J’ai toujours rêvé qu’on sauve Floppie…

« Les Représentants du Peuple Français, constitués en Assemblée nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une Déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme (…) »

Première phrase de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, 1789.

 

 

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Aujourd’hui, je vais te raconter un petit conte ma Potiche.

Une petite histoire qui finit bien, parce que comme tu as pu le remarquer je ne sais parler que des choses qui finissent bien.

Cette histoire, c’est celle de Floppie, un phoque roux, aveugle, rejeté par sa famille qui était voué à une mort certaine…

Wooooow wow wooowww : t’as fumé quoi Papotiche ?

Rien, je mène une vie très saine figure toi. Je me shoote au Cherry Coke et au Nutella, ce qui au pire me rend particulièrement mielleuse et guimauvesque.

Je reprends, donc…

Floppie (qui ne s’appelle pas du tout comme ça mais je me suis tellement pris d’amour pour ce petit phoque que j’ai eu envie de lui donner un prénom ; et puis ta gueule, arrête de m’embêter, c’est moi qui raconte alors si je veux lui donner un nom je le fais !), Floppie, donc, est né en 2011 sur l’île Tyuleniy, en Russie. Jusque là, rien de bien intéressant. Oui mais voilà, Floppie n’est pas un bébé phoque comme les autres. Il est né différent.

Contrairement à son frère Bibifoc et à sa sœur Floppinette, il n’est pas noir, il est roux. Oui, je sais, Bibifoc est blanc, mais on s’en fout, c’est pour l’histoire.

Floppie est né avec une anomalie génétique, qui l’a rendue pratiquement aveugle de naissance, tout chétif, le tout combiné avec une accumulation de fer qui l’a affublé d’une couleur de poil Ô combien détestable : perdu sur son île, Floppie est un rouqu’moute !!!

Boh, oui, et alors ? S’en foutent les animaux de leur couleur de poils, y’a que les hommes qui jettent des cailloux sur les rousses parce qu’elles puent de la ch… ?

@Papotiche.fr

 

Non mon petiot. Contrairement à ce que l’on croit, la nature n’est pas forcément bienveillante, et il se trouve que la « rouquinitude » de Floppie lui a valu d’office quolibets et brimades de ses petits camarades, pas très enclins à partager leurs sardoches et boites à BN avec lui.

Floppie est né différent, et aussi cruel que ce ça puisse paraître, même les animaux les plus mignons sont dégueulasses entre eux, et Floppie s’est retrouvé tout seul, rejeté par toute sa famille, exclu de toute la tribu. Tout de suite c’est toute ton enfance qui vole en éclats et tu vois Bibifoc d’un autre œil…

Un jour, un photographe prénommé Anatoly Strakhov (ça s’est pas moi qui l’ait inventé) se promenait sur l’île pour réaliser un petit reportage photo (bah oui, il est photographe…). Tandis qu’il observait la tribu de phoques, ses mœurs et coutumes, toussa, son regard est soudainement attiré par une drôle de couleur à quelques mètres. Il s’approche, et sur quoi il tombe ?

SUR MON CUL!

Krrrrkrkrkrkrkr (oui bon bah j’étais obligée de la faire hein…)

Mais non…

BAAAAMMM, sur Floppie ! Bloqué sous un petit rondin, un petit phoque rouquin à la tête un peu chelou attendait désespérément que sa mamounette vienne le nourrir, incapable de se repérer tout seul. Sa mère, elle était là, à quelques mètres, mais elle préférait s’occuper de Bibifoc, voué à un destin de star, plutôt que du petit rouquin de la portée qui selon elle n’irait pas bien loin dans la vie dans la mesure où il n’était déjà pas en mesure de faire 2 mètres tout seul.

Perdu sans sa maman, tout seul dans le froid, la faim, privé d’amour depuis les premières secondes de sa naissance, Floppie n’avait aucune chance de survivre.

