J’ai toujours rêvé de donner des conseils en community management!

« Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage…et n’a pas passé son temps à narguer ses potes sur Facebook, bordayyyyl ! »
(Presque) Du Bellay

 

Hmmm, Du Bellay. Joachim de son petit nom. Ce mec qui a perturbé mes révisions de jeune fille en fleurs s’apprêtant à passer à l’oral du Bac Français. Autant je priais pour tomber sur « l’Albatros » de Baudelaire (Oui, déjà à l’époque, le poète en marge de la société, « aux ailes de géant qui l’empêchent de marcher », ça me parlait vachement, j’étais une petite sociopathe misanthrope en devenir), autant ce poème sur un mec qui se tape des purs voyages  mais rentre finir sa vie entre papa et maman, comme un vieux gars, nan, vraiment, je ne comprenais pas. En plus, Ulysse n’est pas censé rejoindre ses parents « le reste de son âge », mais Pénélope, qui se fait quand même suer depuis des années à coudre et découdre son tricot en attendant son retour.

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Bref, le destin voulut que je tombe sur l’ « Albatros ». J’ai eu 17. Je suis devenue misanthrope sociopathe. Et « exilée sur le sol au milieu des huées », mes talons de géant m’empêchent parfois de marcher. Fin du game. (‘tain, me fait toujours chialer ce poème…).

Ou pas.

Oui, car les années passant, les médias sociaux remplaçant peu à peu les cartes postales et Pénélope ayant constaté sur Snapshat qu’Ulysse ne faisait que peu de cas de son tricot, j’ai réalisé quelque chose : les voyages des uns font l’aigreur des autres. Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage…mais n’en a pas fait des caisses sur Facebook. Car voyez vous, le retour à la vie quotidienne pourrait bien s’avérer plus compliqué que prévu pour celui qui aurait abusé du kiff sans juste-mesure…

Allez, avouez, vous aussi ils vous énervent ces gens là, ces tortionnaires qui partent en vacances et inondent Facebook et Instagram de photos de plages idylliques, de plats exotiques succulents, de couchers de soleil de sa mèèèèèèère. Ces orduuuures qui photographient leurs orteils en éventail sur le sable fin, tandis que vous, là, comme un gland, vous en êtes à votre 7e café de la journée pour tenir le coup, devant l’ordi, sous les néons blanchâtres du bureau, la pluie battant à la fenêtre, avec pour toute perspective de kiff la finale de Top Chef ce soir.

De la jalousie ? Complètement ! Et celle-ci atteint son summum quand en plus, les gens sont payés pour ça.
Oui, car parmi les contacts sur Facebook qui m’énervent le plus, il y a ceux qui non seulement ont la chance de faire régulièrement des déplacements professionnels de ouf, mais qui en plus se sentent obligés de nous narguer à longueur de journée avec ça.

Bon, perso, j’ai la chance de faire un métier que j’aime, donc plutôt que de perdre mon temps à les envier, je préfère m’adonner à ma pratique favorite en voyant défiler leurs photos : LE BITCHAGE. Oui, dire du mal est de loin ma plus grande passion, mais comme toi et moi ça fait longtemps qu’on se connait maintenant, petit internaute de mon cœur, tu le sais déjà 🙂

Car parfois, je vois passer de groooooossières erreurs dans les posts de ces gens qui débutent dans l’art du narguage et de la kiffance, ou bien qui ne maîtrisent pas les règles élémentaires du Community Management personnel. Voyez-vous, il ne faut jamais oublier que sur les médias sociaux, TOUT LE MONDE vous lit. Y compris votre patron. Vous savez, celui qui vous paie tous les mois, et qui vous a envoyé à San Francisco pour cette conf très importante sur la biodynamie dans la production d’œufs d’escargots. Pendant que vous, vous postez TOUT sauf des photos d’escargots bio, têtes d’œufs (les expressions des années 90 sont nos amies, ils faut les aimer aussi…).
Ainsi que vos collègues, qui vous attendent avec les fourches et les pieux pour votre retour. Et un bucher dressé.

Mais je suis une fille gentille (si si): j’ai décidé de vous aider.

Comment surkiffer ses déplacements professionnels et narguer les gueux restés en France, sans pour autant éveiller les soupçons de son boss et l’ire de ses collègues ?

