Ce corps qui n’était plus le mien…

Je ne sais pas si j’assumerai cet article. Mais l’écrire m’a fait du bien. C’est tout l’essentiel, et ça coute moins cher qu’une séance chez le psy… 😉

 

 

Cette semaine, j’ai pleuré deux fois. Et le plus étonnant c’est que les raisons de ces larmes vous paraitront bien futiles, surtout que ceux qui me connaissent savent que je suis un mont de froideur qui ne pleure pas ni n’expose ses sentiments. Hashtag « je prends sur moi pour me confier« .

 

La première fois, c’est parce que j’ai appris que l’on m’avait traitée de « chieuse » et de diva.

Parce que, comme je le fais de façon systématique depuis plus d’un an, j’ai refusé d’être prise en photo à un évent.

La seconde fois, c’est parce que je me suis résignée à enfin faire les boutiques, que je n’ai pas faites depuis plus d’un an. Et que le passage en cabine a été une épreuve trop difficile à me bouffer d’un coup.

 

Non, Papotiche n’est pas une chieuse, et c’est parce que je suis tout le contraire et que ce jugement m’a relativement affectée, que j’ai décidé d’aborder avec vous un sujet qui me bouffe depuis deux ans maintenant. Pour que cela ne se reproduise plus, et que l’on comprenne pourquoi ce comportement.

Parce qu’on est habitués à tout se dire hein, on est entre nous ici. Et parce que je suppose que je ne suis pas la seule à connaitre cette situation : en parler ensemble, ça pourra nous faire du bien.

 

Non, je ne suis pas une chieuse. Si je refuse d’être prise en photo quand je participe à un événement (vous remarquerez que vous ne voyez plus ma trogne de rouquine depuis des mois…), c’est parce que je dois me fader une inconnue, un parasite qui me colle aux basques, un fardeau qui s’est invité dans ma bulle sans que je n’ai rien demandé à personne. La voir circuler à mon cou en photo sur les réseaux sociaux, ça me fait du mal, ça renforce mon obsession.

Ce même boulet qui m’a fait chialer comme une merde lorsque, chez Promod, j’ai du reposer cette petite robe taille 42 en rayon. Car elle m’était trop petite. Car la dernière fois que j’ai fait les magasins, je faisais du 34. Car en un an environ, j’ai pris 25 kilos. Que je n’arrive pas à dégager, malgré un acharnement certain.

De l’écrire, ça me fait mal. Car je vis cela injustement. Je n’ai rien fait ni changer à ma vie pour voir ces 25 kilos se poser sur moi. Au contraire, je mène une vie bien plus saine que ces 10 dernières années. C’est juste la vie, qui est bien pétasse parfois, qui vous impose ses épreuves et ses petits soucis. Rien de grave, rassurez vous (les hormones et quelques coups durs, pas la fin du monde), mais me retrouver moi-même sera long, et le combat est difficile pour la bonne vivante que j’étais.

Il faut bien vous représenter les choses : 25 kilos, quand on mesure 1m60, c’est un changement radical d’apparence.

Je n’en parle pas, ou disons que je n’en parle plus. Mon entourage, quand j’abordais cette souffrance véritable qui est mienne face à cette prise de poids conséquente, oscillait entre 5 réactions qui ne faisaient que renforcer mon agacement (sachez que la souffrance rend parfois égoïste) :