Attention, l’image qui va suivre est difficilement supportable pour les âmes sensibles…

 @Papotiche.fr

Floppiiiiiiie !!!! Mon p’tit beybeyyyy sniiiiif!!! L’épisode de « la Petite Maison dans la Prairie » où Albert meurt et où Marie tombe aveugle, c’est rien à côté de ça !!!!

Ému par le destin tragique du petit phoque, Anatoly pris alors Floppie sous son bras et ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants.

Non, je déconne, ce serait une fin un peu sale ça…

Bon, Anatoly avait bien conscience qu’il ne pouvait pas faire grand-chose pour cette petite bestiole. C’est vrai, il avait déjà bien du mal à faire garder son chat quand il partait en reportage animalier tous les 4 matins, aussi prit-il contact avec un Delphinarium (qui, comme son nom ne l’indique pas, n’est pas un aquarium où on élève des Delphine, oui la blague est nulle mais je ne suis pas parfaite, je ne peut pas être au top tout le temps, je suis déjà belle, intelligente, j’ai de trèèèèès gros seins, tu ne peux pas en + me demander d’être drôle en permanence… ???), afin que Floppie soit recueilli dans les meilleurs conditions.

floppie

L’histoire tragique du phoque rouquin rejeté par les siens a vite ému le monde entier, et les gens ont eu envie d’avoir des nouvelles de Floppie. Ses nouveaux maîtres ont ainsi installé des webcams tout à côté de son bassin, et désormais, tu peux suivre en temps réel les aventures de Floppie dans sa nouvelle maison. Ironie du sort, il devint bien plus connu que Bibifoc, maman Floppie doit bien avoir la quinte… Chouchouté, bien nourri, il se porte aujourd’hui très bien, et je ne sais pas s’il aura beaucoup d’enfants mais une chose est sur, il vécut heureux.

Pour avoir de ses nouvelles, clique ICI !

 

Bon, oui, et alors ? Cette histoire, c’est celle du vilain petit canard version phoque ? Tu veux en venir où ?

Et alors, je ne sais pas pourquoi, mais depuis 15 jours cette histoire m’obsède. Il faut dire que quand je suis tombée sur la photo en mode Chat Potté de Floppie, j’étais bloquée au lit par un vilain mal de dos, la TV branchée sur France 3 à l’heure de « Slam » et la télécommande hors de portée de main, mes chats névrosés pour seule compagnie, l’impression douloureuse que si je me vautrais en tentant de l’atteindre il allait se passer des jours et des jours avant que quelqu’un ne vienne me relever. Le terrain était sensible quoi.
Oui, ce jour là, je me sentais peut être comme un Floppie sous son rondin de bois.

Je ne suis pas une grande chialeuse dans la vie, mais à ce moment précis où je balançais sur la table basse le 17e kleenex de la soirée, j’ai repensé à tous ces films qui m’ont traumatisée dans mon adolescence :

« Freaks, la monstrueuse Parade ». Ou quand le « monstre » n’est pas celui que l’on croit.

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« La Belle et la Bête »h. C’est une belle histoire pourtant, mais moi, je pleure toujours à la fin, quand la bête est obligé de mourir et de se transformer en Prince pour que la belle daigne l’embrasser.

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« Elephant Man ». Pfff j’en parle même pas, à 30 ans je suis incapable de visionner ce film en entier tellement il me bouleverse.

Et quand j’étais petite, ma mère se moquait souvent de moi car quand je devais choisir un petit chat parmi une portée, je voulais systématiquement le plus chétif, le plus laid, celui qui semblait rejeté. Du fait, je n’ai jamais eu que des chats moches. Encore maintenant. Parait que c’était pas normal comme attitude…

« Sensiblerie » qu’ils disent… Ou lucidité je dirais plutôt, à présent que j’ai pu un peu expérimenter ce triste monde qui m’entoure.