Voici 5 conseils à appliquer sur les médias sociaux. Ne me remercie pas, c’est cadeau…

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1) L’angle de tes photos au resto tu soigneras…

gamin

Forcément, qui dit déplacement, dit restaurant ! En bon gastronome que tu es, tu ne vas pas te nourrir de salades (sauf si comme dans les Landes, celles-ci sont overprotéinées), et chaque assiette bien garnie arrivant à ta table se retrouvera inévitablement sur Instagram pour que tes potes, depuis le fin fond de leur bureau, sous ce néon blafard qui clignote, terminant la dernière bouchée de leur club sandwich, se disent à quel point tu as une vie extraordinaire.
ATTENTION : tu as le droit de prendre ton escalope à la milanaise en photo, mais prends bien garde à respecter cette règle mathématique pour ne pas attirer les soupçons de ton boss, celle de « la relativité du nombre de verres sur la table ». L’angle de ta photo est primordial, afin de prouver qu’au-delà d’être un glouton narquois sans vergogne, tu es un animal social, et surtout, un employé modèle qui travaille.

1 seul verre à ta table : tu bouffes seul. Tu branles rien. Tu ne t’es fait aucun contact à cette conférence sur les camping-cars à l’huile de noisettes, ni aucun ami. Conclusion : tu es un looser !
2 verres à ta table : dis donc, tu ne serais pas en train de profiter de ton déplacement pro pour chopper là ?
De 3 à 5 verres sur ta table : BRAVOOOO ! Tu continues de bosser pendant ta pause déjeuner. Ta parfaite sociabilité et ton aisance professionnelle t’ont permis de poursuivre les échanges autour d’une bonne escalope à la milanaise, félicitations !
Plus de 5 verres : non mais oh, c’est la fête ou quoi ??? Tu crois qu’on t’envoie en déplacement à Barcelone pour te faire des potes et t’éclater ?

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2) Que tu es censé te lever tôt tu n’oublieras pas…

En bon employé modèle, tu dois te lever aux aurores pour potasser avant la conf et arriver frais comme un gardon et propre comme un sou neuf (toi aussi, utilise des expressions désuètes !), la chemise parfaitement repassée, en ayant mangé léger pour ne pas ronquer comme un tonneau à 11H. Le seul problème : tu as profité d’avoir le câble à l’hôtel pour mater des conneries jusqu’à 3h du mat, et non seulement tu te lèves à la bourre, les yeux bouffis et le costard froissé vite enfilé mais en plus tu as quand même pris le temps de faire le gredin au buffet à volonté et tu t’es empiffré de dosettes de Nutella sur lit de jambon de Bayonne avant de courir et arriver en sueur et en retard au premier atelier de la conf.

Source: undinerpresqueparfait.fr

Source: undinerpresqueparfait.fr

Ne panique pas, j’ai la solution : avant de te coucher, programme toi la publication à 6h30 le lendemain d’une photo d’une toute petite chocolatine à côté d’un café fumant, avec le journal local pas loin (mais attention, il ne faudra en voir que le logo, pas la date hein, sinon t’es grillé copain !), doublé d’un petit statut « levé aux aurores pour préparer cette journée qui n’annonce riche en échanges ! ». Ou un truc du genre. C’est comme ta valise, ça se prépare à l’avance, et comme on sait que tu seras tenté de prendre ton assiette en mode brunch dégoulinantes de gras à l’heure où tu es censé être déjà à la conf, ça t’évitera de passer pour un branleur ! (Note : si tu es en déplacement plus de 5 jours, évite de poster la même photo tous les matins. Ça risque de faire suspect…)

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3) La suite logique : que pour bosser (et non pour nighter jusqu’à 5h du mat) tu es là tu te souviendras…

Source: Very bad Trip - Première.fr

Source: Very bad Trip – Première.fr

La règle d’or : coupe ton téléphone et ne poste plus RIEN passé 21h. Il en va de ton intégrité professionnelle. A partir de 21h, si tu es suffisamment sociable et si tu n’es pas du genre à rentrer à l’hôtel pour déjà lire les travaux des conférenciers de la journée sur l’évolution du prix de l’huile de noisettes ces 10 dernières années, tu as de fortes chances de te faire embarquer dans la soirée traquenard pas excellence, qui commencera par 5 bouteilles de vin au resto (à 3), puis selfies-mojito dans le bar d’à côté pour le digeo (à 8), puis téquila-paf avec ton voisin de conf qui porte sa cravate en bandeau (tout comme les 20 nouveaux copaings milanais que vous vous êtes faits), et tu seras tellement euphorique que tu auras envie de tweeter et instagramer de la photo « géniale » tout au long de ta soirée, mais qui le lendemain matin se révéleront floues et honteuses (surtout la dernière, à 4h46).