  • Le déni : « ah bon ? tu as grossi ? Je n’avais pas remarqué ». Genre. 25 kilos quand on mesure 1m60, tu n’avais rien vu…
  • La colère : « toi qui te dis féministe, comment peux-tu souffrir de prendre du poids, t’en as rien à foutre du regard des autres hein ! » Spoiler : le regard des autres, j’en ai strictement rien à battre. Par contre, ne plus moi-même me reconnaitre quand je me vois chaque matin dans la glace, c’est un souci. Qui aurait été le même si, en sens inverse, j’étais passée en peu de temps de boulotte à maigrichonne. Pour moi, le féminisme ce n’est ni plus ni moins que disposer librement de mon corps. Et justement, voir la nature jouer à la poupée avec lui, ça entrave ma liberté…
  • Le narcissisme : « De quoi tu te plains franchement. Moi je fais du 44 et je fais avec, t’es à la limite de l’indécence ». Oui, j’ai découvert que parler poids entre meufs, ce n’était juste pas possible.
  • L’indignation : « y a plus grave dans la vie, tu pourrais être malade ! ». Alors oui, certes, je n’ai rien de grave. Mais en fait, quand on prend autant de poids en si peu de temps, sans que ce ne soit pour une grossesse ou un abus de Mac Do, c’est qu’à priori on est tout de mème malade. Donc ne m’oblige pas à te sortir mes bilans de santé pour que tu ailles te faire cuire le c….
  • L’accusation : « Si t’es malheureuse avec tes kilos en trop, c’est que tu es grossophobe ! ». Spoiler 2 : je ne suis pas grossophobe. Je suis juste « moi-ophobe ».

 

Cet article, ce sera aussi pour moi l’occasion d’expliquer une bonne fois pour toute à ces proches que mon mal-être n’est en rien celui d’une nana qui se trouverait trop ronde. Rien à voir. Surtout que je trouve cela plutôt jolie dans les faits.

Mais non.

C’est tout là le souci d’assimiler « souffrance » à « prise de poids ». Je me retrouve jugée.

Soit fragile, genre la nana qui joue les grandes gueules mais qui vire limite à la dépression pour une simple histoire de balance.

Soit influençable, puisque si je veux perdre ce poids c’est forcément pour un mec ou les diktats de la société.(–> heu… nan !).

Soit méchante, en ce que souffrir de mon poids reviendrait à juger la terre entière dès lors que d’autres ont aussi des kilos en trop.

Mais personne ne semble comprendre à quel point voir son corps se transformer radicalement en si peu de temps peut s’avérer un traumatisme identitaire profond, cinglant et obsédant, sans aucun rapport avec la balance elle-même.

Je suis passée d’un gabarit maigrissime à une charpente pulpeuse. En moins d’un an. Alors le mental n’a pas suivi. Il faut vous imaginer la scène où Beethoven le Saint-bernard se secoue le poil sans avoir conscience qu’il n’est plus un petit chiot : en permanence, j’ai cette sensation. Chaque miroir que je croise me donne l’impression de ne plus être moi. D’être une inconnue.

Tous les matins, quand je prends ma douche, j’ai l’impression de savonner quelqu’un d’autre. Moi qui n’ai jamais fait qu’un bonnet A, j’explose désormais les bonnets C, et découvre ce que cela fait d’avoir des seins.

Je déteste ça. Ils ne sont pas à moi. Je hais prendre ma douche avec eux. Je ne supporte pas de les toucher.

Quand je m’habille, je passe en mode camouflage. Ce corps que j’enfournais dans des shorts ras-la-salle-de-jeux et robes moulantes il y a peu, je passe désormais mon temps à la cacher. Non pas que je le trouve laid, juste ce n’est pas le mien. CE N’EST PAS LE MIEN. Il n’a rien à faire là.

N’ayant pas fait les magasins depuis ce souci de santé, je me retrouve à « tourner » entre 3 fringues : une combinaison noire, et deux robes noires en laine qui arrivent aux genoux.

Aux genoux. Car mes cuisses, elles me font peur. Elles m’envahissent. Je n’imagine même pas les emmener avec moi à la plage si je ne me suis pas retrouvée d’ici là. Elles ne sont pas si grosses que cela, juste elles me suivent partout alors qu’elles ne sont pas à moi.