L’histoire de Floppie, elle fait sourire comme ça, mais au final, c’est un peu l’histoire de l’Humanité. L’ironie de cette histoire, c’est que des millions de gens partout dans le monde se sont pris d’affection pour Floppie, indignés de ce rejet pourtant fréquent à l’état de nature (ce que l’anecdote ne nous dit pas, c’est que d’un point de vue purement rationnel, il en allait de la survie de la tribu de Floppie que de l’abandonner: l’accepter avec eux, c’était prendre le risque de se faire repérer par les prédateurs, en raison de sa couleur de poil justement, et donc de mourir. C’est triste hein ? C’est cruel ? Bah chez les animaux c’est souvent comme ça… Maman phoque a sacrifié Floppie pour permettre à ses autres enfants de vivre, c’est un peu trash si on commence à réfléchir à ce dilemme cornélien), que tous les gens bien pensants se sont inquiétés de son sort, mais font bien peu de cas de tous ces « rejetés » qui sont pourtant là, sous leurs yeux. Les hommes passent leur temps à se battre, à s’exclure, à se faire du mal, avec pour premier prétexte la différence, mais ont tôt fait de s’émouvoir pour un phoque et de s’indigner sans même se rendre compte qu’ils agissent pareil.

Dès lors que l’on sort un peu des normes, la vie devient vite un enfer : que l’on soit trop roux, trop gros, que notre couleur de peau nous fasse passer pour un étranger alors que l’on est pourtant né en France, que l’on soit homo, bi, transexuel, bref, et le pire c’est que les normes des uns sont les différences des autres selon les pays. Ce monde est un vaste bordel.

En France, le « pays des droits de l’homme », on voit même des gens défiler tous les dimanches pour empêcher les autres de s’aimer. De s’aimer bordel !!!!

J’ai le vertige quand je pense que partout dans le monde, des Floppies attendent seuls sous leur rondin de bois, mis au ban de la société parce qu’ils sont différents : des femmes qui n’ont pas le droit à l’éducation. Des blacks à qui les employeurs sortent des prétextes à la con pour justifier que « leur profil ne correspond pas au poste ». Des homos que l’on jette en prison dans des pays où la loi impose des « normes » de sexualité.

C’est quoi des normes d’ailleurs ? Elle est où la normalité ? Chaque époque a eu des boucs émissaires, chaque société à ses codes, et ils bougent tout le temps ces putains de codes : z’avez pas peur, vous, d’être un jour celui qu’il faut pointer du doigt ?

Oui, le monde est bizarre, et on s’offusque pour l’histoire de ce petit phoque, mais on laisse pourtant revenir de vieux clivages qui sentent vraiment la merde. Qui donnent envie de vomir. Au nom de la « liberté d’expression ». Comme si on avait oublié qu’il ya 70 ans, du pointage de doigt on était passé au marquage des gens par une étoile ou un triangle rose, puis à l’enfermement, et à l’extermination. La liberté d’expression, ça autorise à encourager des milliers de gosses influençables à oublier ça ?

Tu vas me dire : vois le verre à moitié plein Papotiche, et pense plutôt à tous ces Anatoly qui se battent sincèrement pour les opprimés.

J’ai du mal à être positive copain. A chaque Floppie que l’on « sauve », chaque opprimé que l’on défend, il y’en a des milliers d’autres qui naissent. Et des belles âmes, des gens totalement altruistes et dévoués à la cause des autres, il en naît peu en comparaison. L’émotion internationale qu’a suscitée la mort de Nelson Mendela en est la preuve. On sait qu’on a perdu un homme d’exception.

Excusez-moi, mais j’ai menti.

Mon histoire ne se termine pas bien.

Je crains qu’il n’y ait pas toujours un Anatoly pour sauver Floppie. Que l’histoire ne soit qu’un éternel recommencement. Pourtant grande optimiste, je crains que malgré toute l’énergie que déploient la majorité des gens bons qui se battent au quotidien pour simplement vivre en bonne harmonie, l’homme ne demeure désespérément un loup pour l’homme. Et si l’histoire de Floppie me touche, c’est peut-être parce que j’ai beau essayer de ne pas juger les autres dès lors qu’ils semblent différent de moi, peut-être suis-je finalement moi aussi un phoque pas tout à fait comme les autres sous son rondin.

Ça fout un sacré vertige, ce sentiment d’impuissance…