CE QUI SE PASSE EN DEPLACEMENT RESTE EN DEPLACEMENT. Si tu ressens le besoin de monter à tes potes que tu as une vie de ouf, abstiens toi, et pense à ton boss qui verra ses photos… Si vraiment ce sont tes potes, de toute façon ils savent déjà que tu es drôle et pas du genre à sucer les glaçons.

Quand je pense à tous mes potos développeurs, j’ai envie de leur lancer un appel : svp, trouvez le moyen de créer une application qui bloque tout envoi sur les médias sociaux dès qu’on a plus d’1g de rhum dans le sang (et doublez ça d’un blocage des numéros de nos exs quand on est mort saouls tant qu’à faire…ça pourra servir…).

***

4) Te la jouer touriste, tu pourras, mais la jouer fine tu devras…

pef

A force de poster des photos de bières belges, de glaces à l’italienne, de mojitos-tapas ou toute autre trivialité toutes les deux minutes sur facebook mais zéro photos prises pendant les confs, oui on t’envie, nous les gueux, mais sache que tes collègues en viennent à se poser une question : est-ce qu’il est vraiment en train de bosser là ??? Est-ce qu’une petite note bien salée au boss ne l’inciterait pas à les envoyer eux, la prochaine fois qu’une table ronde sur « l’intégration des végan et allergiques au gluten/lactose dans l’industrie du canard » a lieu à Bruxelles ?

La solution, pour montrer que tu sais lier l’utile à l’agréable, et pour à la fois narguer tes potes et épater tes collègues en jouant l’employé modèle, réside toujours dans l’angle et la mise en scène de la photo. Tu tiens vraiment à la poster, ta glace king-size à l’italienne dégoulinant sur tes petits doigts potelés? Ok, alors démerde toi pour la bouffer devant la National Gallery (comment ça c’est pas en Italie ? Non mais on s’en fout, c’est pas moi qui ai besoin de conseils et qui profite de mes déplacements pour faire la belle vie hein, c’est un exemple!!!), et légende ça d’un subtil « à peine le temps de déguster la spécialité locale conseillée par (insère le nom du conférencier le plus côté du milieu), je profite d’une heure entre deux ateliers pour parfaire ma culture artistique… Picasso, me voilà ! » (vas-y, si tu me dis qu’il n’y a pas de Picasso à la NG, je te tape avec ma glace…).

Bien entendu tu n’es absolument pas obligé de rentrer dans le musée. Le but de ce billet est de t’aider à ne rien faire sans attirer l’attention. Encore une fois no panic:

1) les photos y sont interdites donc aucun intérêt (bah oui, ce qu’on ne poste pas sur facebook n’existe pas, c’est bien connu! Qui aura envie d’entendre le récit détaillé à ton retour? Personne! Donc par sophisme, tu es sauvé)

2) au cas où, t’auras 5h de train au retour pour potasser sur Wikipedia histoire d’avoir un truc a dire si ton boss, suspicieux, te pose des questions culturelles.
Allez, pose toi comme une larve au soleil et bouffe ta glace en mattant des culs une fois ta photo faite. Il ne s’agirait pas de fatiguer ton cerveau…

***

5) Eviter de passer pour un blaireau tu essaieras…

Erreur commune : croire qu’on prend une photo intelligente, et en fait, passer pour un blaireau…

peg

11h30. Salle de conf B. Un intervenant vient de dire LE truc supra intelligent de la journée, qui va révolutionner l’industrie des sécateurs bi-moteurs à huile de colza. Standing ovation, toute la salle se lève et acclame ce mec qui lui, pour le coup, a compris qu’il n’était pas là pour bouffer des glaces et boire des bières. Mais toi, tu rumines ta cuite aux mojitos de la veille au fond de la salle. T’as rien pané, mais tu sens que c’est un moment important. Tu as envie d’en faire partie. Tu es donc tenté de donner les seules forces que tu as en prenant une photo de la salle en liesse, pour dire « j y étais ».

