un plus grand nombre de fakeurs de nous désinformer. Et sur ces mèmes réseaux, ce qui semble le plus capter l’attention des plus jeunes (les vieux aussi sont concernés, et eux n’ont pas l’excuse de n’avoir rien connu d’autre…), ce sont avant tout les « titres de news » plutôt que la source médiatique qui les relaient.

« Vous ne vérifiez jamais qui est derrière une info que vous lisez ? » ;

« Vous savez quelle est la différence entre Le Monde et tel site conspirationniste ? » ;

« Vous savez qui est cet « AFP » qui « signe » pas mal d’articles dans tous les médias de France ? ».

Autant de questions qui restent souvent sans réponse.

Ils ne sont pas complotistes, mais le nom d’un site web affichant clairement ses idées chelous, ça ne les percute pas tous. Alors ensemble, on va fouiller les mentions légales. Ils se rendent compte bien vite qu’il est impossible de savoir qui est derrière certains sites relayant des infos graves. Ils observent que l’hébergement de médias douteux est majoritairement hors de France (donc pas soumis à la mème législation), quand tous les articles d’un Sud-Ouest sont signés et le nom des responsables de rédaction mentionnés noir sur blanc sur le site. Elle est là, la différence.

Je ne suis pas pessimiste, car c’est une thématique qui les passionne. L’éducation aux médias devrait vraiment entrer dans le programme scolaire dès le collège.

Le croisement des sources, les outils comme le Décodex, les indices permettant de reconnaitre une fake news et un site complotiste, ils comprennent tout cela très vite, et sont de redoutables enquêteurs. Mais bordel, on ne leur facilite pas le travail, ni à eux, ni aux journalistes, qui depuis quelques années mènent des opérations de sensibilisation et travaillent ensemble à trouver des solutions. Pour que le fléau des faux informateurs aient un écho limité.

Ils ne disparaitront pas, ni les complotistes ni les fakeurs, car le procédé est vieux comme le monde (utilisé en période propagande, et relayé par le bouche à oreille, comme par exemple l’incendie du Reichtag en 1933 qui fut instrumentalisé en « complot communiste » par les Nazis, et on sait où tout cela a mené…). Mais au moins, nous seront armés pour faire la part du vrai et du faux dans la masse d’infos dont nous abreuvent les réseaux sociaux.

N’oublions pas : ce sont des hommes et femmes de chaire et d’os qui nous informent et désinforment, non des supports.

 

Vers une dystopie de la sur-information ?

Bref, tout ce contexte, ajouté à l’agressivité croissante des internautes anonymes, me fait prendre de plus en plus de recul sur les médias sociaux. J’y vais moins.

Et je crois que je ne suis pas la seule. Je reviens de plus en plus à la presse papier, magazines, à des enquêtes longues et étayées.

A des forums de niche, où je n’ai plus l’impression d’échanger dans un PMU de 1000m2 où toutes les 3 minutes un mec bourré vient faire le lourdingue à vouloir casser la conversation.

Je limite les réseaux à une utilisation pro, et j’ai limité le nombre de personnes que je suis. Mais ma fatigue est toujours là, et surtout mon inquiétude à nous voir sombrer dans une forme de dystopie médiatico-numérique qui ne fut pas sans alertes avant…

 

La dystopie, c’est un genre littéraire qui me fascine.

Car elle pioche dans la société actuelle les prémices de totalitarismes possibles, pour anticiper des sociétés régies par des règles qui nous semblent totalement réinventées. Et cela nous met mal à l’aise. Car toutes, en les lisant, on ne peut s’empêcher de se dire « et si c’était possible ?« .

Contre-utopie, ou utopie menant au cauchemar : l’intention de départ est toujours de créer une société idéale, mais ça foire.

Le maitre du genre, c’est évidemment Orwell. Avec ce chef d’œuvre qu’est « 1984 », où il narre une histoire d’amour impossible dans la société over-contrôlée de « Big Brother ». Je ne sais pas ce qu’il aurait pensé, des décennies plus tard, en voyant naitre à la TV un programme de « divertissement » portant ce nom : il se serait surement dit « mais quelle bande de clowns, ils plongent eux-mèmes les deux pieds dans un marasme annoncé ! »‘.