Mon ventre s’est arrondie, au point que je suis devenue toquée du test de grossesse : il a tellement pris ses aises, que j’ai sans cesse l’impression qu’il cache quelque chose en mes entrailles. Mon doc est à deux doigts de m’envoyer chez un psy… ou à Lourdes, car on ne tombe pas enceinte sans faire de sexe, parait-il…

Donc non. Je ne suis pas une diva, ni une chieuse. Juste une femme qui a vu sa bulle percée, qui a perdu la maitrise de son corps, et a bien du mal à en reprendre le contrôle, et qui ne veut aucune preuve de cela. Cela a commencé à influer sur mon comportement : d’un Zébulon sautillant, je suis passée au félin qui se terre. Je ne veux pas que l’on me regarde, que l’on se demande « ce qu’il m’est arrivé » (ça ne regarde personne), que l’on se moque, que l’on croit que j’ai un souci. Pire encore : que l’on s’occupe de moi! Et par dessus tout, que l’on me prenne en photo : je refuse que cette inconnue que je suis devenue soit immortalisée sur écran ou papier glacé. Je ne la trouve pas vilaine, mais je veux qu’elle se casse.

Vous jugerez sans doute futile cette confession, parce qu’il y a bien plus grave dans la vie (et je m’excuse infiniment auprès de celles et ceux qui verraient en ces lignes les caprices d’une nana qui n’a rien d’autres à penser dans sa vie…), et parce que des rondeurs ce n’est pas la fin du monde. Mais il faut bien comprendre quel est le souci profond qui me lie à cela : le choc de ne plus avoir l’impression de s’appartenir, car la transition a été bien trop rapide pour que mon cerveau s’y fasse.

Quiconque a déjà connu, pour diverses raisons, la perte de la maitrise de son corps, ne supporte plus aucune situation qui le ramène à cela. Et je n’irai pas plus loin sur ce sujet, mais dans ma tête, l’inconnue, ces 25 kilos que je porte sans n’avoir rien fait pour cela, juste à cause de la roulette russe que sont les hormones (#connasses), ils sont comme une main sur ma bouche qui me chuchote à l’oreille « tu m’appartiens ».

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Voilà, ces lignes ont été dures à écrire, parce que ce souci est obsédant chez moi depuis deux ans, qu’il me renvoit à d’autres affects et expériences douloureuses, mais je me suis dit que je vous les devais.

Si vous vous reconnaissez dans cette personne qui m’a qualifiée de « chieuse », ne vous en voulez pas : vous ne pouviez pas savoir. Et je sais pertinemment quelle image je renvois, perchée dans ma froideur et ma réserve. Et je ne fais pas état apparent de ce manque d’assurance actuel : mon ego prend le dessus (et va donc détester cet article qui me met à nue…).

Si vous êtes l’un de mes proches et vous reconnaissez dans l’une des ces réactions qui ne font qu’ajouter à ma souffrance, ne vous en voulez pas non plus : vous avez raison, chacun à votre manière. C’est une histoire intime entre moi et moi. Un spectateur ne peut pas comprendre.

Si vous avez connu la même situation, et avez réussi soit à perdre le poids imposé par la nature, ou à vous accepter et vous aimer avec votre nouveau physique, balancez-moi vos témoignages. J’en ai besoin, je me sens seule dans ce combat.

Si tu es un proche qui souffre un peu de mon comportement « cuirassé » en ce moment : pardonne-moi.

Et enfin, si vous êtes juste quelqu’un de bienveillant et vous apprêtez à écrire : « il faut apprendre à t’aimer, et trouver un homme à qui tu plairas comme ça », je vous remercie mais ne perdez pas votre énergie, vraiment le souci n’est pas là. Je plais autant comme ça, même plus puisque j’ai désormais deux énormes trucs chelous entre le nombril et le menton qui dodelinent quand je marche, il parait que le sexe opposé kiffe ça. Et je ne suis pas seule, je suis comprise par quelqu’un qui me tire vers le haut.

Mais le seul regard qui m’importe, c’est le mien.

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Sur ce, et parce que je n’ai jamais laissé personne ni quoi que ce soit entacher ma joie de vivre et mon appétence à mordre dans la vie, je pose ici la plume pour retrouver mes amis. Un week-end à 100 à l’heure démarre. Je porte l’inconnue de chaire mais elle ne m’empêche pas d’avoir des tonnes de projets en ce moment. Ça aussi, j’ai envie de vous en parler. J’en suis si fière. Mais ce sera pour une autre fois…

Aux nanas et aux mecs qui refusent tous fils à leurs membres pour diriger leur vie…

XoXo. Papotiche, du plomb dans l’aile mais toujours là <3.