ATTENTION : pose tout de suite ton téléphone. Ne fais pas ça: tu vas attirer l’attention sur le fait que tu es tapi au fond de la salle, avec ta photo pourrie de cette masse de bras levés devant toi, et que donc, au choix :

1) tu es arrivé à la bourre
2) tu te planques car tu es totalement sociopathe (haaaan, comme moi, copaing !)
3) tu te mets près de la sortie pour être le 1er à la cantoche
4) tu n’es pas un invité de marque qui a droit à sa place devant
5) non mais cherche pas, ta photo elle sera moche quoi qu’il arrive.

Soit tu tapes un sprint devant, pour prendre THE photo de l’acclamation de face (mais vue ta gueule de bois, la photo du jour risque fort de devenir « toi, vautré par terre »), soit tu t’abstiens, tu essaies de retrouver ce que ce mec ou cette nana (que tu ferais bien d’imiter un peu au lieu de lézarder pendant tes déplacements !!!) vient de dire, et tu postes un simple lien vers ses travaux. En disant que tu es entièrement d’accord avec ce qu’il/elle a dit. Que ça fait d’ailleurs des années que tu dis pareil. Bref, sois gredin, que diable !

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Bon, tu t’en doutes, tout cela est de l’humour. Et surtout, révélateur d’une certaine pointe de jalousie, à force de voir mes potes du secteur indus poster des photos de leurs voyages d’affaires aux quatre coins du monde. Après tout, les déplacements, ça sert aussi à se faire des contacts, et le mojito ça rapproche, et puis il est toujours enrichissant de se frotter à la culture du pays qui nous reçoit, on en ressort forcément plus riche. Je ne vous blâme donc qu’à moitié : la CM vous pointe du doigt, mais l’être humain vous envie.

Moi, j’avoue, je n’ai pas ce genre de problème… Mon travail me passionne, et quand je pars en formation ou déplacement, je suis plutôt du genre à me lever une heure plus tôt pour anticiper les comptes twitters à taguer de la journée, à tellement kiffer pendant les conf que je serais trop naze pour sortir le soir, et à me taper un club sandwich sur le pouce pour ne pas louper le début du prochain atelier. Du coup, aucun risque que mes potes me pensent payée à rien faire : je ne poste que boulot (la matière de mon travail est en elle-même un « plaisir » donc je kiffe bien), en grosse monomaniaque. Au mieux ils pensent que j’ai une vie d’ascète, au pire ils sont tentés de m’inviter à des dîners de con puisque je suis vite intarissable sur certains sujets. Je me la pète ? Nan, je me réjouis juste d’avoir un taf qui me permet d’allier l’utile à l’agréable. C’est bien parfois de reconnaitre qu’on est chanceux.

Bref, prochaine leçon :organiser un évent avec des blogueuses lifestyle dans un endroit où ça ne capte pas, et leur annoncer au dernier moment.

Aaah oui, heureux qui comme Ulysse a fait de beaux voyages, à une époque où on ne perdait pas de temps à prendre 40 photos par heure pour Instagram et à « Viner » au lieu de tout simplement voir.

Quoi que.

Au final, si les médias font parfois oublier aux voyageurs qu’il s’agit de vivre avant tout le moment présent, ils sont pour moi un formidable vecteur d’émotions. Si je blogue, si je « CM », ce n’est pas pour rien: je les aime ces médias sociaux intrusifs et envahissants! Grace à tous mes amis un peu geeks qui ont leur smartphone pour 3e œil, j’ai pu voyager quasi en temps réel dans des destinations de rêve, à des endroits où la frousse ou bien mon banquier ne me permettent pas d’aller. J’ai pu m’évader à des moments où la tension du quotidien était trop forte, j’ai pu remettre certaines choses en perspective. Si la jalousie nous donne quelque fois envie de tout couper et voler à nouveau seul, en albatros, dans un endroit sans internet pour nous rappeler à chaque notif que notre vie n’est pas aussi parfaite qu’on le voudrait, n’oublions pas que ces médias sociaux sont une opportunité de partage sans égal et que pour la plupart, si nos amis passent une partie de leurs vacances et déplacements à chercher du réseau pour nous montrer tout ça, c’est probablement parce qu’ils aimeraient qu’on soit là, à côté, à tout simplement kiffer avec eux. Parce qu’ils nous aiment quoi, sinon, penseraient-ils à nous ?

Heureux qui comme Ulysse a voyagé avec ses potes, que ce soit en vrai ou sur Facebook <3