Dans le mème genre, « La Ferme des animaux », où ce sont les animaux d’une ferme qui prennent le pouvoir, et là aussi ça tourne mal. L’idée nous est laissée que quoi qu’il advienne, le pouvoir pervertira toujours n’importe qui, et le contrôle d’une société conduit toujours à la violence.

Si la thématique vous intéresse, les basiques : « Le Meilleur des Mondes » de Huxley (1932), « Ravage » de Barjavel (1943), « Farenheit 451 » de Bradbury (1953), « La Planète des Singes » de Boulle (1963), ou plus récemment « La servante écarlate » de Atwood (1985), « Globalia » de Rufin (2003) ou « La Zone du dehors » de Damasio (version 2009). Je vous mets aussi en fin d’article une liste de références sur le thème, que j’ai kiffées.

Sociétés imaginaires ? Quand on compare le monde d’Huxley avec les lois totalitaires mises en place par le régime nazi, la réalité dépasse largement la fiction. Autodafés, port de signes distinctifs, hiérarchisation de la population selon sa religion, son origine ou encore sa sexualité, un meneur dont on fait le culte de la personnalité (comme Big Brother), le contrôle des médias et des arts, des groupuscules assurant le maintien des règles par la violence, envoi en camps de concentration… avoir vu que cela était possible, et sous diverses formes partout dans le monde (Rwanda, URSS, Cambodge, nous pouvons aussi penser aujourd’hui aux Rohingyas), ça ne nous fait pas lire les dystopies sans les raccrocher à la réalité.

Et pour ceux qui doutent, je vous renvoie à cette expérience, « La Vague », mené par un professeur d’histoire aux USA auprès de ses élèves.

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Médias sociaux et dystopie

Aujourd’hui, de nouvelles œuvres dystopiques intéressent à une autre forme « d’esclavage » naissant, et d’aliénation : celle par les médias sociaux et autres nouvelles technologies.

Tout est là. Au départ, l’utopie d’un monde désormais sans frontières, grâce à Internet, d’un divertissement perpétuel, d’une circulation de l’information sans entraves. Bref, la plus totale liberté. MAIS… l’excès et la surabondance de technologies ne sont-ils pas eux-aussi susceptibles de nous mener à de terribles dérives ?

C’est toute la métaphore filée de la série « Black Mirror ».

Je trouve que cette série est le plus grand chef d’œuvre du genre de ces dernières années. Tellement, que je ne suis plus capable de la regarder : chaque épisode me retourne les tripes, me fait peur, car les histoires abordées sont glaçantes et terriblement ancrées au réel. Si vous regardez vous-aussi cette série, vous vous êtes probablement dit aussi « putain, mais c’est carrément possible que ce scénario devienne réel dans 50 ans !!! ». Les gens qui se notent, les puces dans le cerveau, la possibilité de flouter des gens en réel… quel monde sommes-nous réellement en train de construire ?

L’épisode que j’ai le plus aimé dans cette série, et qui est reconnu comme le plus « impactant », c’est « Fifteen millions merits » (saison 1/Ep 2). Cet épisode est un bijou. La série n’évoque jamais l’époque à laquelle chaque histoire se passe, mais on imagine assez aisément que cela peut être le futur, ou bien un monde parallèle qui aurait dérivé. Dans celui-ci, un mélange des affres de la real-TV, d’un monde qui « s’avatarde« , de la numérisation de nos besoins, et une forme d’esclavagisme par les médias sociaux, dont on ne peut s’échapper qu’en « sortant du lot », comme cette course à l’échalote des likes dont je vous parlais en intro.

Cette scène où le héros monte sur scène pour saisir sa « chance » de quitter son asservissement, mais en fait au contraire l’occasion de tout envoyer chier, elle me fout les poils à chaque fois. Car elle est une vraie métaphore de ce que je ressens des réseaux sociaux depuis quelques temps.

(Attention, spoiler)

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Théâtre : à Bordeaux, le collectif Cliffhanger vous proposent d’être « Les Décisionnaires »

Si le genre vous passionne vous aussi, je vais finir cet article par une suggestion. Car j’ai récemment découvert un collectif théâtral ultra créatif, qui propose sur Bordeaux une performance scénique autour de ce genre, et dont le scénario m’a rappelé cet épisode que j’aime tant.

Il s’agit du Collectif Cliffhanger, qui unit 7 artistes autour de projets originaux qui poussent à interroger les tréfonds de nos petits cerveaux.

« A mi-chemin entre théâtre et cinéma, entre improvisation et écriture, le collectif Cliffhanger est en recherche constante de ce qui émeut, fait réfléchir, questionne et repousse les limites. Au bord de la falaise, un pied dans le vide sans jamais sauter. » www.collectifcliffhanger.fr

Je fus donc conviée mi-mars à assister à la pièce de théâtre interactive « Les Décisionnaires », qui m’a plu et que je vous recommande de découvrir lors de leurs prochaines et dernière dates en avril à La Grande Poste, à Bordeaux.

12 avril à 20h et 13 avril à 22h

Grande Poste (7 rue du Palais Gallien – Bordeaux)

de 16 à 20 euros

Il s’agit plus d’une performance, entre théâtre et impro, avec 4 personnages dont le destin sera entre vos mains. Le concept est original : vous téléchargez une appli au début du spectacle, qui vous permettra de faire des « choix » à leur place. En fonction de ces derniers, ils auront chacun un rôle, puis un fil d’histoire à mener.

Des intermèdes vidéos mettent dans l’ambiance futuriste de cette pièce qui se veut clairement dystopique. Je ne vais pas vous en spoiler l’histoire, car cela gâcherait votre expérience, mais en gros, vous serez les « décisionnaires » dans un monde où il s’agit pour les moins haut placés d’atteindre des niveaux pour accéder à certaines étapes de leur vie, avec une question sous-jacente : à quel point sont-ils vraiment libres ?

Et à nouveau, cela matche avec la société actuelle. L’anticipation est là, le divertissement est donc assuré (surtout avec ce concept interactif assez original, mème si je l’aurais voulu poussé encore plus à fond…), mais il y a suffisamment de points d’ancrage à la société actuelle pour que vous en ressortiez mal à l’aise. C’est ce que j’aime avec ce genre, il fout ses mains dans notre cerveau et nous pousse à réfléchir.

J’avoue m’être interrogée sur la constance ou non des choix des spectateurs : certains me paraissaient évidents, mais après discussion avec l’un des membres de la troupe, j’ai eu confirmation que chaque spectacle était toujours différent, avec des votes divergents.

Au delà du côté dystopique qui a nourri ma réflexion actuelle sur les médias sociaux, la thématique de cette pièce interroge aussi sur quelque chose de fondamental : sommes-nous toujours les mieux placés pour faire les bons choix sur notre avenir ? On dit toujours que « l’amour est aveugle », que « le cœur a ses raisons que la raison ne connait point », que l’on aurait du écouter nos parents à une certaine époque, etc. Personne n’est plus subjectif que nous-même sur nous-même, donc l’idée de voir nos choix de vie déterminés par des personnes extérieurs qui ont le recul d’en peser les pour et les contre, cela peut-il être source d’un bonheur ultime et partagé ? Vous verrez…

« Les Décisionnaires » dure environ 1h30, et se joue à la Grande Poste de Bordeaux. C’est un spectacle sans prétention (dans le bon sens du terme), pour un public restreint, un bon moment de divertissement sans les moyens d’une grosse prod (mais une belle mise en scène toutefois). Qui vous séduira totalement, ou vous laissera hermétique, je préfère vous prévenir.

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Que sera donc demain ???

Moi j’aime bien ces projets là, clivants, qui ne laissent pas indifférents. Portés par des passionnés qui mettent leur expertise à aller là où tout est à creuser. Plutôt que dans le « convenu ».

Un peu comme sur les réseaux sociaux quoi.

Je ne sais pas si cet article vous aura déprimés, mais j’aimerais le conclure en relativisant un minimum. Keumême ^^

Inquiète et fatiguée de cette overdose du numérique, oui je le suis. Mais je n’échangerai pour rien au monde notre société qui la permet, avec une autre qui bride l’accès à internet et aux médias sociaux.

Comme à chaque époque, et à chaque révolution technologique, on a pointé du doigt le support, quand c’est bien la constance des Hommes à sacrément déconner qui est source de dérives.

Bon, et puis quand on donne la parole à tout le monde, on on prend forcément le risque que des cons parlent. Et on l’accepte, c’est le jeu…

Ces nouveaux médias sont une formidable opportunité de démocratisation de l’information, et de rapprochement entre les Hommes. A nous d’être vigilants quant à ce que nous en faisons. De prendre du recul, et d’enseigner à la jeune génération qui n’a pas connu un monde sans eux à bien faire la part des choses dans tout ce qu’ils y lisent. Les journalistes, professeurs et autres professionnels du numérique ont lancé le mouvement : faisons cet effort d’utiliser les réseaux sociaux pour ouvrir nos horizons, plutôt de les voir amplifier ce qu’il y a de plus crasse dans la bêtise, et ce qu’il y a de pire en la nature humaine.

C’est surement utopique ça. Mais dans la mesure où ni l’imprimerie, ni la radio ou la TV n’ont mené aux scénarios dystopiques qu’on l’on craignait à l’époque de leur arrivée, j’ai bon espoir que « Les Décisionnaires » restera un divertissement, et non un regard dans une boule de cristal.

Et puis bon, il n’y a pas que du mauvais dans tout ça.

Grace à Tinder, je rencontrerai peut-être le futur père de mes enfants (putain tu fous quoi mec ???).

Grâce à la blogo, j’ai enfin appris à cuisiner et je prépare des voyages de ouf.

Et grâce à Facebook, j’échange au quotidien avec vous, lecteurs de ce blog, et ça, ça m’enrichit vachement.

Vivre dans une société qui ne permette pas ce « divertissement accessoire », cette « futilité bienveillante » et ces rapprochements sociaux hasardeux, et Dieu sait qu’il en existe beaucoup, je serai encore moins libre. Les dystopies privatives, elles, sont bien réelles. Et à condamner maintenant, plutôt que d’avoir peur pour demain.

Bref, cessons de déjà craindre le robot quand il n’est pas encore là : le vrai problème, qu’importe l’époque, ça reste l’Homme.

XoXo

Papo’

 

Infos pratiques :

« Les Décisionnaires », par le collectif Cliffhanger.

Synopsis : www.collectifcliffhanger.fr/spectacle/les-decisionnaires

Représentations : Vendredi 12 avril à 20h & Samedi 13 avril à 22h. Compter environ 1h30 de spectacle.

Lieu : La Grande Poste, 7 rue du Palais Gallien, 33000 Bordeaux

Tarifs : de 16 à 20 euros.

 

Références et sources pour aller plus loin :

Œuvres classiques de dystopie

« 1984 » et « Animal Farm », Georges Orwell (1949 et 1945)

« Le Meilleur des Mondes », Aldous Huxley (1932)

« Ravage », René Barjavel (1943)

« Fahrenheit 451 », Ray Bradbury (1953)

« La Planète des Singes », Pierre Boulle (1963)

« La servante écarlate », Margaret Atwood (1985)

« La Zone du dehors », Alain Damasio (2001)

« Globalia », Jean-Christophe Rufin (2003)

 

Séries / films dystopiques :

Black Mirror (dispo sur Netflix) : synopsis sur Allociné

La Servante Écarlate (The Handmaid’s tale, adaptée du roman de Margaret Atwood) : synopsis sur Allociné

« Metropolis », Fritz Lang (1927)

« The Time Machine » (1960), adapté du roman de H.G Wells (1895) par George Pal

« Orange Mécanique » (1971), Stanley Kubrick

« 1984 » (1984), adapté du roman de G. Orwell par Michael Radford

« Blade Runner » (1982), Ridley Scott

« Brazil » (1985), Terry Gilliam

« La Cité des enfants perdus » (1995), Jean-Pierre Jeunet

« Les fils de l’homme » (2006), Alfonso Cuaron

 

Presse :

Le Décodex (Le Monde) : http://www.lemonde.fr/verification/

Vérifier la source d’une image qui vous parait douteuse : process du Décodex

Les Tribunes de la Presse 2017 : replay des interventions

Enquête de l’UNESCO : « fake news, ce qu’en pensent les journalistes » (2017)

France Info : « Près de 8 français sur 10 croient au moins à une théorie du complot »

Sud Ouest : Comment légiférer sur les fake news ? (2018)

Médiapart : liste de sites conspirationnistes (2016)

L’Express : « C’est quoi ce site » – base de données de sites douteux (2016)